Bibliographie commentée

Posted on 3 novembre 2010

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Voici une bibliographie commentée intéressant l’architecture du Protectorat à Rabat que j’ai commencé à rédiger il y a deux ou trois ans, lorsque je me suis lancé – à l’occasion d’un master – dans le projet d’établir un état des lieux de la ville dans ce domaine, que j’ai poursuivie par la suite, et que je livre aujourd’hui, encore incomplète :

Bibliographie commentée

1.                      Ouvrages de la période du protectorat

a.           Publications de la Résidence Générale

  • Mission scientifique du Maroc, Rabat et sa région, Résidence Générale
  • Renaissance du Maroc, Dix ans de Protectorat, Résidence Générale

b.           Autobiographies

  • LAPRADE Albert, Lyautey urbaniste : souvenirs d’un témoin

Centre Jacques Berque

Résumé : mémoires rédigées pour le Maroc catholique suite à la demande d’ « un camarade de l’Ecole des Beaux Arts, officier de la guerre très grièvement blessé, jadis détaché [au] « Service des plans de villes » et devenu franciscain », qui racontent « l’historique de [l’]organisation des villes nouvelles au Maroc, de 1915 à 1920, sous la haute direction [du] Maître Prost ». L’architecte y raconte des anecdotes concernant sa rencontre avec le général Lyautey et son expérience auprès de Prost.

Points touchant note sujet d’étude : Laprade évoque aux pages 8 et 9 des difficultés d’ordre juridique rencontrées dans certaines villes, surtout à Rabat et Casablanca (p.10), au moment de créer un plan d’urbanisme : « Un Anglais, un Espagnol, un Allemand ou un indigène protégé allemand ne relevait que de son consul, construisait au beau milieu d’une avenue projetée par un Français, si tel était son bon plaisir. Ainsi en avait décidé le traité d’Algésiras. Les quelques rues amorcées essayaient d’éviter un étranger, zigzaguaient et finalement venaient buter contre un mur ». Il évoque aussi aux pages 13 et 14 les mesures de protection visant l’architecture traditionnelle marocaine, et l’équipe chargée de l’étudier qui en fit des relevés qui eurent une influence déterminante sur l’architecture coloniale « arabisante » : « Tout fut sauvé pour le plus grand profit de l’art et du tourisme, source de richesse qu’on ne saurait dédaigner. Avec Tranchant de Lunel, de La Nézière, Galotti, Ricard et toute l’équipe des monuments historiques, il fit une œuvre admirable, ajoutant même à la beauté existante, comme à Rabat, avec la création de cet adorable jardin des Oudaïas. »

  • LYAUTEY, Paroles d’action
Jardin des Oudaïas - Rabat

Jardin des Oudaïas – Rabat

c.            Etudes sur Rabat et sa région

  • BEAURIEUX Rémy, Rabat, guide sentimental
  • BORELY Jules, Notes sur Rabat
  • CAILLÉ Jacques, La petite histoire de Rabat

Bibliothèque de la Source

Résumé : Jacques Caillé raconte l’histoire de Rabat depuis l’antiquité jusqu’au Protectorat, à travers un certain nombre de « petites histoires » ou anecdotes pittoresques qui l’ont jalonnée.

Points touchant notre sujet d’étude : Des pages 218 à 221, intitulées « Rabat capitale du Maroc », l’auteur évoque les circonstances et précise les considérations qui ont présidé au choix de la ville de Rabat comme capitale du nouveau Protectorat préférée à la vile de Fès : « Ainsi l’éloignement de Fès [recherché à cause d’un manque de sécurité], la situation de l’ancien port des corsaires, sur la côte atlantique d’où l’on pouvait facilement communiquer avec l’Europe et toutes les régions du Maroc, et aussi le souvenir de la grandeur almohade, ont dicté le choix du Maréchal Lyautey, qui allait orienter la ville de Rabat vers de nouvelles destinées. »

  • CAILLÉ Jacques, La Ville de Rabat jusqu’au protectorat français
  • LASVIGNE Maurice, Rabat-Salé. Promenades et simples esquisses
  • MAUCLAIR Camille, Rabat et Salé
  • NORMAND R., Rabat, les débuts d’une municipalité au Maroc
  • PETIT Léon, Hinterland et Port de Rabat-Salé
  • RABBE P. F., Sur les rives du Bou Regreg, Rabat, Salé, Chella
  • ROUSSEL Lucien, Rabat en 1916
  • TERRASSE Henri, À travers Rabat
  • THARAUD Jérôme et Jean, Rabat ou les heures marocaines

d.           Études sur le Maroc

  • CHAMPION, Le Maroc et ses villes d’art : Tanger, Fès, Meknès, Rabat et Marrakech
  • GALOTTI Jean, Le jardin et la maison arabes au Maroc
  • GUERNIER Eugène, Maroc
  • LEROUX E., Villes et tribus du Maroc
  • PERIGNY, Comte Maurice de, Au Maroc – Casablanca, Rabat, Meknès
  • VAILLAT Léandre, Le Visage français du Maroc

e.            Ouvrages d’architecture et d’urbanisme

  • LAFORGUE Adrien, Travaux d’architecture
  • MARRAST Joseph (dir.), L’Oeuvre de H. Prost, architecture et urabnisme, Paris, Académie d’architecture, 1960
  • ROYER Jean, L’Urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux

f.             Chapitre d’ouvrages collectifs

  • PROST Henri, Le développement de l’urbanisme dans le Protectorat au Maroc, in « L’Urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux »

2.                      Périodiques de la période du protectorat 1912-1956

 

a.           Publications officielles

  • « Bulletin officiel », Rabat
  • « Bulletin officiel de la société de géographie du Maroc », Rabat
  • « Annuaire économique et financier du gouvernement chérifien », Rabat
  • « Bulletin de la Chambre de Commerce et Industrie », Casablanca
  • « Revue juridique et politique de l’union française », Rabat
  • « Comptes-rendus du Conseil du Gouvernement », Rabat

 

b.           La presse quotidienne

  • « La Presse Marocaine », Casablanca
  • « La Vigie Marocaine », Casablanca
  • « Le Petit Marocain », Casablanca
  • « L’Écho du Maroc », Rabat

 

c.            La presse hebdomadaire

  • « La Gazette Financière Marocaine »
  • « Le Petit Casablanca »
  • « Le Maroc Socialiste »
  • « Le Cri Marocain »
  • « L’Étincelle »
  • « Le Réveil de Mogador »

d.           La presse mensuelle

  • « France-Maroc », Casablanca
  • « L’Afrique Française », Paris

 

e.            Revues d’architecture

  • L’Afrique du Nord illustrée
  • L’Architecture d’aujourd’hui
  • L’Architecture française
  • L’Architecture marocaine
  • Bâtir, Revue marocaine d’architecture, Supplément illustré de « L’entreprise du Maroc »
  • Chantiers nords-africains
  • La Construction au Maroc
  • Construire
  • Réalisations

f.             Articles et numéraux spéciaux

  • ARCOS D’, Le Maroc à la recherche d’une formule d’architecture, in « Les Arts et les Artistes, Revue d’Art de France et de l’Etranger », n°105, mars 1931
  • BORY P., Rabat, in « Notre Maroc », mai-juillet 1953
  • LUNEL, Tranchant de, Rabat, ville d’art, in « France-Maroc », sept 1917
  • Le Maroc en 1932 – 20 années de protectorat français, in « L’Afrique du Nord illustrée », mai 1932
  • Maroc, in « L’Architecture d’Aujourd’hui », n°35, 1951

3.                      Ouvrages récents

a.           Ouvrages sur Rabat et sa région

  • BURLOT Joseph, Découverte de Rabat, Editions « La Porte », Rabat, 1972

Résumé : Guide touristique de facture classique présentant l’histoire de Rabat, plusieurs itinéraires pour découvrir la capitale, Salé et leurs environs, fournissant des renseignements pratiques et des adresses utiles… L’auteur est né en 1941, agrégé de l’Université, ancien professeur au lycée Hassan II de Rabat et chargé au moment de la parution de l’ouvrage de cours d’Histoire musulmane à la Faculté de Lettres de Rabat.

Points touchant notre sujet d’étude : le guide aborde « la ville moderne de Rabat et Bab Rouah » p. 71-74 et en retrace de manière synthétique la genèse : « La capitale devait présenter un aspect élégant et coquet. Son objectif fut de tirer le meilleur parti de la topographie et de l’environnement historique. Comme l’altitude augmente progressivement de la médina au rempart almohade au Sud, la première idée fut de ménager des points de vue sur la ville ancienne, l’estuaire et l’océan, en créant trois grands parcs. Ensuite pour diverses raisons, on appliqua le principe de la séparation de la ville ancienne et de la ville nouvelle en sauvegardant les remparts que beaucoup étaient prêts à voir disparaître. Il fallait aussi mettre en valeur les monuments historiques : Tour Hassan, Chella et remparts en préservant de larges zones « non aedificandi » aux alentours.

L’idée géniale fut de faire traverser la ville par un chemin de fer presque entièrement souterrain : la gare pouvait devenir alors le centre de la nouvelle ville sans nullement gêner la circulation. On affecta ensuite une fonction bien précise à certains quartiers : entre la gare et le marché central, point de contact entre ville nouvelle et médina, devaient s’établir tous les services publics municipaux, les banques et les maisons de commerce. Plus haut au sud, entre l’enceinte du méchouar et la résidence, les grands services administratifs. Les quartiers militaires occuperaient le bord de mer à l’Ouest et un quartier universitaire était prévu dans la zone boisée au S-O des remparts.

Il fallait ensuite tracer les grands axes de communication ; on garda bien sûr le traditionnel axe Marrakech-Casablanca-Tanger, mais on le dédoubla : une voie suit les remparts andalous de la médina, une autre bifurque vers Bab Rouah, c’est l’avenue de la Victoire tracée en 1922. L’autre axe, Nord-Sud, suit les anciennes pistes conduisant des portes de la muraille de la médina aux portes de la muraille almohade : Bab Rouah et porte des Zaërs. Ainsi a-t-on évité la monotonie des plans à damiers.

D’autres prescriptions concernaient l’aspect et la hauteur des bâtiments. »

Bab Rouah - Rabat

Bab Rouah – Rabat

  • CHASTEL Robert, Rabat-Salé : vingt siècles de l’oued Bou-Regreg
  • GERLIER H./GUERARD G., Rabat Salé et la région
  • LAKHDAR/DUCROT, Rabat, le temps d’une ville
  • MALKA Jean-Pierre, Rabat, Hier et aujourd’hui, 2002, édition Marsam

Résumé : après une introduction sur « L’évolution architecturale et urbanistique de Rabat », cet ouvrage bilingue arabe-français s’appuie sur une très riche collection de photos et de cartes postales datant du Protectorat pour mettre en exergue les modifications du paysage rbati depuis cette époque jusqu’à une époque récente. On y trouve également l’évocation de personnalités de première envergure de l’époque (sultans) comme celles d’inconnus (colons ou Juifs du mellah). Le livre traite successivement de « La muraille des Almohades » (pp. 8 à 52), « La muraille andalouse » (pp. 53 à 68), « Le mellah » (pp. 69 à 73), « Le port de Rabat » (pp. 74 à 79), « La traversée du Bouregreg » (pp. 80 à 92), de la médina (pp. 93 à 97), de « La kasba des oudaya » (pp. 98-109), des « boulevards et [des] nouveaux quartiers » (pp. 132 à 157), des « nouvelles bâtisses » (pp. 158 à 173).

Points touchant notre sujet d’étude : les nombreux documents iconographiques permettent de faire un parallèle entre l’état de la ville sous le Protectorat et l’état actuel, et donc à la fois de rappeler l’existence de lieux ou bâtiments disparus, de souligner les transformations dont certains ont pu faire l’objet ou parfois de contextualiser géographiquement ou chronologiquement d’autres qui subsistent encore.

  • MOULINE Saïd, Repères de la mémoire : Rabat, Ministère de l’Habitat

Bibliothèque La Source

Résumé : à travers deux numéros distincts et plusieurs articles, l’auteur recense les principaux éléments du patrimoine historique rbati, et s’appuie sur une très riche documentation iconographique. On trouve à la fin du deuxième numéro une longue bibliographie détaillant les ouvrages marocains et français intéressant le patrimoine historique de la ville de Rabat.

Points touchant notre sujet d’étude : dans l’article intitulé « La ville nouvelle », l’auteur développe la genèse de la ville nouvelle – bâtie au début du Protectorat – de Rabat. Il parle de l’origine – le Musée Social – de ses acteurs, dont le principal est Henri Prost, Chargé de la Direction des Services d’Architecture d’Urbanisme du Protectorat, puis des règles qui l’ont guidée, comme la séparation entre les agglomérations européenne et indigène et d’autres principes d’urbanisme parmi les plus modernes. Après avoir défini l’ossature générale de la nouvelle agglomération, il s’attarde sur la construction de la Résidence générale de 1917 à 1922.

b.           Ouvrages sur le Maroc

  • BORGE Jacques/VIASNOFF Nicolas, Archives du Maroc
  • KARMAZYN Jean-Claude, Le Maroc en cartes postales, 1900-1920
  • RACHIK Abderrahmane, Ville et pouvoirs au Maroc

 

c.            Ouvrages sur l’architecture et l’urbanisme de Rabat

  • ABU-LUGHOD Janet, Rabat : Urban Apartheid in Morocco

 

d.           Ouvrages sur l’architecture et l’urbanisme au Maroc

  • BEGUIN François, Arabisances : décor architectural et tracé urbain en Afrique du Nord (1830-1950)

Résumé : Cet ouvrage d’histoire de l’art décrit l’évolution de 1900 à 1930 d’une tendance de l’architecture coloniale consistant en « l’arabisation [de] formes architecturales importées d’Europe (p. 1). » Comme le dit l’auteur page 2 : « Cette tendance avait survécu à tous les bouleversements politiques et stylistiques advenus dans cette partie du monde [l’Afrique du Nord] au cours du XXème siècle. Elle se présentait sous des formes très variées, allant du simple détail à la conception globale d’un bâtiment. Dans nombre de ces développements, elle s’exprimait comme un style d’Etat, et même comme un style d’Empire : la quasi-totalité des bâtiments publics construits par la France entre 1900 et 1930 en conservent la trace. »

Points touchant notre sujet d’étude : Dans le premier chapitre, intitulé « Les deux visages de la France : le style du vainqueur et le style du protecteur », l’auteur retrace l’évolution de ce qu’il appelle les « arabisances » en Afrique du Nord. Il signale d’abord que la visite de Napoléon III en Algérie en 1865 est le point de départ d’une politique de conservation des grands centres urbains de l’Afrique du Nord (p. 14). Au Maroc, cette sauvegarde est initiée dès l’arrivée de Lyautey. Des inventaires sont établis, comme celui de La Nézière, Les Monuments mauresques du Maroc (note 10 p.14). Auparavant seuls les vestiges romains retenaient l’attention, alors que les villes arabes faisaient l’objet de jugements négatifs et sommaires. Cette première manifestation de cette tendance est suivie par l’épanouissement d’un courant qualifié dans l’ouvrage de « néo-mauresque officiel », correspondant en Algérie au « style Jonnart » d’après le nom du gouverneur général (p. 20). L’ « arabisance » s’incarne ensuite dans « l’habitat indigène », et est nourrie par de grandes enquêtes, comme celle  de Laprade à Rabat et Salé, qui prépare la construction d’une « pseudo-médina »[1] à Casablanca (p.25). Dans le deuxième chapitre : «  L’arabisance, de Jonnart à Lyautey, s’intéresse aux différentes expressions, chronologiquement et géographiquement, de cette tendance. Lyautey s’est particulièrement impliqué dans les questions d’architecture et d’urbanisme au Maroc. Il qualifie le résultat de ses efforts d’ « Urbs condita ». L’expérience marocaine est restée jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale « une référence et un modèle pour tout ce qui pouvait être tenté en matière d’urbanisme colonial (p. 34) ». « Les bâtiments marocains construits avant 1930 « témoignent tous d’une remarquable retenue dans l’usage des pièces décoratives (p.61) ». Les architectes du Maroc effectuent inventaires, relevés et de nombreuses publications voient le jour, comme de luxueuses collections de photos, dans le cadre d’une « effervescence artistique et politique, et plus précisément, [d’] une circulation permanente d’idées et de catégories entre l’administrateur, l’architecte, le romancier (p. 67) ». à ceux qui souhaitaient faire construire « à la manière arabe » ». L’auteur poursuit en évoquant « le domaine de l’architecture domestique, où des jeux de formes, des rapports entre la végétation et la construction, entre le dedans et le dehors, ont fait l’objet d’analyses souvent très fines », comme dans l’ouvrage de Gallotti et Laprade cité plus haut « destiné (p.68). L’auteur conclut en faisant remarquer que « les formes les plus ancestrales de l’art populaire marocain étaient devenues […] proches des recherches les plus avancées du Mouvement moderne (p. 72).

Diour Jamâa - Rabat

Diour Jamâa – Rabat

  • BOUMAZA Nadir (Dir.), Villes réelles, villes projetées : fabrication de la ville au Maghreb
  • COHEN Jean-Louis/ELEB Monique, Casablanca, Mythes et Figures d’une aventure urbaine

Résumé : Comme il est résumé dans l’introduction (p. 15), le projet de l’ouvrage revêt deux aspects principaux, correspondant aux formations respectives de leurs auteurs – Jean-Louis Cohen étant architecte et historien et Monique Eleb étant psychologue et sociologue : « Plutôt que de tenter une impossible histoire totale, notre ambition sera d’ajouter à ces enquêtes majeures [sur Casablanca, citées à la même page] l’histoire d’une ville déchirée mais attachante, saisie autant dans sa spatialité que dans son épaisseur sociale. »

Points touchant notre sujet d’étude : L’introduction expose la méthode d’investigation des auteurs (p. 12) qui est par la suite détaillée dans les annexes. Elle propose par ailleurs un découpage chronologique intéressant de la période prise en compte par l’ouvrage (pp. 13 et 14), avec comme « borne initiale du propos […] la renaissance commerciale de Casablanca à la fin du XIXème » et comme borne ultime « non la coupure politique de 1956, mais […] la transition plus complexe qui intervient au début des années 1960 ». A l’intérieur de ces bornes se dessinent des « conjonctures remarquables » : « Entre 1907 et la fin des années 1920, la première conjoncture correspond à la conquête française et voit les équipes de Lyautey réguler de lotissements déjà engagés » ; « Dans les années 1930, la deuxième conjoncture est caractérisée par une croissance urbaine régulée et une occupation méthodique du sol » ; « Entre le débarquement allié de 1942 et l’indépendance, la troisième conjoncture n’est qu’une longue crise. ». Dans leur conclusion, les auteurs signalent les menaces qui pèsent sur ce patrimoine[2] « en crise » en livrant au lecteur leurs sentiments : « Au cours de la préparation de ce livre, nous avons eu parfois l’impression d’arriver après la bataille, la mémoire disparaissant avec les hommes, les constructions et les archives perdues » (p. 445).

Les annexes sont une mine de renseignements, notamment méthodologiques, pour qui s’intéresse à l’architecture coloniale marocaine. Les auteurs présentent d’abord la « méthode utilisée dans la recherche » (p. 446 à 448) et précisent que l’ouvrage « est fondé sur l’utilisation convergente de plusieurs types de méthodes d’observation et d’interprétation, qui ont permis de croiser les informations recueillies sur le terrain urbain – et humain – de Casablanca et l’analyse des sources publiées. » L’enquête sur le terrain « s’est déroulée en plusieurs phases » : « une première exploration visant à repérer les immeubles remarquables du centre ville a permis de spécifier les catégories utilisées par la suite pour le recueil des données d’archives », puis « l’arpentage des rues à l’aide de plans de ville successifs, les notations photographiques, le repérage de bâtiments remarqués dans les revues ou les archives ont été suivis de visites d’appartements et de maisons, des villas de luxe aux cités ouvrières. » Les entretiens ont concerné « plusieurs types d’informateurs et de protagonistes de l’histoire de la ville : les architectes, leurs collaborateurs et les membres de leurs familles, les propriétaires, les promoteurs, commanditaires, gérants et gestionnaires, et les occupants actuels. » La recherche dans les archives a nourri l’enquête sur le terrain, puisant les informations « dans les fonds parisiens et dans les publications », chez des architectes et leurs familles, dans « des institutions marocaines, comme la photothèque du Ministère de l’habitat » pour les photographies d’époque, « des fonds utiles pour mesurer l’impact international des expériences au Maroc» comme « les archives des CIAM ou celles de Sigfried Giedion », « les archives du Protectorat conservées à Rabat[, qui] ont permis des découvertes irremplaçables », les archives de « la Wilaya du Grand Casablanca » et de « l’Agence urbaine de Casablanca » pour la « recherche des dossiers de permis de construire ». Il est regretté que « beaucoup des corpus analysés [soient] restés longtemps partiels et discontinus. » L’enquête bibliographique a mis au jour la « richesse insoupçonnée » du « registre des publications marocaines »[3]. La recherche s’est poursuivie suivant d’autres biais : l’étude des plans des bâtiments (« fournis par la recherche bibliographique »), l’analyse des plans et des documents d’urbanisme (« en l’absence de publication signalétique ou de cartothèque historique exploitable » : un corpus de plans d’ensemble ou de détail a ainsi été rassemblé, associant plusieurs ordres de représentations de la ville aux différents moments de sa brève histoire »), l’analyse de contenu des discours, l’analyse lexicale. Enfin, les auteurs insistent sur leur exploitation de la pluralité des sources : « Les hypothèses ainsi mises à l’épreuve ont été tenues pour vérifiées quand chaque trait constituant des conceptions de l’espace à un moment donné se retrouvait de façon convergente sur des plans ou dans des documents textuels. »

La bibliographie s’organise donc en plusieurs points : en premier lieu les sources manuscrites (archives privées et publiques, consultées au Maroc, en France, aux Etats Unis et en suisse), puis les sources orales, sous la forme de « principaux entretiens avec protagonistes et témoins » (p. 449), suivies des sources imprimées que constituent les bibliographies (p. 450), les ouvrages (p. 450-453), les chapitres d’ouvrages collectifs (p. 453), les numéros monographiques de périodiques (p. 453-454), les articles de périodiques (p. 454-458).

Les auteurs recensent ensuite les architectes actifs à Casablanca dont ils fournissent une courte notice  biographique et présentent les principaux bâtiments connus. Dans un préambule à ces biographies, ils évoquent leur origine sociale, leur formation et leur parcours. Ils précisent leurs sources – Archives nationales, Société des architectes diplômés par le gouvernement, tableaux de l’Ordre d’une part, registres de permis de construire de la Wilaya et périodiques d’autre part – qui ont été complétées par l’enquête sur le terrain et les entretiens. Ils insistent enfin sur le caractère lacunaire de cette liste et de ses biographies (p. 460). Parmi les architectes énumérés, certains ont fait carrière ou ont été actifs pendant une période à Rabat : Jean Balois (Im. Pour la duchesse de Guise et le comte d’Harcourt, Im. Noguéras), Roger Belliot (Maison de la Radio), Jean Chemineau (Caisse centrale de crédit et de prévoyance, place Piétri), Pierre Coldefy (Lycée René Descartes), Henri Couette (installé à Rabat, il dirige la revue « Réalisations »), Edouard Delaporte (grands projets hospitaliers avec J. Chemineau et J. Forcioli pour la Direction de la Santé Publique), René (Robert ?) Deneux (associé à Albert Planque), Michel Ecochard (plan d’extension pour Rabat), J. C. N. Forestier, Georges Godefroy (dirige jusqu’en 1966 l’inspection interrégionale d’Urbanisme à Rabat), Adrien Laforgue (actif à Rabat de 1912 jusqu’à sa mort, nombreux bâtiments administratifs), Albert Laprade (attaché à la Résidence Générale de 1915 à 1919, Résidence Générale de 1917 à 1923 avec J. C. N. Forestier, J. – H. Laure (chef du Bureau des bâtiments administratifs de 1954 à 1960), Antoine Marchisio (rejoint en 1915 l’équipe de Prost, auquel il succède en 1918 pour la Direction des édifices publics, chef des services d’architecture du Protectorat jusqu’en 1947, Direction de la Santé Publique, Collège des Orangers), Joseph Marrast (travaille avec Henri Prost de 1919 à 1922), Paul Michaud (actif à Rabat de 1915 à 1962), Paul Perrotte (associé à Jean Balois jusqu’en 1937), Albert Planque (souvent associé avec Robert Deneux), Henri Prost (dirige de 1914 à 1922 le Service des plans de villes du Protectorat à Rabat, construit très peu de bâtimenst au Maroc, plan d’aménagement de Rabat), René Schmitt (associé à Balois), Henri Tastemain (au Service de l’urbanisme à Rabat en 1948 et 1949, collabore avec Chemineau en 1949 et 1950, Institut de journalisme en 1980, Centre hospitalier universitaire de 1972 à 1980, Cité universitaire, Institut national agronomique).

  • GILLOT Gaëlle, Les jardins publics dans les grandes villes du monde arabe : ces lieux où l’on s’arrête : à Rabat, Casablanca et au Caire
  • VACHER Hélène, Projection coloniale et ville rationalisée : le rôle de l’espace colonial dans la constitution de l’urbanisme en France 1900-1931

e.            Chapitres d’ouvrages collectifs

  • JELIDI Charlotte : La fabrication des « villes nouvelles » sous le Protectorat français au Maroc : de l’idéologie aux réalités, ou la place des archives dans le renouvellement de l’historiographie, in « Villes coloniales aux XIXe-XXe siècles »

 

f.             Ouvrages sur l’histoire de la période du protectorat

  • DESMAZIERES Bertrand, Pierre de Sorbier de Pougnadoresse, le Colbert de Lyautey

4.                      Revues d’architecture

  • JOLE, M./KHATIBI A./MARTENSSON M., Urbanisme, idéologie et ségrégation : exemple de Rabat, in « Annales marocaines de sociologie », 1970
  • MOULINE Saïd/SANTELLI Serge, Rabat, IFA, Supplément au Bulletin d’informations architecturales
  • MOULINE Saïd, Architecture métissée et patrimoine, in « Cultures anciennes dans les mondes nouveaux »
  • Cent ans d’urbanisme et urbanisation au Maroc, in « Espace géographique et société marocaine » (Casablanca), 2002, n° 7

[1] Une pseudo-médina, du même type que celle des Habous à Casablanca, existe d’ailleurs à Rabat, désignée sous le nom de « Diour Jamaa ».

[2]Ce patrimoine en crise est « partagé » car « L’architecture de Casablanca est le produit d’une façon de penser, de vivre, qui a, en large partie, échappé au projet colonial, et les différentes couches de la population peuvent se reconnaître aujourd’hui dans les types architecturaux d’une ville offrant une ample gamme d’habitations et de modes de vie. » (p. 445)

[3] Cf la présente bibliographie, « Revues d’architecture », « Période du Protectorat »

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