Harfleur 1415 – Episode 5 – Malentendus.

Dans l’épisode suivant, le cinquième de ma « série-qui-déchire-sur-le-siège-d’Harfleur-en-1415 », intitulé « Malentendus », deux lieux sont importants : en premier figure la « Tour perdue » qui se dressait au milieu du Clos aux Galées, le port d’Harfleur, dont on peut avoir une idée de la silhouette par le biais d’un graffiti visible dans l’église de la ville, ou bien grâce à une miniature représentant les Anglais pénétrant dans Harfleur :

Miniature : le Clos aux Galées et la Tour perdue devant Harfleur

Le deuxième est une ferme que j’imagine assez proche des « clos-masures » que l’on trouve dans le pays de Caux, ceints d’un talus rectangulaire planté d’un rideau d’arbres élevés et à l’intérieur duquel on trouve des arbres fruitiers :

Clos-masure du pays de Caux

Deux images qui vous permettront peut-être de mieux vous représenter les lignes qui suivent…

 

Episode 5 : Malentendus

Le Clos aux galées, une pièce dans la Tour Perdue qui sert de vigie au milieu du bassin, à midi

Le maure, qui se prénomme Abdou, a fait connaissance avec Fadéla. Il vient d’Espagne. Il est commerçant. Il a été forcé de se convertir au christianisme par les catholiques qui ont reconquis la ville où il vivait. Il loge dans la Tour Perdue par faveur spéciale grâce à des amis du port. Fadéla est fascinée par le maure. Il lui raconte ses aventures qui l’ont conduit jusqu’à Harfleur et la Tour Perdue. Avec sa permission, il l’emmène au sommet de la tour où il ne se trouve personne pour le moment. En effet tout le monde est occupé par les préparatifs de la défense de la ville et Abdou en fait la revue avec sa protégée depuis leur position élevée : fabrication des armes, transport sur les remparts des munitions : flèches, carreaux, projectiles inflammables…, rassemblement de vivres, renforcement des fortifications en l’espèce de boulevards circulaires protecteurs avec un talus de terre garni de gros arbres qui s’élève presque aussi haut que les murailles et un fossé, et surtout obstruction de l’entrée du port avec des pieux… « Le moment est grave », fait Abdou. Fadéla se confie à son tour : sa vie, ses amis, le besoin impérieux de quitter la ville pour sauver la vie de son frère… En se livrant, elle tremble. Le maure l’entoure de son bras ferme et amical. Ils se rapprochent et s’embrassent langoureusement.

Campagne d’Harfleur

Les deux messagers harfleurais enlevés par des brigands et en route pour Rouen avant Paris, déposent Jacques à un carrefour. Celui-ci s’engage dans un sentier.

Harfleur, maison de Jacques

La mère de Jacques est endormie sur la table au centre de la principale pièce de sa petite maison. Une chandelle consommée forme un petit monticule sur un bougeoir en étain. Quelqu’un frappe violemment à la porte. Elle se réveille en sursaut. Elle demande qui est là. Une amie à elle a des informations importantes à lui transmettre. Elle ouvre la porte avec précipitation. Une paysanne entre et lui affirme qu’une de leurs connaissances a vu son fils cadet dans une ferme, sur le plateau de Caucriauville. La mère pleine d’espoir demande à la paysanne de garder sa petite fille avec elle pendant son absence. Cette dernière acquiesce. L’autre jette une capeline sur ses épaules et sort en direction de la porte de Leure.

Plateau de Caucriauville, une ferme

John s’est éclipsé du camp avec de la nourriture qu’il va porter à son protégé. Quand il entre dans la masure, il trouve l’enfant endormi. Ce dernier se réveille et est effrayé un instant avant de reconnaître son bienfaiteur. John et l’enfant, un peu reposé, mangent ensemble, la plupart du temps en silence. Ils essaient de communiquer mais n’y parviennent pas. Ensuite, John dit au garçon qu’il doit partir et le laisse.

Un sentier en sous-bois, entre la ferme et le camp anglais

Jacques marche déprimé sur un sentier quand tout à coup il se trouve nez à nez avec John qui retourne au camp. Ils s’immobilisent tous deux et commencent à s’observer. Jacques est comme paralysé. John commence à grogner et fait mine d’avancer pour effrayer le jeune homme. Jacques retrouve un peu ses esprits et détale, s’engouffrant dans le sous-bois. John poursuit son chemin en riant et sifflotant. Jacques court aussi vite qu’il le peut mais trébuche et dévale au fond d’un petit vallon. Il entend un peu au-dessus de sa tête passer un cavalier. Il se redresse pour mieux l’apercevoir : c’est l’Anglais qu’il a délivré. Il emporte avec lui une sacoche débordant d’objets volés précieux.

Un sentier en sous-bois, qui grimpe vers le plateau de Caucriauville

La mère de Jacques court, hors d’haleine, sur un sentier qui doit la conduire à la ferme où on lui a dit qu’elle trouverait son fils cadet. Elle débouche sur un chemin plus large. Elle s’arrête un instant pour souffler en se tenant les côtes. Elle entend du bruit : elle se retourne et voit un cavalier qui se dirige droit vers elle sans se préoccuper du mal qu’il pourrait lui faire. Elle n’a que le temps de se jeter à terre. Elle échappe de justesse à une collision. Près de son visage roule une coupe en or finement ciselée qui est tombée de la sacoche du cavalier. Elle se relève, s’époussette et reprend son chemin à la même allure sans lui prêter attention.

Château de Gaucourt, les écuries

Une vieille femme prend soin du messager, qui a cessé de délirer. Une extrême fatigue se lit sur le visage de celui-ci. La femme l’essuie avec un linge humide et le lave un peu. Un vieux palefrenier s’approche d’elle et lui demande des nouvelles de son « patient ». Elle dit qu’il semble aller mieux et qu’il doit continuer à se reposer. Ils sont dérangés par un autre palefrenier qui se présente à la porte des écuries accompagné d’une sorte de mendiant, à la mine hagarde et aux habits déchirés. Il s’agit d’un des deux poursuivants anglais du messager qui s’est déguisé. Le palefrenier dit qu’il ne sait pas qui il est, qu’il ne parle pas, et qu’il semble être simple d’esprit. Il demande à la vieille si elle n’a pas un peu de soupe pour lui. Celle-ci bougonne et sort des écuries pour se diriger vers les cuisines. Le palefrenier assoit son protégé sur un peu de paille à deux pas du messager et se retire. Il ne reste que le premier palefrenier qui reprend son travail.

Plateau de Caucriauville, un champ

La mère de Jacques continue sa course. Elle parvient enfin sur le plateau et traverse champs et cultures à vive allure. Elle s’arrête un instant et met sa main en visière contre son front pour se protéger du soleil. Un espoir fou l’envahit : elle vient d’apercevoir la ferme environnée de hêtres dont son amie lui a dit qu’elle était sans doute le refuge de son fils. Elle se remet à courir de plus belle.

Plateau de Caucriauville, une ferme

Le petit frère de Jacques, après son déjeuner, s’est endormi sur la table et sa tête repose lourdement juste à côté de son écuelle. Même endormi, il tient encore dans sa main droite sa cuiller. Tout à coup, un bruit le réveille en le faisant sursauter. L’esprit encore brouillé, il tente de prêter l’oreille et veut savoir s’il a bien entendu quelque chose. D’autres bruits se font entendre. Son regard se voile d’une terrible expression de frayeur. Il tourne la tête à gauche, à droite, puis sans lâcher sa cuiller il va se réfugier dans un recoin de la pièce, entre le lit et le coffre. Tout tremblant, il attend.

Plateau de Caucriauville, une ferme

Il ne reste que quelques mètres à la mère de Jacques pour arriver à la porte de la masure où elle pourra retrouver son fils. Elle se précipite sur la porte, elle lui résiste un instant puis l’ouvre brusquement et complètement. Elle jaillit au milieu de la pièce principale. Elle stoppe net sa course. Devant elle, à une table, se trouve un enfant qu’elle ne connaît pas. « Qui es-tu ? », hurle-t-elle à cet enfant qui ne lui a rien fait. « Je m’appelle Michel », lui répond-il. La femme fond en larmes.

Plateau de Caucriauville, une ferme

Le frère de Jacques, de sa cachette, voit la porte d’entrée de la masure s’ouvrir violemment. Le soldat anglais que Jacques a délivré entre bruyamment, avec sa sacoche débordant des fruits des larcins des brigands qu’il pose sur la table. Il renifle l’odeur de nourriture. Il va voir dans l’antre de la cheminée où est suspendu un chaudron. Il en sort la louche et la porte à sa bouche. Soudain il aperçoit le petit garçon au visage déformé par la peur dans une encoignure. Il lâche la louche et se jette sur lui. L’enfant paralysé se laisse appréhender avec effroi par le soudard.

Château de Gaucourt, les écuries

Le palefrenier délaisse un instant son travail et s’approche du faux mendiant. Il se penche devant lui et, en articulant et en élevant sa voix, lui demande : « Com-ment-t’ap-pel-les-tu ? » L’autre conserve toujours la même expression neurasthénique. Le palefrenier repose une fois encore la question. L’autre reste imperturbable. Le premier soupire, se redresse et va rejoindre sa fourche et son tas de paille sans plus se préoccuper du nouvel inconnu. Le soldat déguisé en mendiant, précautionneusement, se lève, attrape un fer à cheval suspendu au mur derrière lui, s’avance sans faire de bruit vers le palefrenier et lui assène un violent coup qui le laisse inconscient. Il s’empare de la fourche, se dirige cette fois-ci vers le convalescent. Il susurre à l’oreille de ce dernier un funeste « adieu » puis brandit bien haut au-dessus de sa victime la fourche dans l’intention d’en planter chacune de ses dents dans sa gorge. Cependant il est interrompu par un cri qui s’élève dans son dos. Il se retourne. Il ne peut voir la personne qui lui jette un liquide brûlant à la figure. Il hurle de douleur pendant que son agresseur – la vieille femme qui est allée chercher un bol de soupe – appelle au secours. Le soldat anglais aveuglé cherche en tâtonnant le manche de la fourche qui lui a échappé des mains. Il le retrouve enfin. De nouveau il est sur le point de transpercer le corps du malade, mais avant qu’il puisse y parvenir, un garde arrive et le passe au fil de son épée.

Plateau de Caucriauville, une ferme

La mère de Jacques se remet avec peine de sa déception. Elle discute avec l’enfant qu’elle a trouvé tout en lui préparant quelque chose à manger avec quelques légumes qu’elle a dénichés dans la pièce. Le petit garçon, encore plus jeune que son enfant disparu, lui dit ne pas savoir où sont ses parents. Il est seul à la ferme depuis deux jours. Elle le regarde manger. Le soleil décline, la femme met l’enfant dans le lit et le borde. Elle lui dit qu’il ne peut rester seul à la ferme. Le garçon, sur le point de s’endormir, émet un petit grognement. Le lendemain matin, elle l’emmènera avec elle. L’enfant dort déjà. La femme va se rasseoir à la table, cache son visage dans ses mains et se met à sangloter. Dehors il fait nuit.

Prieuré de Graville, campement anglais, au soleil couchant

Le soldat anglais délivré par Jacques déboule à cheval dans le camp anglais et dans un tonitruant éclat de rire jette le frère de Jacques par terre, au milieu de ses confrères soldats qui préparent un feu. Nulle trace sur lui des objets de valeurs qu’il a subtilisés aux brigands. Les soldats se réjouissent : « Où l’as-tu retrouvé ? », lui demandent-ils. Ils s’en saisissent et l’emmènent, à demi-vivant, dans un enclos où les prisonniers sont enfermés. Les trompettes résonnent. Le roi Henri V, entouré de tous ses nobles compagnons, monte sur une estrade dressée pour l’occasion et s’adresse à ses troupes. Le lendemain, l’armée pourra se mettre en route. Organisée en trois colonnes, elle se dirigera vers Harfleur, l’encerclera et établira trois bases à partir desquelles le siège sera mis en œuvre. Une fois ces trois points rejoints, il faudra mettre sur pied les ouvrages de siège, armer les bombardes et se préparer à une lutte de longue haleine. Le roi demande ensuite au duc de Norwich qui est à ses côtés de bénir les soldats, ce qu’il fait avec une grande solennité. John reconnaît en lui avec horreur l’ordonnateur de la cérémonie de magie noire dont le frère de Jacques avait failli être la victime. Puis le roi et sa suite rejoignent les bâtiments du prieuré.

Château de Gaucourt, les écuries

Le sire de Gaucourt a été averti de la tentative de meurtre qui visait le messager. Alors qu’il interroge lui-même la vieille servante et le palefrenier qui a repris connaissance, le convalescent se réveille peu à peu. Alerté, le sire de Gaucourt le presse de questions. Le rescapé parle d’un message urgent, il semble chercher quelque chose sur lui, en fait la boîte qui contient le message, puis se remémore petit à petit les épreuves qu’il a traversées. Il se met à tout raconter au sire de Gaucourt, et surtout le prévient que la ville d’Harfleur court un grand danger et que le seigneur doit lui apporter son aide.

Le Clos aux Galées, au sommet de la Tour Perdue qui sert de vigie au milieu du bassin, à la nuit tombée

Quelques fenêtres de la ville sont éclairées. Des hommes marchent une torche à la main dans les ruelles. Abdou dit à Fadéla qu’il peut l’aider, elle et ses amis. Il dit qu’il va voler un petit foncet, bateau fluvial à fond plat, et qu’il le mènera la nuit suivante jusqu’aux moulins. A cause des pieux, on ne peut plus sortir par l’entrée principale du port. Le lendemain matin, à l’aube, lorsque la herse des moulins sera relevée, Fadéla et ses amis le rejoindront et discrètement ils navigueront vers Rouen. Ils devront simplement traîner le bateau sur la terre ferme quelques mètres pour contourner l’obstacle des pieux devant le port. Fadéla ne sait pas quoi dire. Elle le remercie par un tendre baiser.

A suivre…

Publicités

2 réflexions sur “Harfleur 1415 – Episode 5 – Malentendus.

  1. Bonjour,

    Actuellement au Maroc à Marrakech et ayant lu la biographie du Maréchal Lyautet par Benoist Mechin, je me demandais s’il existait des traces du Maréchal et ce qu’est devenu la résidence générale du protectorat à Rabat.
    En avez vous une idée ?

    merci d’avance pour toute réponse et bravo pour votre travail !

    Dr F. Lechevalier

Faites-nous partager votre vision du Maroc !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s