A Safi (Fi Asfi)

Commençons par la fin : le magnifique coucher de soleil auquel nous avons assisté depuis la corniche de Safi, à deux pas du Château de la mer. No comment.

Coucher de soleil à Safi
Coucher de soleil à Safi

Commençons par le début. Contrairement à Rabat, Safi est une ville ouverte sur la mer, un port très ancien, ce que rappellent d’ailleurs les impressionnantes infrastructures du port minéralier, à deux pas du Château de la Mer, un peu disgracieuses il est vrai, mais scotchantes, et que les autorités souhaitent semble-t-il délocaliser pour rendre au bord de mer safiote tout son lustre.

La colline des potiers et le port minéralier depuis la Kechla
La colline des potiers et le port minéralier depuis la Kechla

Safi est célèbre pour sa colline des potiers. Safi, ville des potiers. Et du Musée national de la céramique, qui présente, dans le bâtiment historique de la Kechla ou Dar as-Sultan, des poteries dont les époques s’échelonnent depuis la présence phénicienne jusqu’aux grands artistes potiers du XXème siècle.

La Kechla depuis la colline des potiers
La Kechla depuis la colline des potiers

On y voit en particulier une importante margelle de puits d’époque almohade (XIIe siècle) en céramique vernissée verte avec un joli décor d’arcatures. Comme vous pouvez le lire sur le site Qantara – un projet Euromed que dirige Mme Bernus Taylor (mon professeur à l’Ecole du Louvre : je l’ai déjà remerciée sur ce site) et qui recense le patrimoine méditerranéen – elle appartient à tout un groupe de margelles de puits identiques répertoriées au Maroc et en Espagne. Le site Qantara décrit dans ses moindres détails la margelle de puits conservée au musée ethnographique de Tétouan : http://www.qantara-med.org/qantara4/public/show_document.php?do_id=254.

Margelle de puits almohade
Margelle de puits almohade

Mais on y voit aussi des pièces romaines, de la poterie rurale, de la poterie citadine de Fès, Meknès, Safi bien sûr… Et les réalisations issues des ateliers des céramistes safiotes du XXe siècle, et en premier lieu de celui de Boujemaâ Lamali qui réinterprète de manière virtuose la technique ancestrale du lustre. Boujemaâ Lamali a eu un destin marquant : élève de l’Ecole des Beaux Arts d’Alger, en mission d’études un temps à la Manufacture Nationale de Sèvres, il s’installe en 1918 à Safi. L’exposition « Sèvres/Safi – Le renouveau de la céramique en France et au Maroc autour des années 30 » présentée du 19 avril au 15 juin 2007 à l’espace d’art Actua, 60 rue d’Alger à Casablanca, a donné l’occasion de découvrir nombre de ses chefs d’œuvre. Je l’ai vue, et parole d’esthète-amateur, elle valait vraiment le coup !

Vase de l'école de Boujemaâ Lamali
Vase de l’école de Boujemaâ Lamali

La colline des potiers est l’attraction-phare de Safi. En contrebas s’alignent les boutiques où s’amoncellent les fameuses poteries de Safi. Dès que l’on gravit les marches pour voir de près le travail des artisans, un guide vous salue et la visite peut commencer. Et c’est très intéressant : au milieu des fours, qui font écho aux marabouts chaulés de blanc auxquels ils se mêlent, on découvre toute la chaîne de production et ses temps forts : le décantage de l’argile (et ses bassins), le tournage, le trempage, le séchage, la décoration, la cuisson… Quelques photos vous aideront à vous en faire une idée.

Four de cuisson et qubba
Four de cuisson et qubba
Bassin de décantage
Bassin de décantage
Jeune artisan au tour
Jeune artisan au tour
Aire de séchage
Aire de séchage
Intérieur de four de cuisson
Intérieur de four de cuisson

Enfin, la médina de Safi complètera dignement votre album photos. S’y rencontrent les reliques religieuses de ses différents occupants. Le minaret de la grande mosquée est d’époque almohade et a servi longtemps de clocher à la cathédrale portugaise dont on peut visiter le chœur, quant à lui pendant un temps reconverti en hammam, à quelques pas. Il conserve une grosse clef de voûte. Au nord de la médina, vers la colline des potiers, on remarque aussi la présence de l’église espagnole, aujourd’hui occupée par des familles. La médersa, au bout de l’artère principale de la médina, brille de mille feux.

Minaret almohade
Minaret almohade
Clef de voûte du choeur de la cathédrale portugaise
Clef de voûte du choeur de la cathédrale portugaise
Eglise espagnole
Eglise espagnole
La médersa dans la médina
La médersa dans la médina

Si vous quittez la ville vers Essaouira, comme nous le fîmes, vous ne pourrez manquer la zone industrielle des conserveries, qui se succèdent sur une distance incroyable. Un autre patrimoine.

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