De Rabat à Rissani, par Midelt

C’est à peu de choses près la première étape que j’ai parcourue quand je faisais route vers la vallée du Dadès. Un premier tronçon qui m’a laissé un souvenir cuisant.

Le trajet avait pourtant bien commencé. Dans le bus parti de Fès, je discutais avec un étudiant en médecine qui rentrait dans sa famille ce weekend-là, prolongé je crois. Une conversation intéressante s’était engagée, qui progressivement et sans heurts s’éteignit d’elle-même alors que le soleil disparaissait et que la fatigue s’écroulait sur nous. Pourtant, peu après,  un sentiment d’angoisse m’étreignit : avec ma gorge, c’était mon estomac qui se nouait. Je fus pris de plusieurs crampes successives au bassin jusqu’à ce qu’une douleur lancinante y pose ses affaires et s’y installe. Il devenait clair que seul un déménagement en bonne et due forme pourrait me permettre de retrouver ma sérénité. Après encore un moment, faiblard et éperdu, j’en parlai avec toute la retenue et toute la discrétion possibles à mon voisin l’étudiant en médecine, qui compatit, mais qui malgré sa science, à l’intérieur de l’espace limité d’un véhicule bondé en mouvement, n’y pouvait pas grand chose.

Nous arrivions à proximité d’Azrou, dans le Moyen Atlas. Je me dis que j’allais m’arrêter là et que je prendrais un autre bus pour finir mon voyage le lendemain, un peu plus léger. L’étudiant eut la gentillesse de transmettre au chauffeur et je me levai pour me préparer à descendre. Alors qu’on voyait lointaines encore les lumières scintillantes de la ville, le bus s’arrêta et les portes s’ouvrirent sur la nuit noire. Perplexité. Je me tourne d’un côté et de l’autre : on m’annonce qu’il fallait finir le trajet à pied, le bus ne poursuivant pas jusqu’aux limites de la ville, car cela lui faisait faire un détour ! J’estimai peu prudent de m’engouffrer dans l’inconnu et l’obscurité sans lampe de poche et sans certitude d’arriver au point recherché. Je regagnai ma place. Un autre moment passa.

Cependant l’étudiant me voyait me tordre d’envie sur mon siège et ses regards me renvoyaient une juste inquiétude. « Voulez-vous que j’en touche un mot au chauffeur ? », me dit-il enfin, en substance. Je l’engageai fermement à mettre sa proposition à exécution et à traduire auprès du conducteur les embarras qui m’obligeaient à faire stopper le bus et tous ses occupants en pleine forme dans les plus brefs délais.

Je jaillis tel un tigre hors de sa cage et courus en direction du gros arbre le plus proche. Quel soulagement, mais quelle honte aussi, quand je remontai dans le bus. Surtout que le soulagement ne fut que de courte durée et que je dus renouveler ma demande, un moment après : rebelote, nouvel avis d’expulsion, et nouvel apaisement. L’histoire s’arrête là, j’arrivai à Midelt, trouvai mon hôtel et m’affalai sur le lit.

Certes il peut paraître sans intérêt et déplacé de raconter ce type d’histoire, mais pour celui qui a vécu l’événement à travers toutes les fibres de son corps, il revêt, et surtout au moment de son déroulement, une importance et un relief exceptionnels, qui peuvent l’amener à en parler à tort et à travers. Ce que je viens de faire, j’en suis désolé !

La nuit fut une régénération, le petit matin une renaissance. Je sortis ragaillardi de l’hôtel, sur une petite place où s’affichait la devanture d’un célèbre magasin de roches de collection, à la recherche desquelles on prend, dit-on, des risques insensés.

Midelt a un visage très champêtre, c’est la ville à la campagne, avec pour fond de scène, les majestueuses montagnes du Moyen Atlas, saupoudrées d’une neige étincelante dans le bleu limpide de l’air et du ciel. Les maisons aux tuiles rousses s’accordaient avec le cuivre des feuilles jaunissantes pour former un tableau très automnal. Un portail de bois par ci, une clôture blanchie à la chaux par là, un cycliste pas pressé qui déambule, une petite église et sa cloche qui pendouille à un petit lanternon… ma promenade matinale s’est déroulée dans un environnement très calme, très frais, très agréable. Aux franges de la ville, le paysage se dégage et les montagnes apparaissent dans leur entier, avec leurs couleurs surréelles. Au centre de la ville, aux abords du souk, on trouve plus d’animation bien sûr. Plus tard je prends un bus pour Errachidia.

Découverte de Midelt
Une clôture blanchie à la chaux
Un cycliste pas pressé
Cloche qui pendouille au lanternon d’une église
Montagnes du Moyen Atlas enneigées et enchantées
Au souk de Midelt

A sa descente, je suis alpagué par deux « opérateurs de tourisme » entre les mains desquels je me remets et qui me transportent en taxi jusqu’à Rissani où j’ai réservé un hôtel. Malgré la déception que me procure ce premier trajet, ponctué d’un arrêt pour admirer les gorges du Ziz depuis un point de vue, et d’une courte halte – le soleil se couchait – au ksar de Maadid, aux proportions majestueuses, je conviens avec mes guides, qui sont parvenus à aiguiser ma curiosité, de plusieurs excursions aux alentours de la ville, notamment pour voir d’autres ksour du Tafilalet.

Les gorges du Ziz depuis la route Errachidia-Rissani
L’entrée majestueuse du ksar de Maadid
Sous la porte d’entrée du ksar de Maadid
Place à l’intérieur du ksar de Maadid

Mais le lendemain je visite en premier lieu ce pour quoi j’ai fait le voyage : le très antique site de Sijilmassa. Cette ville disparue est l’une des plus anciennes fondées au Maroc. Elle l’a été au 7ème siècle et a atteint son apogée au 10ème, tirant sa richesse des caravanes dont elle était un lieu de passage sur la route commerciale de l’or, de l’ivoire et des esclaves. Le site est vaste, enclos, mais peu spectaculaire à vrai dire. On peut néanmoins saisir une idée de la grandeur passée de la cité à partir des murs extrêmement épais dont les restes s’éparpillent sur toute la surface du site. Avant de partir à la découverte des ksour.

L’arrivée à Rissani
Vue des ruines de Sijilmassa 1
Vue des ruines de Sijilmassa 2
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