Les vestiges de Dhar Mahrès

Lorsque je fréquentais la verdoyante piscine de l’hôtel Menzeh Zalagh, j’apercevais, depuis le sommet de l’escalier qui y descendait, d’étranges arcades blanches, mal en point, de l’autre côté du vallon où glisse la voie de chemin de fer.

Un jour je me suis résolu à aller voir de quoi il s’agissait : j’ai suivi l’Avenue Mohammed es Slaoui et après avoir dépassé l’Oued Mehraz, j’ai tourné à gauche.

Un peu plus loin, après avoir longé les immeubles, on débouche sur une esplanade bordée aux quatre coins de bâtiments rectangulaires, bas et en longueur, dans un état de conservation plus ou moins bon suivant le coin.

Il s’agit des vestiges du camp militaire de Dhar Mahrès et plus précisément, à l’intérieur de ce camp, des quartiers des officiers.

Comme l’indique le texte d’une carte postale que je me suis procurée sur internet, ces bâtiments ont été construits au début de l’année 1916 ou peu avant :

Si vous voulez en savoir plus sur l’appellation de « Dhar Mahrès » et sur l’histoire de ce camp, rendez-vous sur ce blog incontournable.

Comme on le voit sur une ancienne photo aérienne du camp publiée sur le site de l’adafès, ainsi que sur une ancienne carte postale, quatre bâtiments rectangulaires se font face deux à deux et ont également, deux à deux, le même plan : le bâtiment qui longe à l’ouest le vallon du côté de la ville nouvelle et la « cité-jardins » d’Aïn Khemis, et celui qui lui fait face de l’autre côté de l’esplanade à l’est, présentent deux légers décrochements à leurs extrémités. En revanche, la façade qui a vue sur la ville nouvelle est uniforme.

Au contraire, les deux autres bâtiments, celui qui regarde au nord vers Fes el Bali et l’autre qui lui fait face, ont un plan inverse : le décrochement n’est pas aux extrémités mais au centre et sur les deux façades en longueur, de telle sorte qu’on verrait bien ces constructions s’emboiter les unes dans les autres.

Plusieurs plans d’époque rendent compte de cet agencement :

Au nord, en prolongement du bâtiment ayant vue sur la ville nouvelle, on trouve le cercle des officiers, aujourd’hui détruit pour laisser place à un hôtel de luxe. La façade donnant sur le vallon est uniforme. De l’autre côté se trouve une entrée magnifiée par un portique en avancée à trois baies et un petit auvent couvert de tuiles vernissées au-dessus de l’arche centrale.

Un jardin (à la française ?) fait le lien entre cette entrée et le bâtiment des quartiers d’officiers qui lui est perpendiculaire. Cependant l’esplanade qui se trouve au centre des quatre bâtiments rectangulaires ne semble n’avoir été plantée que d’herbe.

Au sud, deux autres bâtiments édifiés dans le même style, l’un au sud au bord du vallon et l’autre plus à l’est, complètent cette partie du camp. On en voit encore quelques traces :

D’autres cartes postales anciennes offrent des vues de bâtiments supplémentaires, comme « La maison du soldat » ou « Le foyer du soldat », « Le cercle des sous-officiers », l’infirmerie, les baraquements… Le camp semble encore en construction sur la photo aérienne. Je n’ai pas réussi à situer ces autres bâtiments.

De nombreuses cartes postales montrent le jeu systématique, régulier et rythmé des arcatures néo-mauresques qui apparaissent entre les arbres au sommet du plateau, mettant en scène des arcades d’ampleurs différentes. Ce « théâtre des arcatures », capturé depuis l’autre côté du vallon, constitue un tableau tout à fait saisissant qui m’a encore interpellé 100 ans plus tard. Iest aussi bien visible sur les cartes postales anciennes :

On peut encore arpenter les sols de quelques unes des salles aujourd’hui vides de ces bâtiments et profiter de leurs arcades, des vues séduisantes qu’elles encadrent, ainsi que de l’ambiance de clair-obscur qui y règne :

On y découvre même les vestiges de quelques aménagements au service des militaires gradés : niches abritant des étagères, porte surmontée d’une fenêtre, manteau de cheminée, sol carrelé… Le « cercle (militaire) » était ainsi un « Local, endroit où se réunissent des personnes réunies pour des distractions communes ou des activités intellectuelles, artistiques et politiques communes. »

Les bâtiments ouest et est ont eu un destin particulier : de même que la kasbah de Dar Dbibagh a été réinvestie, une fois le camp levé, par des habitants qui y ont édifié de petites maisons (j’en ai parlé ici), autour des quartiers des officiers de Dhar Mahrès, de petits logements ont été accolés aux bâtiments rectangulaires, après que certaines arcades ont été bouchées et d’autres murs levés:

Et ces habitations précaires interrogent : leur agglomération intime aux constructions patrimoniales fait de l’ensemble un complexe architectural tout à fait intéressant, et non dénué de charme. Je reprendrai donc ce que j’ai dit à propos des maisons de Dar Dbibagh ou de celles adossées aux remparts de Taroudannt (j’en ai parlé là) : il me semble qu’il serait tout à fait judicieux de conserver ces ensembles bâtis, mais en les requalifiant afin de les pérenniser (eau courante, électricité, internet, aménagements extérieurs…), et d’associer leurs occupants à un projet de mise en valeur de l’environnement naturel, historique et patrimonial du lieu. Cela créerait un paysage unique et attractif dans la ville, entraînerait un approfondissement de la connaissance de la cité, ainsi que des possibilités ouvertes vers certaines formes d’activité liées à l’architecture et au patrimoine.

Enfin, je remercie l’animateur du blog « A l’ombre du Zalagh – Madinat Fas » pour la documentation qu’il a eu la gentillesse de me fournir (photos aériennes et cartes postales).

Publicités

Faites-nous partager votre vision du Maroc !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s