Le musée berbère de la Villa Majorelle à Marrakech

Posted on 16 décembre 2016

0


Le nouveau musée berbère de la Villa Majorelle à Marrakech (inauguration en 2011), qui occupe l’atelier de l’artiste au cœur du jardin, est exceptionnel à plus d’un titre.

Il l’est d’abord par son thème, qui fait l’objet d’une attention toujours constante de la part des chercheurs et qui exposé de manière tout à fait synthétique dans la première salle du musée, au fond de laquelle trône un tableau remarquable du peintre représentant une femme berbère.

Il l’est ensuite par ses collections, très riches en découvertes : on y contemple, pêle-mêle, de petits et adorables mortiers à safran, des fibules dites « fibules du ver », élaborées dans une technique d’orfèvrerie dont le savoir-faire a été oublié, le tizerzaï, accumulation de minuscules tubes coupés transversalement observables uniquement si l’on approche son regard très près de l’objet (et qui font penser à des trous de ver), des bâtonnets destinés à permettre aux enfants d’apprendre plus facilement le Coran, la « fiancée de la pluie », mannequin sorti lors de processions pour appeler l’eau sur la terre, des enfumoirs à ruches, des récipients de toutes tailles et toutes formes, et au milieu d’eux, un pot à miel en cuivre sensuel, ces capes sombres « akhnif », de la tribu des Aït Ouaouzguite, ornées dans le dos d’une demi-lune rouge-orangé barrée d’une ligne évoquant un ruisseau franchissant des jardins fleuris, ce costume de femme Aït Atta dont le couvre-chef rouge se marie merveilleusement avec sa robe d’un bleu profond, et encore d’incroyables portes en bois sculpté…

Il l’est encore de par son parcours muséographique et sa scénographie. Les informations sont riches et précieuses, le parcours tout à fait lisible. Il se divise en trois sections bien distinctes : les savoir-faire (avec les principaux objets de la vie quotidienne) ; les parures (de magnifiques bijoux) ; l’apparat (où l’on admire les vêtements, les armes, le décor intérieur…). A la sortie, deux vitrines sont consacrées à la musique. Le discours muséographique s’appuie sur toutes sortes de médias : des textes (et notamment des citations de voyageurs arabes), des photos (comme celles, magnifiques, de Jean Besancenot), des films (comme celui qui permet au visiteur de se familiariser avec le travail d’un apiculteur traditionnel). Plusieurs diaporamas, supervisés par Salima Naji, ouvrent une fenêtre intéressante sur le patrimoine architectural du Sud marocain qu’elle a décidé de promouvoir. Parmi tous ces supports, je retiens un texte passionnant sur le rapport des Berbères au sacré et au divin et qui narre toutes les croyances par lesquelles ce peuple est passé, depuis l’évocation de quelques dieux païens jusqu’à l’islamisation, en passant par une certaine perméabilité au judaïsme et au christianisme, dont deux figues berbères sont évoquées : Tertullien et Saint Augustin. Je n’ai malheureusement pas retrouvé ce texte reproduit dans le catalogue du musée.

Du point de vue de la scénographique, on peut remarquer quelle utilisation optimale il a été fait de l’espace assez réduit de l’atelier de Jacques Majorelle. Dans la première salle, des vitrines lumineuses et amples occupent l’espace. Puis dans la deuxième – aménagement extrêmement spectaculaire – les murs sont tous recouverts de miroirs ; par ailleurs, le plafond, tendu de noir, est percé d’une myriade de petits spots lumineux ; enfin l’éclairage à la fois élaboré et ingénieux permet de démultiplier l’espace et de donner l’impression d’une nuit étoilée féérique ! Dans la troisième salle, la hauteur de plafond permet d’exposer un patchwork de tapis, parmi lesquels un fabuleux Aït Sgougou au rouge profond qui m’a tapé dans l’œil, ainsi qu’une série de portes sculptées extrêmement plastiques…

Le musée se poursuit dans la boutique, où sont exposées, pour la vente… des œuvres originales d’artistes orientalistes : j’y ai admiré une huile et des aquarelles d’André Suréda, une huile de Lucien Mainssieux, des dessins préparatoires de Boutet de Monvel, des tirages originaux de Jean Besancenot… à des prix cependant hors de portée de ma bourse (snif).

Les photos sont interdites dans le musée malheureusement. En voici le site :

affiche_musee_berbere

Nul de doute que ce musée représente, pour les Marrakchi et les touristes, une infrastructure culturelle de premier choix. Nul doute également que le futur Musée Yves Saint-Laurent, dont l’ouverture est prévue pour l’automne 2017, viendra enrichir magistralement cette offre patrimoniale.

Advertisements