Harfleur 1415 – Episode 4 – A l’aide !

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin, et voyons ce qu’il advient de nos personnages qui ont sans doute connu des heures plus sereines. Je publie aujourd’hui le quatrième épisode de mon scénario « Harfleur 1415 ». La rivière de la Lézarde y joue un rôle notable. Dans la ville d’Harfleur, elle tient une place importante et donne à cette ville de jolis quais, et de jolies vues sur ceux-ci. Au 15ième siècle, la Lézarde s’élargissait au sud pour prendre la forme d’un port : « le Clos aux Galées », celui-là même que les habitants d’Harfleur cherchent à protéger en le fermant par une lourde chaîne, disparu aujourd’hui. Jongkind – entre autres – a peint le port de la Lézarde à Harfleur au 19ième siècle sur une toile dont j’ai trouvé une reproduction sur internet :

Vue du port d’Harfleur par Jongkind, 1849 ou 1850

Episode 4 : A l’aide !

Château du sire de Gaucourt, 15 août

Tôt le matin. Le messager poursuivi et blessé par les Anglais est entre la vie et la mort. Il délire. Il est allongé sur de la paille dans les écuries. Une servante du château prend soin de lui. Un militaire envoyé par le seigneur de Gaucourt arrive et demande si on est parvenu à savoir qui il était. On lui répond que non.

Prieuré de Graville

Henri V se lève, va prier dans l’église du prieuré. Il déjeune. Il traverse différentes pièces du couvent pour se rendre dans la salle du chapitre où il a fait mander les pairs du royaume d’Angleterre. Le sang a été épongé sommairement. Le duc de Clarence, le duc de Gloucester, le comte de Suffolk sont là, ainsi que d’autres. Il s’étonne de l’absence de son ami l’évêque de Norwich. Avec ses gentilshommes, ils confèrent sur la suite à donner aux opérations.

Autour du prieuré

Les Anglais ont installé leur camp tout autour du prieuré. Certains se réveillent, d’autres sont déjà levés et font leur toilette, ou s’affairent à d’autres tâches plus militaires. Dans un enclos, les prisonniers végètent dans la boue. Ils sont pâles et sales. Parmi eux, le petit frère de Jacques se réveille avec peine d’un sommeil léthargique alors que deux soldats lui jettent en riant des petits cailloux sur la figure. John, le géant anglais, s’en aperçoit et prend dans chacune de ses mains les poignets des deux soldats coupables qu’il serre avec force en leur disant qu’ils feraient mieux de cesser rapidement ce petit jeu. Les deux soldats s’éloignent en râlant. John pose un regard débordant de compassion sur le jeune enfant. Celui-ci balbutie un « merci » avant de se remettre en position fœtale.

Autour de la vieille grange abandonnée

Jacques se réveille. Il a passé la nuit contre un talus, enroulé dans sa capeline, dans les sous-bois à quelque distance du repaire des brigands. Ils les voient qui tournent autour de la grange. Ceux-ci se préparent pour de nouvelles razzias. Ils jurent et se disputent. Finalement ils s’éloignent sur une charrette. Jacques attend quelques minutes, et comme il n’entend plus de bruit, il se rapproche de la grange. En dehors des trois prisonniers bâillonnés, il ne voit personne. Lentement, sans faire de bruit, il s’approche d’un des soldats harfleurais auquel il enlève son bâillon : celui-ci, d’abord très surpris, lui dit ensuite de se méfier car un des brigands est encore dans les parages, parti pisser un peu plus loin. Jacques, horrifié, se retourne : personne. Il entreprend de défaire les liens du prisonnier mais il a beaucoup de mal à y parvenir. Soudain, un homme surgit à l’entrée de la grange et se précipite vers lui. Jacques fait un bond en arrière et l’esquive de justesse. Le brigand se met à le poursuivre. Le garde harfleurais est parvenu entre temps à finir de se dégager de ses liens et se jette sur le brigand qu’il parvient à assommer.

Le Clos aux galées, une pièce dans la Tour Perdue qui sert de vigie au milieu du bassin

Fadéla reprend connaissance peu à peu. Elle ne sait pas où elle se trouve. Un homme se penche vers elle et lui offre du pain et du vin. Il a la peau sombre. C’est un maure.

La Lézarde

Un des deux hommes de la garnison d’Harfleur déjà entrevus, Henri, accompagné de son collègue Robert, s’apprête à détruire un pont de bois à l’aide de poudre explosive pour ralentir la marche des Anglais. Il est encouragé par son compagnon qui lui dit que c’est déjà le troisième et qu’après il n’en restera plus qu’un à détruire. Plus en aval, une autre troupe de soldats forme des digues pour inonder la vallée. Il les voit et les encourage à son tour à travailler dur tandis qu’il porte la charge de poudre, la pose et l’attache au pont. Il se tourne vers Robert et prédit mille morts aux envahisseurs. La mèche est allumée et Henri se met à courir pour rejoindre Robert. Mais ce dernier se lève et crie à l’autre que la mèche s’est éteinte. Henri maugrée et retourne sur ses pas, puis entend Robert éclater de rire et lui dire de revenir car ce n’est pas vrai, il lui a joué un tour, la mèche ne s’est pas éteinte. Henri contrarié lève les yeux au ciel, fait volte-face, mais glisse et s’écroule sur le pont. Il s’est fait très mal à la cheville.

Prieuré de Graville, campement anglais

John, le géant anglais, passe devant l’enclos aux prisonniers. Quelques pas plus loin, il stoppe sa marche. Quelque chose cloche. Il revient sur ses pas et se présente devant les prisonniers. Le petit enfant qu’il a, un moment auparavant, défendu n’est plus là. Il demande une explication à un des soldats qui se trouvent dans le coin : celui-ci lui répond que des hommes munis d’une missive viennent juste de l’emmener ailleurs. John regarde dans toutes les directions et en effet les aperçoit à quelques centaines de mètres, marchant sans hâte pour une destination mystérieuse. Il se met à les suivre.

Une vieille grange abandonnée, repaire des brigands

Le brigand gît dans un coin de la grange et a perdu connaissance. Jacques se remet de ses émotions et le messager harfleurais finit de délivrer son collègue. Le soldat anglais bâillonné gesticule, gémit et tente de convaincre avec des yeux implorants les Harfleurais de le libérer lui aussi. Un des messagers lui donne un sévère coup de pied dans le ventre. Ils sortent, suivis de Jacques. A la porte, Jacques s’arrête et se retourne, pris de pitié pour le soldat anglais laissé à l’abandon. Celui-ci gémit tout doucement. Des larmes coulent de ses yeux exorbités. Jacques entend un peu plus loin les soldats qui lui demandent ce qu’il fiche et lui disent de venir. Il leur dit qu’il arrive. Il regarde à nouveau le soldat, et dans un élan, sans réfléchir, se précipite sur le soldat, détend ses liens de manière à lui permettre de se libérer. A travers le bâillon,  Jacques entend que le soldat lui adresse un merci. Jacques sort en courant. Les deux soldats sont à cheval, sur leurs chevaux repris aux brigands. Il monte derrière l’un des soldats : ils mettent leur cheval en route.

Le Clos aux galées, une pièce dans la Tour Perdue qui sert de vigie au milieu du bassin

Fadéla se colle au mur de pierre de la pièce qui n’est éclairée que par une étroite fenêtre. Elle est morte de peur. « Que me voulez-vous ? » Le maure veut lui mettre la main sur l’épaule pour la rassurer, mais Fadéla panique et court se réfugier à l’autre bout de la pièce. « Laissez-moi partir », souffle-t-elle. Le maure se dirige tranquillement vers la lourde porte, l’ouvre et en s’adressant à Fadéla : « Qui a dit que vous étiez prisonnière ? ».

La Lézarde

Henri, qui ne peut plus marcher, se traîne sur le pont pour essayer d’échapper à l’explosion. Robert, en se maudissant, s’engage sur le pont pour tenter d’en retirer son ami. La charge explose et le pont se désintègre. Henri tombe dans l’eau. Robert l’attrape de justesse, mais le bout de pont sur lequel il se trouve et auquel il s’accroche menace de sombrer lui aussi, emporté par le courant. Henri crie à Robert qu’il ne sait pas nager. « Tu crois que je sais, moi ? », répond l’autre.

Prieuré de Graville, couvent

John suit les ravisseurs du petit garçon jusque dans le prieuré. Ceux-ci y pénètrent et discrètement, après avoir vérifié que personne ne les suit, s’engouffrent dans une petite porte qui mène au cellier. Le frère de Jacques marche tel un zombie. John, une fois à l’intérieur du cellier, ne voit plus personne. Il croit que quelque magie leur a permis de se volatiliser. Mais il entend le hurlement atroce d’un animal qui provient d’une pièce plus éloignée encore, fermée par une épaisse porte de bois massif. Il s’approche. Ce qu’il voit, par le trou de la serrure, le stupéfait. Un homme, enveloppé d’une large robe noire à capuche qui lui dissimule le visage, vient de sacrifier un chevreau sur ce qui ressemble à un autel et en a extrait le cœur. Le frère de Jacques est recroquevillé dans un coin, pris de violents spasmes. Les deux acolytes du sacrificateur récitent comme des prières. Le sacrificateur fait un signe à ses assistants : ceux-ci s’emparent du garçon, chacun par un bras, et le conduisent vers l’autel. Voyant cela, John crie : « Non ! ». Il essaie de pousser la porte mais elle est fermée. Les autres s’interrompent et les deux acolytes se précipitent vers la porte qu’ils ouvrent en hâte. John s’est reculé. Quand ils sortent, il leur lance un tonnelet de vin qui les assomme. Il fait irruption dans la pièce et s’avance vers l’homme en noir. Celui-ci lève ses bras et commence à proférer des espèces d’incantations. Leurs regards se croisent. John prend peur, attrape la main du petit garçon, qui ne peut plus marcher. Il le jette sur ses épaules et part en courant.

Vieille grange abandonnée

Le soldat anglais Dont Jacques a eu pitié s’est libéré. Le brigand assommé se réveille. Le soldat jette des regards autour de lui, comme s’il cherchait quelque chose. Il aperçoit une hache plantée sur un billot dans un coin de la grange. Il y va, l’empoigne et revient sur ses pas pour s’acharner sur le brigand. Une fois son ouvrage achevé, il fouille la grange, trouve un cheval et s’en va.

La Lézarde

Les deux comparses tentent désespérément de tenir bon, Henri agrippant le bras de Robert et celui-ci cramponné à un bout du pont. Peu à peu, le deuxième parvient à remonter le premier, mais leurs mains, mouillées, glissent. A nouveau, Henri n’a plus qu’un pied dans l’eau et l’autre sur l’extrémité du pont. « Un dernier effort », lui lance Robert, avant d’être pris d’un effroyable éternuement et de lâcher sa prise. Henri choit dans l’eau et commence à se débattre pour rester à sa surface tandis qu’il est emporté par un courant modéré. Robert se répand en excuses et commence à suivre Henri en courant le long de la berge. L’autre, se noyant, lui crie de l’aider. Robert se met à courir en sens inverse vers le pont et prend une masse au passage. Il brise l’extrémité du pont et se servant des planches de bois comme d’une bouée, il se jette à l’eau. Il rattrape son camarade qu’il arrime au radeau improvisé et tous deux flottent sur le frêle bout de bois. Le courant les emporte vers la digue, de plus en plus rapide, en direction de la digue en construction et de ses deux bras espacés destinés à se rejoindre. Les soldats qui travaillent à la digue sont mobilisés et les attend pour les secourir au passage. Quand les deux naufragés arrivent, le radeau achève de rejoindre les deux parties de la digue et les ouvriers les attrapent. Henri est sorti de l’eau, mais Robert a fait une culbute par-dessus la digue. Il n’a plus rien à quoi s’accrocher. Il continue sa route dans la Lézarde, sur le point de se noyer à son tour. Heureusement, peu après il tombe sur un banc de sable où il reste jusqu’à ce qu’on vienne le prendre en barque.

Plateau de Caucriauville

Après une assez longue marche, John installe le frère de Jacques dans une petite ferme délaissée de ses habitants. Il lui fait du feu et un peu de soupe avec ce qu’il trouve sur place. L’enfant mange puis s’endort et John se remet en marche pour retourner dans son camp.

Château de Gaucourt, écuries

Le messager blessé a repris du poil de la bête. Le délire a pris fin. Il est encore trop fatigué pour parler, mais la servante lui fait boire un bol de soupe. Le sire de Gaucourt, affairé dans les écuries, s’approche un instant du Harfleurais pour s’enquérir de sa santé. La servante lui dit que si Dieu le veut il sera vite sur pieds.

Château de Gaucourt, aux abords

Un de ses deux agresseurs, après avoir achevé l’autre messager, couvert de sang, rôde autour du château. Il tient dans la main la missive destinée au sire de Gaucourt, capitaine de la garnison du château. Son acolyte arrive et le prévient qu’il a repéré le messager survivant en mauvais état dans les écuries du château. L’autre lui rétorque qu’ils doivent s’assurer qu’il ne parlera pas.

A suivre…

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