La kasbah de Dar Dbibagh : visite guidée

Posted on 21 juin 2015

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Comme je l’ai signalé dans ce précédent article, j’ai eu l’opportunité de pouvoir consulter à la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les Etudes Islamiques et les Sciences Humaines de Casablanca, le mémoire de fin d’études d’un étudiant en architecture consacré à la kasbah et à un projet de reconversion de celle-ci en musée : Reconversion et aménagement de la kasbah de Dar Dbibagh à Fès, d’Anas Zerhouni Abdou, mémoire rédigé sous la direction de Bernard Spire. Ce travail semble avoir été mené en 1981, comme l’indique la notice (n°66, p. 34) qui lui est consacrée dans l’ouvrage publiée par la fondation : FÈS dans les écrits marocains et internationaux.

Zerhouni Abdou Anas Dar Dbibagh

Dans ce mémoire, après avoir retracé l’historique du bâtiment (depuis sa construction sous Moulay Abdallah jusqu’à son occupation dans les années 80 par des habitats précaires), l’auteur se concentre davantage sur la configuration du palais d’été du sultan. Il affirme qu’à l’époque où ces recherches ont été menées, il n’existait aucun plan détaillé de l’édifice (le seul plan qui lui avait été proposé par l’administration était un relevé topographique établi en 1938).

Vue aérienne Google earth du site

Vue aérienne Google earth du site

Le chercheur a donc procédé à une reconstitution de l’édifice par un relevé effectué sur place et a donc proposé dans son ouvrage un plan détaillé, dont voici une évocation extrêmement sommaire recopiée de l’ouvrage par mes soins :

Plan Dar Dbibagh 2

Légende plan Dar Dbibagh

Des photos actuelles et des documents anciens glanés sur internet illustreront ce descriptif.

  1. L’enceinte

Une seule porte d’accès (1) permettait d’entrer dans l’enceinte à l’origine : elle ouvrait sur un vaste hall composé de salles et de loges pour les gardes, ainsi que sur un escalier menant à deux tourelles de contrôle et à la grande salle du borj. L’entrée en chicane mène à un long et vaste couloir découvert qui dessert les différentes parties du palais.

Porte d'accès à la kasbah : carte postale ancienne

Porte d’accès à la kasbah : carte postale ancienne

Porte d’accès à la kasbah, vue latérale

Porte d’accès à la kasbah, vue latérale

Porte d'accès avec cartouche épigraphié

Porte d’accès avec cartouche épigraphié

Cartouche épigraphié de la porte

Cartouche épigraphié de la porte

Une fois arrivé dans le couloir découvert depuis cette porte, du côté droit et au centre, on trouvait une large porte donnant sur le méchouar (8) et la mosquée. Le méchouar était une vaste cour rectangulaire entourée de hauts murs et flanquée à un angle d’un bastion (13) et elle servait au rassemblement des troupes et des délégations de tribus. La mosquée (2) comportait deux salles de prière orientées vers l’est, ouvertes sur un patio carré orné en son milieu d’un bassin. Face à ces salles, on trouvait un corps de logis et une salle d’eau (le logement pour le prédicateur ?), et attenant un escalier menant au minaret.

Bastion Nord

Bastion Nord

Méchouar aujourd'hui occupé par de nouveaux habitats

Méchouar aujourd’hui occupé par de nouveaux habitats

A l’extrémité du même couloir découvert déjà cité, s’ouvrait une autre porte donnant accès au reste du palais.

  1. Le palais

Autour d’un patio carré orné d’une vasque se répartissaient les appartements privés du Sultan (3), composés d’une grande salle d’habitation précédée d’une galerie d’arcades (symétrique avec une autre se trouvant en face), ainsi que d’un somptueux hammam (4).

Devant s’étendait un grand patio rectangulaire (orné de trois vasques) avec des constructions sur les quatre côtés.

Patio rectangulaire, vers les cuisines

Patio rectangulaire, vers les cuisines

Patio rectangulaire, vers le menzeh

Patio rectangulaire, vers le menzeh

Patio rectangulaire

Patio rectangulaire

Au milieu d’un côté (Nord-Est), on trouvait une grande salle, la salle du trône (7), éclairée par une porte à deux battants et protégée par un auvent (dont à l’époque déjà il ne restait que des traces). En face de la porte se trouvait un « behou » (salon) qui donnait de la profondeur. A droite et à gauche de la salle, on trouvait une petite salle et une salle d’eau. De l’autre côté du patio, face à cette pièce, trois grandes salles juxtaposées constituaient les salles de réception (6).

Salle du trône, vue arrière

Salle du trône, vue arrière

Aux extrémités du patio rectangulaire allongé se dressaient deux salles d’habitation précédées chacune de la même galerie à arcades : d’un côté cette arcature se limitait au rez-de-chaussée, mais de l’autre, elle était surmontée d’un premier étage dit « menzeh » (5, pavillon d’été) : le plan de ce pavillon est une grande salle rectangulaire entourée d’une galerie formant sur quatre faces un portique à arcades. Les murs étaient ouverts d’une quantité de fenêtres sans auvents ni moulures (et fermées par des grilles ouvragées). L’une d’entre elles, ouverte, donnait accès à la terrasse du portique.

Menzeh : façade Nord Est

Menzeh : façade Nord Est

Menzeh : façade Sud Ouest

Menzeh : façade Sud Ouest

Menzeh : façade donnant sur le patio

Menzeh : façade donnant sur le patio

Pour ce qui est de la façade tournée vers l’intérieur du palais, une grande porte donnait accès à la grande salle. Depuis l’autre façade, on pouvait admirer la campagne appuyé contre une balustrade.

Sous l'arcade du rez-de-chaussée du Menzeh : porte vers le palais

Sous l’arcade du rez-de-chaussée du Menzeh : porte vers le palais

Porte faisant communiquer le patio et le riad

Porte faisant communiquer le patio et le riad

Une des portes du menzeh

Une des portes du menzeh

A l’autre extrémité du patio rectangulaire, sur les côtés de la salle qui fait face au rez-de-chaussée du menzeh, s’ouvraient deux passages étroits, menant l’un à un petit pavillon de repos, l’autre à un hammam (10), et débouchant tous deux sur un couloir menant aux cuisines (11) qui entouraient un patio orné d’une fontaine murale. Les serviteurs logeaient dans les salles du dernier patio (9) attenant au mur d’enceinte.

Passage étroit vers les cuisines

Passage étroit vers les cuisines

  1. Le riad

Le riad (19) était un jardin clos de hautes murailles, embelli d’une surabondance de plantes.

Les femmes étaient tenues à l’écart : suivant la faveur dont elles bénéficiaient auprès du Sultan, elles habitaient de grands ou de petits appartements disposés autour du riad (14, harem).

Il contenait aussi des mesriya (mesriya : petit appartement accessible par un escalier spécial) où il pouvait recevoir des favorites. Les mesriya étaient situées au fond du jardin, à chaque extrémité de la muraille bordées de tours reliées par un chemin de ronde.

***

Aujourd’hui, le méchouar, comme le riad, sont occupés par un ensemble d’habitats précaires qui forment un ensemble architectural d’une grande originalité et d’un grand intérêt. Les habitations sont adossées à la muraille, à l’intérieur comme à l’extérieur. Au centre du riad, une large voie, ainsi que trois allées perpendiculaires à cette voie, constituent une voirie de desserte qui irrigue tous les logements. Il y a 35 ans, l’auteur de l’ouvrage pensait à reconvertir le palais en musée. Mais aujourd’hui, serait-il possible de restaurer les bâtiments historiques et patrimoniaux, tout en conservant les habitats existants plus tardifs (et en les réhabilitant et les transformant), et ainsi de mettre en valeur cette unité architecturale ?

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