Tanger, patrimoine mondial de l’Unesco ?

Tanger est une de mes villes préférées au Maroc.

Elle possède un caractère unique et original que lui ont donné la géographie et l’histoire.

J’ai récemment appris qu’elle concourait pour obtenir le label « Patrimoine mondial de l’Unesco » et je trouve qu’il s’agit d’une perspective tout à fait réjouissante.

De plus en plus, les autorités cherchent – bien heureusement – à mettre son très riche patrimoine en valeur.

Nul doute qu’elle le mérite : peut-être que, si vous ne l’êtes pas déjà, vous serez d’accord avec moi après avoir pris des connaissances des différents atouts que, selon moi, elle recèle et que je vais mettre en avant.

Tanger est une ville patrimoniale à plusieurs égards : elle est d’abord, et ce grâce à sa situation privilégiée, un lieu de rencontres des populations. Ensuite, d’un point de vue architectural, elle permet des découvertes sans nombre. Elle a enfin accueilli de nombreux artistes qui l’ont magnifiée.

  1. Tanger, carrefour de populations
  • Tanger, un balcon sur la mer

La mer est très présente à Tanger, et on a souvent l’impression d’être un roi, lorsque de ses terrasses ou de ses points de vue, on plonge le regard dans la mer Méditerranée, la « Mare Nostrum » des Romains.

Au sommet de la médina, de la Kasbah, la vue s’échappe vers le ciel et l’eau.

Depuis la Kasbah

Depuis la célèbre « terrasse des paresseux », par-delà les toits des immeubles, les regards s’enfuient vers l’horizon et ses bateaux.

Du café Hafa surtout, lieu magique entre tous, le spectacle des flots nous absorbe entiers.

Les collines plantées de pins méditerranéens qui entourent la ville se creusent parfois de fenêtres d’un bleu intense, s’ouvrant grand sans prévenir, et mêlant empyrée et abîme pour le plaisir des sens.

Et quand, voilà quelque temps, l’on quittait en ferry le Maroc, on voyait, agrippé à la rambarde du pont du bateau, la médina s’écouler lentement sous la nappe d’eau moirée de la mer commune.

  • Tanger, ville ouverte

Cette situation exceptionnelle a bien sûr attiré les voyageurs.  Nombreuses sont les traces de ces derniers à Tanger. Près du café Hafa, dans le quartier Marshan, sur un site très couru qui représente un autre balcon sur la mer, s’ouvrent dans la roche des tombes trapézoïdales aveugles dites « libyco-phéniciennes » (qui ne sont pas uniques dans la région).

Au musée de la Kasbah, la mosaïque de la navigation de Vénus (de Volubilis) est là pour nous rappeler que Tanger s’appelait à l’époque romaine Tingis.

D’autres conquêtes sont advenues ensuite : vandale, byzantine, islamique, portugaise, anglaise.

Puis au début du vingtième siècle, les appétits dans le domaine économique des colonisateurs français, allemands ou encore espagnols conduisent à conversion de Tanger en « ville internationale », ou zone internationale affranchie des droits de douanes, point de départ pour la ville d’une période de rayonnement dans le domaine culturel et celui des affaires.

La légation américaine, première propriété publique américaine en dehors des États-Unis, témoigne également des longues relations diplomatiques entre le Royaume et les USA.

Elle expose notamment dessins et gravures de peintres marocains incontournables comme Mohammed Ben Ali R’bati ou Hassan el Glaoui, parmi beaucoup d’autres.

  • Tanger, une multiplicité de cultes

A ce brassage de populations est liée une variété de confessions : synagogues, églises et mosquées remarquables jalonnent le tissu urbain tangérois. Des hauteurs, on aperçoit, réunies par la distance, clochers et minarets.

Je vous ai déjà parlé de la synagogue Nahon il y a quelques années : voici quelques photos supplémentaires que je n’avais pas mises en ligne à l’époque.

Donnant sur la rue Siaghine, l’église de la Purisima dresse sa coupole vermillon haut dans le ciel. L’extrémité du clocher de la Cathédrale espagnole est de la même couleur. L’église anglicane Saint Andrew a été bâtie dans un style néo-mauresque et son clocher évoque un minaret. Dans le chœur, des prières sont inscrites en arabe.

La Grande Mosquée de Tanger el la mosquée des Aïssawa, sur la place du même nom, sont parmi les plus connues à Tanger.

  1. Tanger, creuset d’architectures
  • Tanger, une dualité habituelle entre architecture traditionnelle et architecture coloniale

On retrouve à Tanger, comme dans la plupart des villes marocaines, cette coexistence entre une architecture traditionnelle, incarnée par la médina et ses portes, ses ruelles, ses façades, ses ateliers, ses échoppes… et une architecture coloniale, faite d’immeubles et de villas, dont les styles se déclinent en néo-mauresque, néo-classique, art déco, fonctionnalisme… Or dans la médina de Tanger, les styles et les époques fusionnent  et se mélangent peut-être plus qu’ailleurs encore.

En me promenant dans les rues de la Tanger « moderne », je suis tombé sur deux plaques mentionnant le même architecte : un certain L. Ménard dont les réalisations sont résolument fonctionnalistes. Sur l’une de ces plaques, il est associé à un certain Jean Gatti entrepreneur, cité dans la revue Béton Armé (numéro 247, septembre 1928).

Quant à l’autre nom, on le trouve dans l’Annuaire des architectes : France, Afrique du Nord, colonies, de 1937 pages 45 et 113 : p. 45 un Ménard Lucien est architecte Expert près des Tribunaux à Paris et p. 113 un Ménard L. habite à Tanger 11 rue Cook et 40 avenue d’Espagne.

Avenue d’Espagne justement, je voulais aussi vous parler d’un autre ensemble de bâtiments qui a retenu mon attention. Lorsqu’on emprunte la rue du Portugal et qu’on arrive sur le Boulevard Mohammed VI, on débouche sur une terrasse qui mène à un intéressant complexe architectural : au bout de celle-ci une rue fermée par une grille est surplombée par les façades néo-rococo de deux immeubles bien différents. Celui de gauche est en front mer.

On en apprend plus sur ces bâtiments grâce à un site internet dont les notices sont en espagnol. Ce lieu se nomme « La terrasse Renschhausen », du nom du promoteur allemand Adolf Renschhausen qui la fait construire de 1908 à 1923 suivant les plans de José Ochoa Benjumea, et comprenait plusieurs éléments : un Kursaal français, l’immeuble Renschhausen et à partir de 1930 ce qui correspond à l’hôtel Majestic. La terrasse est formée des toits du Kursaal et de l’immeuble Renschhausen. A côté, comme on le voit sur une ancienne carte postale, se dresse l’hôtel Majestic dont les angles étaient surmontés d’imposantes couronnes en l’honneur de l’empereur Guillaume II.

Ces articles en espagnol proposent deux sources : « Mohamed VI 14, Inmueble Renschhausen. » Tánger. El Mundo En Una Ciudad. Ver Edificio. Accessed March 15, 2015. http://tingisaecid.com/v2/view_ent/view_building.php?id=94. » mais le lieu est caduc ; « « Les Terraces Renschhausen. » Tanger-Tétouan Pocket – Janvier 2014 – N°68, January 2014. Accessed March 15, 2015. http://issuu.com/tangerpocket/docs/tanger-tetouan-pocket_janvier-2014_/42. »

Pour conclure, un conseil d’ami : cela n’a rien à voir, mais à leurs pieds se trouvent de petits restaurants où l’on déguste d’excellentes fritures de poissions.

  • Tanger, un patrimoine en voie de reconnaissance

De nombreux lieux à Tanger, et c’est une excellent nouvelle, sont en voie de réhabilitation, comme la villa Perdicaris au milieu de son parc sur les hauteurs de l’agglomération ; la villa Harris est elle aussi retrouvée, aujourd’hui en ruines, mais vouée à une reconstitution déjà entamée.

Le célèbre théâtre Cervantès de 1913, aux lignes très « art nouveau », de l’architecte Diego Jimenez Armstrong, pourrait être récupéré par le Maroc et être lui aussi restauré…

Dans la rue du Portugal qui longe la médina, en pente, vers la mer et le boulevard Mohamed VI, les remparts et les maisons qui s’y accrochent sont rajeunis.

La rue du Portugal aboutit aux « terrasses Renschhausen » : à quand la valorisation de ces dernières ?

  1. Tanger, ville de la fascination
  • Tanger, foyer artistique

Inutile de raconter une fois encore la longue histoire d’amour entre les artistes et Tanger : Delacroix, Matisse, Bowles, Genet, Tennessee Williams, Burroughs et la Beat Generation, les Rolling Stones… J’ai parlé ici de Cy Twombly et de Robert Rauschenberg en voyage au Maroc. Brion Gysin, de la Beat Generation, est exposé, comme d’autres artistes américains (Mc Bey par exemple), à la Légation américaine.

  • Tanger, ville d’écrivains, ville mythique

Les ouvrages de Mohamed Choukri, monument de la littérature marocaine, sur Paul Bowles et sa femme Jane (Le reclus de Tanger), sur Jean Genet et Tennessee Williams, restituent l’ambiance artistique de la ville à la fin des années 40.

Paul Bowles lui-même (Réveillon à Tanger), ou encore Tahar Ben Jelloun (Jour de silence à Tanger), choisissent de faire sonner le nom de la ville blanche dans les titres de leurs romans et nouvelles.

L’adaptation cinématographique d’Un thé au Sahara s’ouvre sur une scène qui se déroule dans une chambre d’hôtel : n’aperçoit-on pas à travers la fenêtre de celle-ci la rue d’Italie et ses façades néoclassiques ?

Et la Cinémathèque de Tanger – Cinéma Rif constitue la mémoire du Cinéma marocain… et des cinémas dont certains offrent aux yeux avides des curieux leurs reliques.

Des lieux physiques renvoient à la vie littéraire de Tanger : le Grand Café de Paris, sur la place de France, qui était un lieu de rendez-vous des écrivains évoqué dans les récits de Mohamed Choukri cités plus haut, ou la librairie des Colonnes, fréquentée par les écrivains, et qui servit par exemple à Jean Genet de banque. Citons encore l’hôtel el Minzah, l’hôtel Continental, le café Fuentes sur le petit Socco, et encore une fois le café Hafa…

***

On le voit : Tanger invite au rêve, accueille les exilés, inspire et fascine. Les touristes s’y bousculent pour les mêmes raisons. Sans aucun doute possible mérite-t-elle l’attention qu’on lui porte, et qu’on lui portera de plus en plus si, comme je l’espère, elle obtient le label désiré.

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