Promenade rbatie au fil des plaques d’architectes

Elles ne sont pas très nombreuses, ces précieuses plaques qui nous renseignent sur l’identité des architectes à l’origine des immeubles qui bordent les rues de la capitale marocaine. En s’y promenant, on en repère cependant quelques unes, et elles permettent de faire resurgir du passé une équipe de bâtisseurs en évoquant – suivant des contours flous – leur activité à Rabat.

Elles figurent sur des rectangles de pierres rivés au mur ou bien sont tracées en creux directement sur la paroi. Elles comportent le nom de l’architecte souvent accompagné de celui de l’entrepreneur, ou bien figurant seul, mais on en trouve parfois aussi certaines uniquement marquées du nom de l’entrepreneur qui a mené à bien l’élévation du bâtiment. En voici par exemple un exemple, quartier de l’Océan, à deux pas de l’ancienne église Saint Joseph, aujourd’hui reconvertie en salle Mehdi Ben Barka :

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Elles ont été préservées, ou ont disparu sous un revêtement de carreaux de céramique, sous une enseigne de magasin.

Faisons donc quelques pas dans ces rues, au creux des sentiers battus, parcourons-les d’une façon chronologique, le nez toujours en l’air – à nos risques et périls – et le regard aux aguets pour ne manquer aucune de ces rares inscriptions.

Notre tranquille périple débute avec un immeuble qui semble daté du tout début du Protectorat, des années 10 : il s’élève au coin des rues Benzerte et Benghazi, à quelques pas de la place Moulay Hassan (si mes souvenirs sont bons). L’immeuble est remarquable notamment par l’oriel à trois pans qui saille le long des trois étages de la construction, et par la pergola qui protège la terrasse au dernier niveau, côté rue Benghazi. L’architecte qui en est à l’origine se nomme N. Guercin. Difficile d’en savoir plus.

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Place Mohammed V (la place de la gare Rabat-Ville), en vis-à-vis de part et d’autre de l’avenue, en direction de la mosquée Es-Sounna, deux autres immeubles sont signés. Côté  gare, l’hôtel Terminus conserve sous sa colonnade à l’angle de l’immeuble, au niveau de l’enseigne, une imposante plaque inscrite « Castaing et Cie ». En face, côté cathédrale, un autre immeuble bien reconnaissable par sa façade tripartite, avec un avant-corps central imposant recouvert d’un discret décor gaufré tapissant et couronné d’une frise en céramique marron et d’un toit de tuiles vertes plat, nous interpelle avec deux plaques en zelliges, l’une portant un nom d’architecte : « L. Dumas », l’autre, plus grosse, celui sans doute d’une société : « Sanac ».

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Nous avons déjà évoqué sur ce site la fructueuse collaboration, notamment à Casablanca, des architectes Balois et Boyer (années 20, leur association ayant pris fin dans les dernières années de la décade). Il faut remonter la rue Moulay Youssef, en direction de Bab Rouah, et bifurquer à gauche dans la rue al Khalil, puis à droite dans la rue Karbala, vers le Méchouar, pour admirer quelques façades imaginées par le tandem. Elles sont résolument art déco, décorés de faisceaux, d’ocelles et de résilles, résolument symétriques et plastiques aussi, la première avec ses deux solides balcons supportés chacun par quatre sobres consoles, et sa cage d’escalier qui se projette dans le ciel d’un étage, et la deuxième encadrée de deux avant-corps, répartis de chaque côté de six baies traitées en galerie, et reliés au premier étage par un balcon en continu. On remarquera avec une pointe d’attendrissement que le motif de la balustrade de ce dernier reprend avec beaucoup d’élégance, mais aussi de discrétion, le décor de la partie supérieure de la façade, constitué de cercles et de lignes parallèles. C’est touché au cœur peut-être aussi que l’on admirera le décor de la porte d’entrée en fer forgé de l’immeuble de gauche : à l’intérieur de deux carrés situés en haut se déploie un signe qui semble être constitué de deux B superposés, comme Boyer et Balois, double signature d’un double architecte ! On connaît aussi l’entrepreneur, un certain R. Sbergia.

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Pour les années 40 (il commence à construire à Casablanca en 1943), un architecte semble assez bien représenté à Rabat, et l’on trouve un nombre assez conséquent de plaques à son nom : il s’agit d’Albert Planque. Les immeubles sont modernistes, comme celui de la rue Benzerte, cinquante mètres plus loin que l’immeuble sus-cité de Guercin. La façade à trois pans, en léger porte-à-faux sur la voie, est ornée d’un faisceau de rubans reliant les ouvertures aux premier et deuxième étages. Tout près, sur une petite place, un immeuble se déploie en arrondi à l’angle de deux rues, Abou al Faris al Marini et Hay Med Emfal, avec au milieu, fendant à partir du premier étage seulement la façade de la rue principale, et comme engagée dans le mur, une élégante tour d’escalier tubulaire. En continuant rue Benzerte, on tombe sur une villa : la façade s’avance sur pilotis et crée un espace protégé, façade séparée en trois parties, chacune en retrait par rapport à la précédente, ces décrochements créant un espace pour une petite terrasse à l’ombre d’un auvent. En face s’élève un étonnant immeuble dont le traitement de la façade, avec ses balcons prismatiques, évoque un nid d’abeille, ce qui n’est pas sans rappeler l’immeuble Ettedgui-Mellul de Casablanca par Balois. Enfin plus loin, derrière la gare de Rabat ville se concentrent trois œuvres de l’artiste, suivant la disposition suivante : deux le long des voies de chemin de fer rue Zahla, le troisième rue Attayet, parallèle. Même architecture, façades modernistes et plastiques, avec de massifs balcons qui en jaillissent. Pierre Marciano et J-M Vargues en sont les entrepreneurs.

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La promenade se poursuit avenue Allal Ben Abdellah et rue Al Jabli, où F. Robert, l’architecte du Parlement, a établi les plans d’une poignée d’immeubles aux lignes fluides sur l’avenue, plus raides rue Al Jabli.

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Pour conclure, le souvenir d’une plaque, qu’au début de mon séjour à Rabat j’ai essayé de déchiffrer, et qui par la suite a disparu sous l’enseigne de la banque qui occupe l’immeuble où elle se trouve : le nom disparaissait englouti par plusieurs badigeons de peinture. Il s’agissait peut-être de J. Couelle, sans certitude aucune.

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Sans doute le recensement de ces immeubles a-t-il déjà été effectué par le ministère de la culture marocain, mais cet article, avec le souci d’aiguiser le regard du promeneur, attirera j’espère son regard sur ces petites plaques.

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