Le Maroc antique

Le Maroc antique ne se résume pas à Volubilis. Même si les Romains ont laissé des traces moins visibles qu’ailleurs en Afrique du nord, leurs établissements se dispersent sur un territoire de forme triangulaire que l’on peut délimiter par Tanger (Tingis) au nord, Rabat-Salé (Sala) à l’ouest et Volubilis-Fès au sud (environ 9000 km2).

La région joue un grand rôle dans les mythes et légendes antiques : le détroit de Gibraltar, « fendu » par Hercule, est désigné dans l’antiquité comme le lieu où s’élèvent ses colonnes, Lixus abrite le jardins des Hespérides, filles d’Atlas, le géant Antée n’habite pas loin non plus… Les grottes d’Hercule, dont les abords ont été réaménagés, sont l’écho de ces belles histoires.

La population la plus anciennement fixée au Maroc est berbère, et les historiens en sont réduits à émettre des hypothèses quant à son origine.

A partir du XIIième siècle avant JC, et dans une plus grande proportion à partir du VIIième siècle, les Phéniciens établissent sur les côtes des stations commerciales, comme ils l’ont fait dans le reste de la Méditerranée. Les lieux qu’ils choisissent seront pour la plupart réinvestis par les Romains : Tamuda (Tétouan), Tingis (Tanger), Banasa (Sidi Ali bou Jnoun), Sala (Rabat-Salé), mais aussi Mogador (Essaouira), Rusaddir (Melilla), Rusibis (Azemmour)… Quant à Carthage, son influence n’est pas très prégnante dans cette zone de l’Afrique du Nord.

Pendant quatre siècles, avant leur annexion par Rome, ignorés par Carthage, les royaumes berbères se développent de façon indépendante : le royaume de Maurétanie à l’ouest, les royaumes numides de Massaesylie au centre et de Massylie à l’est.

A la suite de guerres intestines, qui se déroulent sous le regard des Romains, le Maurétanien Bocchus se débarrasse du numide Jugurtha, puis les deux fils du premier, Bogud 1er et Bocchus II, s’allient (tous les deux étant en faveur de Jules César contre Pompée) puis s’affrontent (l’un supportant Marc-Antoine et l’autre Octave) sur fond de guerre civile romaine, jusqu’à ce que Bocchus II, soutenu par Octave-Auguste, après la mort de son frère, annexe son territoire. Bocchus II n’a pas de successeur : en 25 après JC, Auguste installe à la tête du royaume Juba II, un fin lettré élevé dans la pourpre romaine et descendant de Masinissa, le grand-père de Jugurtha. L’empereur marie son protégé à Cléopâtre Séléné, la fille de Cléopâtre et de Marc-Antoine. Juba II se consacre au développement économique et à l’embellissement des villes de son royaume.

En 40, Caligula fait périr à Lyon Ptolémée, le fils de Juba II et annexe la Maurétanie à l’Empire en en faisant une province impériale bicéphale : à l’ouest la Maurétanie tingitane (avec Tingis-Tanger comme capitale) et à l’est la Maurétanie césarienne (avec Césarée-Cherchell comme chef-lieu).

La Maurétanie tingitane, dominée avant tout militairement, compte quatre colonies romaines : Tingis, Zilil (au nord-est d’Assilah, près du village de Dchar Jdid, peu visible), Volubilis et Banasa (dont j’ai déjà parlé ici et encore là).

Mais d’autres établissements existent encore : Lixus (près de Larache), Sala (dont le nom a donné « Salé », mais aussi « Chellah » à Rabat), Cotta (site intéressant pour ses bassins de salaison et de fabrication du garum, qui se trouve non loin des grottes d’Hercule, mais aujourd’hui à l’intérieur d’une propriété privée où se construit actuellement un palais…), Thamusida (le long du Sebou, dont j’ai aussi parlé ici).

Citons encore (mais peu visibles) Babba, Oppidum Novum (Ksar el Kebir), Ad Mercurios (près de Rabat), Tocolosida et Aïn Chkour (camps romains à proximité de Volubilis)…

L’exploitation économique du Maroc par les Romains n’a pas pris la même envergure que dans les régions voisines, plus à l’est ; c’est sans doute pourquoi les fortifications frontalières n’y sont pas aussi importantes. Seules deux routes principales traversent le territoire.

Les « autels de la paix » à Volubilis

Car la Maurétanie tingitane se trouve aux confins de l’Empire : elle est donc bordée au sud par le limes qu’il faut défendre. Et au Bas-Empire, à partir du 3ème siècle après JC, les Romains font face à la pression de tribus berbères comme les Zegrenses, les Baquates ou les Bavares : les « autels de la paix », stèles commémorant des accords de paix entre les autorités romaines et ces tribus, et que l’on voit dans le nouveau musée lapidaire et centre d’interprétation de Volubilis, en sont le souvenir.

Au début du Vème siècle, les Vandales ne font que traverser le Maroc ; les Byzantins, envoyés par Justinien en 533, se cantonnent finalement à Ceuta, d’où les Wisigoths ne parviennent pas ensuite à les déloger. Ce sont les raids musulmans qui viennent conclure cette séquence.

Si vous voulez en savoir plus sur l’Histoire du Maroc à cette période, je vous renvoie au chapitre qui lui est dédié dans l’Histoire du Maroc de Michel Abitbol, chez Perrin, dont ce texte s’inspire fortement.

***

Si je vous parle de tout cela, c’est qu’en 2014, j’ai emmené une quarantaine d’élèves latinistes sur les traces de ce Maroc antique.

Le périple s’est développé en plusieurs étapes :

  • à Volublis,
  • au Musée archéologique de Rabat, rebaptisé aujourd’hui Musée de l’Histoire et des Civilisations du Maroc,
  • au Chellah (toujours à Rabat), qui dans ses murailles mérinides recèle les ruines de la Sala Colonia antique,
  • à Banasa,
  • à Lixus,
  • à Tanger, au musée de la Kasbah, où l’on peut entre autres contempler la mosaïque de la Navigation de Vénus, originaire de Volubilis,
  • à Tétouan, au Musée archéologique, où vous retrouverez les mosaïques de Lixus.

C’est dans ce cadre que j’ai préparé divers documents de visite afin de proposer aux participants une découverte de cette période du Maroc. Pour les télécharger, cliquez sur l’image correspondante.

Le premier porte sur l’épigraphie romaine :

L’épigraphie romaine

Il est conçu à partir de vestiges pour la plupart conservés au Maroc. Deux ouvrages m’ont permis d’explorer ce domaine et de réaliser des activités pour les élèves :

  • Les Inscriptions antiques du Maroc, Tome 2 (Inscriptions latines), au CNRS,
  • L’épigraphie latine, de Paul Corbier, chez Armand Colin.

Les inscriptions de Volubilis y sont retranscrites. Vous retrouverez certaines de ces transcriptions en cliquant sur la couverture du livre.

J’ai également résumé dans un document à l’intention des élèves les principales abréviations dont on se sert pour lire les inscriptions latines.

Le deuxième est consacré à la description de la Maurétanie tingitane par Pline l’Ancien.

La Maurétanie tingitane

Les autres sont des questionnaires-guides préparés pour chaque étape visitée.

Volubilis
Rabat
Chellah
Banasa
Lixus
Tanger
Tétouan

Attention : si jamais vous estimez que les reproductions ne bénéficient pas de l’autorisation requise pour être publiées sur ce blog, n’hésitez pas à laisser un message.

Je vous souhaite de belles découvertes.

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