Patrimoine en danger : la kasbah de Télouet

Posted on 28 juin 2010

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Sur le retour, c’est-à-dire sur le chemin du retour, de retour de mon excursion à Ouarzazate, et puis à Aït Benhaddou et à Skoura, j’ai encore eu l’occasion de faire une halte, à savoir de passer la nuit, à Télouet, dans le Haut Atlas (octobre 2008).

J’ai pris un grand taxi à Ouarzazate, et nous avons suivi la route habituelle pour Marrakech, par le Tizi n’Tichka, jusqu’à ce qu’au détour d’un virage… nous prenions une route secondaire qui passait inaperçue. Et nous avons plongé vers la vallée, une vallée. Nous avons longuement suivi ses lacets, et longé de magnifiques tableaux de nature. Enfin la voiture s’est arrêtée sur une petite place, entre deux rangées de petites échoppes et leurs portiques. La lumière s’était déjà bien dorée et ne cuisait plus que doucement le paysage. Mon premier réflexe fut de chercher des yeux ce pour quoi j’avais accompli ce chemin : je repérai tout de suite la kasbah du Glaoui, à quelques centaines de mètres devant moi, absorbant avidement toutes ces dorures tombées du ciel, et surplombant de toute sa carcasse mal en point la verte plaine qui s’étalait devant elle.

J’aperçois la kasbah

Je me mis en marche. Le ciel cependant rosissait. Et le rose annonçait le bleu profond de la nuit. Allais-je pouvoir visiter la kasbah ? Le lendemain je devais me lever tôt pour prendre le bus pour Marrakech, à propos des horaires duquel je m’étais renseigné quelques instants auparavant. En chemin, je longeai un mur de pisé, et par une brèche, aperçus de jeunes joueurs de foot au clair de lune.

Sur le chemin

Un seul regard et tout est dit

Les footballers au clair de lune

Aux abords du site, je rencontrai deux hommes à qui j’exprimai mon vif désir de visiter le monument. Ils eurent une discussion brève et contradictoire, à l’occasion de laquelle l’un sembla exprimer une forte désapprobation mais à la fin de laquelle l’autre accepta volontiers de me servir de guide.

Je le suis alors bien heureux de découvrir les lieux en sa compagnie. Il m’explique que le bâtiment est scindé en trois parties, que l’un, comme je pouvais le voir, était bien abîmé, que le deuxième était fermé pour des raisons de sécurité, mais qu’il allait me montrer le troisième, qui était plein d’intérêt. Le dernier occupant des lieux avait été Thami el Glaoui, pacha de Marrakech, qui avait reçu dans sa demeure nombre d’étrangers de renom, comme le général Patton, et si je ne me trompe pas, Churchill. Et puis il m’avait aussi cité le nom d’une femme qui complétait cette prestigieuse galerie, mais dont je ne me rappelle plus ni le nom ni la qualité.

Nous arrivons devant le portail d’entrée, au pied d’une tour crénelée. Derrière nous se trouvent les garages pour les voitures. Un peu à droite, le minaret encore debout de la mosquée en ruines. Le lieu était un passage obligé pour les caravanes, sur les marchandises desquelles le Glaoui prélevait un impôt qui faisait sa richesse. Le bâtiment est vraiment imposant. Les murailles sont élevées et enserrent un dédale de constructions dont on aperçoit le faîtage. Une myriade de merlons plantés en file indienne se découpent sur l’azur bleuissant. L’enduit des murailles est par endroit tombé à terre, ouvrant la vue sur le mur en pisé.

Aux abords de la kasbah

L’entrée de la kasbah

Bien sûr, le passage d’entrée est en chicane, et il débouche sur une petite esplanade, juste en contrebas d’un balcon. C’est de cet endroit-là, m’explique mon guide, que le pacha assistait à des spectacles de danse à l’issue desquels il pouvait choisir, parmi les danseuses, celle(s) qui rendrai(en)t sa nuit tout à fait agréable !

La petite place en question

A l’intérieur de la kasbah, les plafonds sont hauts. Nous progressons à travers un enchevêtrement de longs corridors. C’est dans la pénombre que nous pénétrons finalement dans la salle d’apparat. Sa décoration est tout à fait typique, constituée de zellijs, de stucs sculptés et de bois de cèdre fumé. Depuis la salle, et encadrée par une grille de fer forgé ouvragée, on jouit d’une vue époustouflante sur la vallée de Télouet. Cette architecture est à rapprocher du palais de la Bahia, à Marrakech, qui date de la même époque (mais qui n’appartenait pas au Glaoui), comme aussi la Kasbah de Taourirt dont j’ai déjà parlé précédemment.

Echappée depuis un corridor

Généreuse vue depuis la salle d’apparat

Mais la salle d’audience est flanquée d’une intrigante alcôve qui se distingue du reste de la salle par une particularité qui en fait un bijou de raffinement : les murs, au dessus du lambris de zellijs, sont tendus de soie brocardée, dont le décor se déroule sous l’aspect d’une longue arcature, à l’intérieur de cadres de bois peint. Chaque panneau est tendu d’un tissu aux motifs et aux couleurs différents, ménageant à l’intérieur d’une structure répétitive une décoration variée.

Décor de tissus dans la salle des audiences

N’ayant pu moi-même faire une photo pour cause de manque de luminosité, j’en emprunte une à un site où vous pouvez vous rendre en cliquant à l’adresse suivante :

http://www.ciao.fr/product_images_view.php?ProduktId=1031190&CurrentImage=30512871

Enfin dernier tour sur les toits de la kasbah. Mon guide s’afflige de la dégradation rapide du lieu. Les toits en effet ne sont pas étanches, et des infiltrations d’eau causent de graves dégâts. Je lui demande si une restauration est prévue. Mais malheureusement, des querelles d’héritiers, un manque de subsides, ainsi que la mauvaise réputation du Glaoui, qui a collaboré avec les colonisateurs français, seraient de sérieux obstacles à ce projet.

Sur les toits de la Kasbah

J’ai tout de même pu admirer cette très belle kasbah. Mon guide était l’animateur d’une association ayant pour but de dynamiser les alentours de Télouet, grâce à des excursions ou des manifestations.

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