Albert Laprade, le pacha de Marrakech et son médecin

Posted on 25 novembre 2016

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Mercredi 23 novembre 2016 a été diffusé sur France 3 un épisode du magazine Des Racines et des Ailes (plutôt fade à mon goût) consacré à une très esthétique balade du Finistère à l’Irlande.

Un passage m’a particulièrement interpellé : celui consacré à la « Villa Minaret », encore appelée « Villa Magdalena » et située à Bénodet, non loin de Quimper, à l’embouchure de l’Odet :

La villa « le Minaret » sur le site Patrimoine de France

Villa le Minaret à Bénodet

Vous pouvez la retrouver dans cette vidéo disponible sur Youtube, à partir de  1 h 02 min. 47 sec. jusqu’à 1 h 07 min. 12 sec. :

Il s’agit d’une villa qui a été bâtie dans les années 20. Elle appartient au courant moderniste, et l’on peut plus précisément lui définir un style « Paquebot » : on reconnaît en effet d’un côté de l’édifice des courbes qui rappellent la proue de ce type de navires, ou encore une tour (le « Minaret ») qui est caractéristique de la silhouette de ces géants des mers.

Pour illustrer ce style, je vous propose un autre bâtiment marocain : l’hôtel « Suerte loca » de Sidi Ifni :

Trois figures se rencontrent autour de la Villa Minaret de Bénodet.

La première est Albert Laprade, l’architecte de la villa.

Cet architecte est attaché à la Résidence générale de France au Maroc, dont le siège est à Rabat, de 1915 et 1919. Il en dessine les plans et œuvre également à la construction de Casablanca (ville indigène). Dans le bâtiment de la Résidence, il est prévu d’installer prochainement un grand musée d’archéologie et des sciences de la terre :

Résidence générale de Rabat et projet du grand musée d’archéologie et des sciences de la terre

A Fès, comme à Meknès, Rabat ou Salé, il flâne et dresse, paru dans Le Jardin et la maison arabes au Maroc de Jean Gallotti,  un vaste tableau des richesses architecturales du cœur des villes traditionnelles, sous la forme de ravissants croquis et aquarelles, qui sont davantage l’expression d’un artiste que celle d’un ingénieur :

La deuxième figure est le pacha de Marrakech, Hadj Thami el Glaoui. Comme son nom l’indique il fut le chef d’une très grande tribu de la région du Haut-Atlas marocain : les Glaoua. Il est connu entre autres choses pour avoir favorisé l’occupation du Maroc par les Français sous le Protectorat, pour s’être opposé au roi Mohammed V et avoir provoqué son exil à Madagascar.

On connaît bien aussi son fils, Hassan el Glaoui, merveilleux peintre marocain, ainsi que son petit fils, l’acteur et réalisateur franco-marocain Mehdi el Mezouari el Glaoui.

hassan-el-glaoui

mehdi_el_glaoui_1969

Le Glaoui est associé à plusieurs monuments d’importance au Maroc.

Je vous ai déjà parlé de la majestueuse Kasbah du Glaoui de Télouet, malheureusement menacée de ruine :

Patrimoine en danger : la kasbah de Telouet

https://jyroc.files.wordpress.com/2010/06/p1010059.jpg?w=285&h=214

Je vous parlerai bientôt du « Palais du Glaoui » situé à Fès et qui lui aussi nécessite des travaux de restauration :

Une des cours du Palais du Glaoui à Fès

Une des cours du Palais du Glaoui à Fès

Ces bâtiments appartiennent aujourd’hui à plusieurs héritiers, et renvoient à une période sensible de l’histoire marocaine, ce qui ne facilite pas la prise en charge de leur rénovation.

Un troisième monument relié au Pacha, Dar el Bacha, a été restauré vers 2006 et devait être transformé en musée grâce aux fonds apportés par une collectionneuse et mécène américaine, Patty Birch. Le musée devait faire l’objet de travaux muséographiques afin de recevoir sa collection d’objets archéologiques, mais il ne semble pas avoir encore ouvert :

Dar el Bacha devient musée

dar-el-bacha

Enfin, j’allais oublier le célébrissime immeuble du Glaoui de Casablanca, commandé par le Pacha de Marrakech aux deux architectes du Protectorat associés Jean Balois et Marius Boyer :

Immeuble el Glaoui sur le site mutualheritage-casablanca

La dernière figure réunit les deux premières : il s’agit du docteur Maurice Heitz-Boyer, commanditaire de la villa Minaret : c’est après avoir soigné le Pacha que ce dernier lui a envoyé des artisans marocains pour décorer de zelliges l’intérieur de sa villa.

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Cette villa est privée et ne se visite malheureusement pas. Ou peut-être lors des Journées du Patrimoine…

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