Cinémas à Rabat

Dans un contexte peu favorable à la distribution des films au Maroc, au moment où beaucoup de petites salles ferment ou se reconvertissent, plusieurs projets louables ont été initiés pour alerter l’opinion publique ou pour redonner le goût des salles de cinéma au public : la cinémathèque de Tanger, le Rif, a rouvert ses portes il y a un moment déjà ; l’association savecinemasinmaroco, qui se prévaut du soutien de nombreuses personnalités du monde du cinéma, a créé un site où elle recense les cinémas en danger et fait découvrir le cinéma marocain ; on peut lire dans le Tel Quel de cette semaine que le propriétaire du cinéma ABC de Casablanca se lance dans sa remise à neuf…

Le réveil des consciences concernant ce qui peut apparaître comme un affaiblissement de l’offre culturelle au Maroc s’est accompagné de l’ébauche – perceptible dans les médias – sur cette question d’un débat. Pour les uns, le piratage des films et la télévision sont les responsables du déclin de la fréquentation des cinémas, qui pourtant se remplissent à l’occasion de la sortie de films très attendus. Pour d’autres, les multiplexes et leurs équipements ultra-modernes pourraient drainer les foules vers leurs écrans… L’Etat pourrait aussi – entend-on – soutenir les petites salles du centre ville.

Gageons qu’avec des films de qualité et qui touchent le public marocain, comme on en voit sortir de plus en plus souvent, avec des salles rénovées confortables, modernes, bien équipées, puis avec quelques subsides venant de l’Etat, les cinémas, les multiplexes comme toutes les autres petites salles de quartier – de proximité, plus à même de fidéliser le public tout en attirant les autres cinéphiles – pourraient séduire un large public.

Parce qu’il faut dire que le cinéma marocain semble – à mon avis – plutôt se porter bien. Des films actuels, sensibles, originaux ont envahi les écrans dernièrement, de « En attendant Pasolini », de l’également photographe Daoud Aoulad Syad, à « Whatever Lola wants » de Nabil Ayouch, en passant par « Casanegra » (que je n’ai pas vu, que j’aimerais voir, mais que j’hésite à aller voir car il n’est pas sous-titré en français… Arrrgl !). Cette floraison de films de qualité est relativement remarquable – même s’il me semble que la richesse de la culture marocaine au sens large l’explique en partie – tant il est vrai qu’il est difficile pour un pays d’avoir sa propre production cinématographique, et que celle-ci puisse rivaliser avec d’autres qui font florès avec des moyens plus importants.

Sans doute, les festivals, leur variété, et l’importance que les médias leur accordent, n’y sont pas pour peu : citons le célébrissime festival de Marrakech, aussi glamour et people que la ville où il se déroule, le festival national du film de Tanger, le festival du film d’animation de Meknès, le festival du film d’auteur à Rabat… Signalons qu’en ce moment-même se déroule dans quatre grandes villes marocaines le festival du film européen.

Bien. Une fois le décor planté, j’aimerais faire une petite liste des cinémas de Rabat, dont les uns se portent correctement, dont d’autres sont laissés à l’abandon, en attendant peut-être une renaissance. Et ce afin de braquer les projecteurs sur eux.

Tout d’abord, mentionnons les disparus : le cinéma de l’Agdal, le Star, l’ABC, le Vox… Le Star se trouvait proche de Bab Laalou et, une fois détruit, a été remplacé par une kissaria qui n’a jamais ouvert parce que les échoppes qui y avaient été aménagées étaient trop exigues, le Vox logeait dans le quartier Hassan et l’ABC dans le quartier Océan.

Le Mauritania doit être le seul cinéma de la médina. Il loge rue El Gza, près du marché central, dans le tronçon de la rue où celle-ci est la plus étroite. Je suis passé devant maintes fois sans remarquer son enseigne toute blanche bien visible. Le reste de la façade ne paie pas de mine, et se camoufle derrière des étals de chaussures bon marché. Cela fait un bout de temps qu’il est fermé. Si l’on s’aventure à l’intérieur, on trouve le hall, avec les caisses à droite, et tout de suite devant soi une volée de marches qui doit conduire à la salle proprement dite. Au-dessus, une mezzanine les recouvre, suspendue comme un dais protecteur. Les tons sont pastels, fanés, rose et vert. Quand on traverse cette fameuse rue de l’el Gza, qui pourrait soupçonner à cet endroit l’existence de ce hall de cinéma, antichambre sans doute d’une salle aux volumes autrement impressionnants !

Le Mauritania, rue el Gza
Le Mauritania, rue el Gza
L'enseigne du Mauritania
L’enseigne du Mauritania
Le hall du Mauritania
Le hall du Mauritania

De même qu’à Casablanca le boulevard Mohammed V est scandé par de nombreuses salles de cinéma datant du Protectorat, l’avenue Mohammed V à Rabat compte lui aussi – ou comptait – un certains nombres de salles, plus ou moins dissimulées aux regards : le Marignan s’est transformé en librairie, située un peu après l’hôtel Balima quand on remonte l’avenue en direction de la mosquée es-Sounna.

Le Marignan a laissé place à une librairie
Le Marignan a laissé place à une librairie

Sans doute que dans le cas de Casablanca, la rénovation du boulevard, site d’un grand intérêt architectural et urbanistique, assurerait celle de ses cinémas, et qu’inversement de nouvelles salles flambant neuf seraient des atouts qui ajouteraient considérablement à l’attractivité du lieu…

Le Renaissance, dont la façade s’ornait à ses débuts, en plus d’un impressionnant fronton incurvé, de médaillons, de larges fenêtres évoquant des oculi, pots à feux et autres fioritures néo-classiques, est fermé (pour rénovation ?).

Vue ancienne du Renaissance, carte postale
Vue ancienne du Renaissance, carte postale
Le Renaissance, aujourd'hui
Le Renaissance, aujourd’hui
Le hall du Renaissance
Le hall du Renaissance
Glaces et marbres du hall du Renaissance
Glaces et marbres du hall du Renaissance

Un autre cinéma de la même avenue, le Colisée, devait se reconvertir en galerie d’art, d’après ce que j’avais lu dans un article du « Soir ». Mais une rencontre avec un habitant du quartier m’en a appris davantage : les volumes n’étant pas adaptés à l’aménagement d’une galerie, ce cinéma devrait muer en un mini-mégarama de quatre salles ! Heureuse nouvelle ! Il paraît que les volumes, une fois le petit hall qui se cache derrière les portiques de l’avenue franchi, sont fabuleux…

L'entrée du Colisée
L’entrée du Colisée
Lanterne de la voûte du hall à l'entrée du Colisée
Lanterne de la voûte du hall à l’entrée du Colisée

Dans le centre ville de Rabat, plusieurs cinémas tiennent valeureusement le coup, et pas des moindres. Le 7ième art offre une programmation riche et raffinée. Son architecture est contemporaine.

Les voulmes contemporains du 7ième art
Les voulmes contemporains du 7ième art
Le long de la grille du 7ième art
Le long de la grille du 7ième art

Le Cinéma Royal, dont la programmation est aussi très éclectique, offre au public le cadre d’un bâtiment art déco somptueux, des années 30, encore dans son jus, dont la décoration n’a pas changé. On peut lire à droite du bâtiment une inscription lacunaire livrant le noms des architectes : Laforgue et De Mazières. L’arrondi de ses deux façades se rejoignant comme une proue de navire, est typique, et ses larges escaliers aux rampes tubulaires, et ses fauteuils mobiles en cuir dans les baignoires (petites loges particulières aux cloisons basses) au balcon, tout est charmant, précieux et historique !

Le cinéma Royal vu du 7ième art
Le cinéma Royal vu du 7ième art
La double façade du cinéma Royal
La double façade du cinéma Royal
Le cinéma Royal, enseigne et entrée
Le cinéma Royal, enseigne et entrée
Inscription lacunaire des architectes du cinéma Royal
Inscription lacunaire des architectes du cinéma Royal

Sur l’avenue de Témara – Hassan II, le Fayrouz  jouxte la néo-médina de Diour Jamaâ et affiche une allure résolument moderniste. Cinémas marocain, américain, indien, lui aussi renouvelle régulièrment sa programmation.

Cinéma Fayrouz et Diour Jamaâ
Cinéma Fayrouz et Diour Jamaâ
Whatever Lola wants à l'affiche du Fayrouz
Whatever Lola wants à l’affiche du Fayrouz

Le cinéma Zahwa, situé dans le quartier Aviation et plus récent, LE cinéma des années 80-90, que tous les Rbatis évoquent avec nostalgie pour les moments d’émotion qu’ils y ont vécu, est en stand-by, mais ne demande qu’à ouvrir ses portes !

Mythique cinéma Zahwa
Mythique cinéma Zahwa

N’oublions pas l’Alhambra, appelé aussi le Rif, dans le quartier Akkari, cinéma de quartier attendrissant: c’est une salle ancienne, des années 40 sans doute. Et sur laquelle une épée de Damoclès est suspendue. Les guichets sont encastrés de chaque côté de l’entrée. Sa couverture en demi-berceau écrasé, qui fait penser à un mini-hangar, lui confère d’après moi un cachet tout à fait frappant.

L'Alhambra sous la pluie
L’Alhambra sous la pluie
Les guichets de l'Alhambra
Les guichets de l’Alhambra

Dans le quartier Yacoub el Mansour, avenue al Kifah, celle qui relie la gare routière à la mer, le Lynx (anciennement le Kawakib ?) est un bâtiment moderne rayé de bleu et d’ocre. Il doit être à peu près dans la même situation.

Le Vox et ses cadres pour affiches nus
Le Lynx et ses cadres pour affiches nus
L'enseigne du Vox
L’enseigne du Lynx

Voilà donc pour le tableau. Souhaitons que ces cinémas perdurent ou renaissent et prospèrent. Merci à Abid pour ses précieuses informations. Vous êtes naturellement, lecteur, lectrice, invité(e) à apporter votre contribution à cet article, si vous avez une date ou un cinéma à rajouter par exemple…

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7 réflexions sur “Cinémas à Rabat

  1. J’aimerais apporter une petite rectification; la salle sur l’avenue El kifah est le Lynx, c’est d’ailleurs écrit sur son fronton en caractères arabes.La défunte salle Le Vox était située sur le Bvd Moulay Ismael au quartier Hassan ; à sa place s’élève aujourd’hui un immeuble.Autres cinémas a avoir été rasés le Star du côté de Bab elAlou et un autre dont je ne me rappelle plus le nom sur le Bvd Khatabi au quartier de l’Océan

  2. le cinèma à l’océan sur l’avenue abdel krim khattabi s’apppelait (ABC), y’avait aussi l cinèma (marignan ) sur l’avenue med5, voire l cinèma (agdal) qui était reservé quasiment aux étudiants, sans omettre l’autre rive avec son (opèra, colisée, malaki, annasr.) hélas. l’adage était aimer le cinèma , aimer la vie.

  3. le cinèma à l’océan sur l’avenue abdel krim khattabi s’apppelait (ABC), y’avait aussi l cinèma (marignan ) sur l’avenue med5, voire l cinèma (agdal) qui était reservé quasiment aux étudiants cinèma (almnsour) sur l’avenue assalam à yacoub elmansour et le cinèma (sahara) au dos d'(alhambra), sans omettre l’autre rive avec son (opèra, colisée, malaki, annasr.) hélas. l’adage était aimer le cinèma , aimer la vie.

  4. Merci infiniment pour ce reportage et ces photos !
    Je suis Rbati (vivant aux USA) et votre article m’a vraiment bouleversé, car j’étais un client assidu de tous ces cinémas que vous citez (surtout le Zahwa et le Colisée), dans les années 70 et 80.
    Merci encore !

  5. Quelques détails pour la postérité :
    – le Zawha avait des sièges montés sur une suspension très bien amortie (en balcon, du moins), et l’on cochait sa place au guichet
    de loin le cinéma le plus confortable
    – l’Agdal donnait, à l’entr’acte, une contremarque permettant d’aller acheter des cacahuètes grillées, dehors.
    un cinéma à échelle humaine
    – le Royal était le siège des « Connaissances du Monde » ; y défilaient : Maurice et Katia Krafft, Christian Zuber, etc. et l’on pouvait faire signer son livre à la sortie de la conférence-projection.
    – le Royal possédait (possède toujours ?) 2 balcons, avec des loges avec de vrais fauteuils mobiles
    de loin le plus beau cinéma
    – le Marignan avait un énorme défaut : des colonnes (de soutien du balcon) qui gênaient la vue à l’orchestre
    – le Colisée proposait souvent 2 séances pour le prix d’une place

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