Jacques Majorelle, les Kasbahs de la vallée de l’Ounila et mon enregistreur numérique

Posted on 1 janvier 2017

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Pour me rendre à la Kasbah de Telouet, j’ai loué une voiture à Marrakech, et j’ai suivi la RN9, en cours actuellement d’agrandissement et de rénovation, et après le col du Tizi n’Tichka, j’ai bifurqué à gauche sur une route malcommode qui plonge dans la vallée. Il est également prévu prochainement de l’améliorer. Les paysages entre Marrakech et Telouet sont époustouflants : des vallées béent comme des gouffres au milieu de montagnes homériques coiffées de neiges scintillantes.

C’est à Anguelz, à une dizaine de kilomètres après Telouet, que j’ai posé mes valises, dans une majestueuse Kasbah chargée d’Histoire, surplombant la merveilleuse vallée de l’Ounila.

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C’est une kasbah chargée d’Histoire car la famille qui la possède est liée à la mémoire du pays de Telouet et à celle du Glaoui. C’est aussi dans ce pays que le peintre Majorelle a posé ses valises en même temps que ses pinceaux.

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Le peintre Majorelle a nourri en effet un attachement particulier à l’Atlas et à cette vallée de l’Ounila. Arrivé au Maroc en 1917, muni d’une lettre de recommandation du maréchal Lyautey, il explore pour la première fois le sud en 1921 et ramène de son périple le fameux Carnet de route d’un peintre dans l’Atlas et l’Anti-Atlas, dont certaines « bonnes feuilles » ont été publiées dans la revue France-Maroc. C’est en 1923 qu’il se fait construire à Marrakech la Villa Majorelle, et en 1924 il peint le plafond de la Mamounia. Il retournera dans l’Atlas pendant la deuxième guerre mondiale.

On trouve sur internet, en particulier sur les sites de maisons de ventes aux enchères, de très nombreuses reproductions de tableaux peints à cette période, montrant des kasbahs aux ocres rouge-orangé savoureux, et notamment la Kasbah d’Anemiter, à quelques encablures en face d’Anguelz, dans la vallée de l’Ounila. Le musée de la Bank el Maghrib à Rabat expose des toiles de cette période, peintes suivant une technique spectaculaire propre au peintre, fondée sur l’utilisation et l’application de poudre d’or et d’argent sur la toile.

J’ai retrouvé un extrait de son journal racontant son expérience dans la vallée de l’Ounila, vécue entre le 13 août et le 8 octobre 1921, paru dans la revue France-Maroc de mars 1922 : il y fait preuve d’une grande liberté de parole, parfois imprégnée de colonialisme, d’humour (cf l’épisode de l’orage) et livre quelques impressions sur son travail. Pour le lire, cliquez sur la page de journal.

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Majorelle a aimé ces kasbahs et cette vallée, c’est certain si l’on envisage la quantité de toiles qui en tirent leur inspiration : c’est ce qu’on comprend aussi en lisant d’autres extraits du même journal paru dans le France-Maroc d’avril 1923. Voici ce qu’écrit Majorelle quelques mois après son séjour dans la vallée de l’Ounila, à la date du 21 juillet 1922 : « Le premier groupe de villages, Tamdrost, Ait Sekri, Ait Hiacine. attire vivement mon attention, et bien que fatigué,je descends de mule, j’avale rapidement le bol de lait qu’une femme me tend, je me précipite au-devant des merveilles que j’espère découvrir. Mais grande est ma déception, ces trois villages, après en avoir fait plusieurs fois le tour, sont sans aucun intérêt, et sur le modèle du plus  banal des villages berbères. Rien d’imprévu ni de particulier et je me rappelle en soupirant Tasgah et Ounila. Quels joyaux ! Enfin attendons la suite, il y en a d’autres dans cette vallée et j’y trouverai peut-être la petite merveille. Mais c’est égal. Je n’ai plus le même entrain, la même confiance, et je remonte sur ma mule assez découragé. » ; puis avec une certaine nostalgie je pense : « Cependant que les chiours nous conduisent à un premier village, Takordmi, dont la seule et unique kasbah n’a rien de palpitant. Elle est en plus masquée par des arbres de toutes espèces, qui poussent dans ces oasis remplies de sources, comme dans le paradis. Nous nous arrêtons sous des orangers, le temps de déchirer quelques poulets, et d’avaler quelques tasses de thé et nous repartons vers l’oasis voisine où se groupent les trois autres villages Goundafa, dont l’ensemble avec Takordmi s’appelle Tamtergah. En traversant l’un d’eux, El Arba, l’impression n’est pas mauvaise, et je décide de dresser le campement dans le voisinage. Le terrain est amusant, en terrasses flanquées de gros rochers gris très arrosées par de nombreuses sources, et ombragé de noyers, de figuiers, de caroubiers, d’oliviers et d’amandiers. C’est là que je veux déployer les toiles de mes tentes encore ocrées de la terre d’Ounila.« 

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J’ai voulu me promener moi aussi au milieu de ces Kasbahs. J’ai suivi une piste, à droite à la sortie d’Anguelz, d’abord à travers une partie de l’oued qui ne se remplit que lors de fortes pluies, puis le long de la montagne, en surplomb de l’oued Ounila : les champs de maïs, d’orge et de luzerne s’étalaient en contrebas, et juste au-dessus, de petits villages caméléons, adoptant la couleur de la terre avec laquelle ils étaient bâtis, s’accrochaient aux coteaux. Malheureusement, la batterie de mon appareil photo était épuisée ; mais j’avais avec moi un enregistreur numérique : c’est donc une balade sonore vers les sources de l’Ounila que je vous propose.

La Vallée de l'Ounila par Majorelle

La Vallée de l’Ounila par Majorelle

Cinq enregistrements : l’eau courante de l’Ounila au fond de la vallée ; un ruisseau et l’appel à la prière de l’Asr qui se déclenche de tous les coins de la vallée, sans véritable synchronisation ; un autre petit ruisseau et quelques habitants ; le clapotis d’un abreuvoir avant de descendre vers le grondement du cours de l’Ounila ; puis le bruit des oiseaux en remontant.

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