Ouarzazate flashback

Ca fait maintenant quelques mois que j’ai quitté le Maroc. Mais il m’habite toujours. Les images que je garde de lui, nombreuses, continuent de me remplir. Il a imprimé sa marque sur moi.

Je n’ai pas encore parlé, autant que je l’aurais voulu, de toutes les découvertes que j’y ai faites. Mais le temps passe, et les images s’estompent peu à peu. Sans doute se modifient-elles sensiblement au fil du temps, coucher de soleil après coucher de soleil.

Je veux pourtant continuer à faire partager les quelques bouts du Maroc auxquels j’ai eu le privilège de goûter. Même si les souvenirs que j’en ai, et le rapport que j’en ferai, ne seront plus aussi précis que les impressions que j’en ai retirées quand je les ai touchés.

Pour se rendre compte des effets que la distance dans le temps imprime sur la mémoire, il suffit de penser à Corot et à son attachement pour Ville d’Avray, un lieu qu’il a visité assidûment, et de comparer les images qu’il en a extraites, d’une part les toiles qu’il a peintes en extérieur à l’endroit même, caressé par le vent et le soleil, et d’autre part celles qu’il a exécutées des années plus tard dans la fausse lumière de son atelier, à partir uniquement d’études et d’esquisses rapportées, et surtout du souvenir de ce qu’il a éprouvé, bien après avoir cessé de fréquenter charnellement le lieu. Regardez ces deux reproductions qu’un voyage sépare :

Ville d’Avray, Entrée du bois avec une vachère (1823-25), National Galleries of Edinbourg, Scotland
Ville d'Avray (1867), National Gallery of Art, Washington D. C.
Ville d’Avray (1867), National Gallery of Art, Washington D. C.

Dans le deuxième tableau, les teintes sont mordorées, et n’ont plus le tranchant que la lumière donne aux objets dans le premier. Les contours sont inexacts, les couleurs s’attendrissent, l’atmosphère s’anime d’un souffle vaporeux. Rien de tel dans le premier où franchise des tons et rectitude des surfaces rendent compte plus directement de la réalité. Ce que je dirai de Ouarzazate est sans doute un peu éloigné de ce que j’en aurais dit si j’avais écrit ce post immédiatement après mon excursion. Les brumes de Ville d’Avray s’installent donc aujourd’hui à Ouarzazate. J’ai effectué ce voyage il y a plus d’un an, à l’automne 2008.

En premier chef : une halte à Marrakech. Un passage couvert, et plus loin un épicier chez lequel quelques clientes viennent faire des provisions.

Couvert à Marrakech

Ouarzazate, c’est Hollywood au Maroc. On y trouve d’abord un petit musée dédié au cinéma, juste en face de la kasbah. Il s’y trouve encore une curiosité que je n’ai pas manqué de visiter : les studios de cinéma. Il en existe deux, le long de la route vers Marrakech. Les plus éloignés de la ville sont logiquement les plus récents, ils se cachent dans une grosse boîte qui ressemble à un supermarché, et je ne les ai pas visités. Les plus anciens : les studios « Atlas corporation », sont ceints d’épaisses murailles, et des colosses de stuc, à l’effigie de pharaons, en gardent l’entrée.

Les studios Atlas Corporation
Un pharaon en garde l’entrée

C’est un endroit tout à fait insolite et épatant. Il s’y produit des collisions tout à fait incongrues d’univers tout à fait disparates, temporellement et géographiquement. En pénétrant dans le site, son ticket d’entrée en main, en rang d’oignons derrière le guide (en fait ça ne s’est pas tout à fait passé comme ça, j’ai manqué le début de la visite), on débouche sur une place où l’on bée de surprise en découvrant un avion de chasse tranquillement garé devant un temple bouddhiste tout droit sorti de Kundun !

Devant le temple bouddhiste, un avion de chasse

Les décors s’enchaînent et le guide ne se prive pas d’égrener les noms des blockbusters (ou presque) qui y ont été tournés : La Mamie 2, Astérix et Cléotartre, Alexandre le Gland (sans oublier Ibn Battuta, biopic télévisé du célèbre voyageur dont je n’oserais jamais déformer le nom), tout y passe.

La Mamie 2
L’arène d’Astérix
La villa d’Alexandre le Gland
Décors d’Ibn Battuta, le téléfilm

Mais le plus intrigant est encore de se retrouver derrière le décor, de décortiquer la magie du cinéma, et de découvrir les forêts d’étais qui soutiennent les façades en trompe-l’œil. Les colonnes papyriformes écrasées gisent au milieu du sable. Une porte d’entrée ouvre sur un horizon tout nu. Entre rêve et réalité…

Devant le temple
Derrière le temple
Entre les décors
Colonnes papyriformes écrasées
Un peu plus loin…
Un sphinx, deux sphinx…
Entrée vers le désert

De la petite histoire, on passe à la grande : la kasbah de Taourirt se trouve un peu excentrée. Un bourg traditionnel en pisé y est accolé. Depuis la kasbah, on survole ses toits et le regard porte loin. La cour d’entrée offre des vues intéressantes sur les décors berbères des murs du bâtiment monumental. A l’intérieur, on parcourt de nombreuses salles, ordonnées autour de puits de lumière – le téléphone arabe de l’époque, vous dira sans doute le guide – à la découverte de décors très bien conservés, consistant par exemple en plafonds peints. C’était la demeure du Glaoui, qui possédait aussi des résidences à Marrakech et à Telouet.

Vue de la kasbah
Depuis la kasbah
Les décors muraux de la cour d’entrée
Puits de lumière
Plafond peint

Ah, j’oubliais : Ouarzazate possède aussi une place centrale où il est agréable de flâner, la journée comme le soir. Et c’est aussi une base de départ idéale pour explorer le sud…

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