Larache, d’un cimetière à l’autre

Posted on 27 janvier 2008

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C’est en revenant de Chaouen que je me suis arrêté à Larache, une pause de courte de durée pour avoir un aperçu des bâtiments coloniaux et visiter la tombe de Jean Genet.

Place de la Libération : d’un côté, les façades néo-classiques des édifices datant du protectorat espagnol, dont le bleu intensément marine m’en rappelle aujourd’hui un autre identique entrevu sur des bâtiments, dans une autre ville coloniale espagnole, à Sidi Ifni. Quand on passe la porte d’entrée de ces façades anachroniques, on trouve de vastes salles, des plafonds démesurément hauts, ceux de cafés tels qu’on en rencontre souvent au Maroc dans les centres modernes, à quelques pas des murailles des médinas : ceux du café de Paris à Tanger, de l’Excelsior à Casablanca, du café La Fontaine à Fès, du Lixus que vous pouvez voir ci-dessous, d’après le nom du site romain voisin de Larache, et de plein d’autres dont je n’ai pas retenu le nom.

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De l’autre côté, c’est le côté de la médina. Une façade moins élevée, construite au XXième siècle, unifie tous les bâtiments, avec une grande porte au milieu, Bab el Khemis.

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A l’intérieur se déploie une longue place rectangulaire, qui n’est pas sans évoquer le petit socco à Tanger, en plus grand, en offrant le spectacle mêlé de jolies façades traditionnelles et à l’européenne. Elle se nomme le « Zoco de la Alcaiceria ». Les deux places partagent donc également la même étymologie : le souk.

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Au fond à droite, on longe une ruelle, on croise une grande mosquée, et on arrive à un balcon ouvrant la vue sur le port, à deux pas d’un grassouillet bastion militaire, et dominé par une romantique et surprenante construction balnéaire, le château de la Cigogne.

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A partir de la grande place circulaire de la Libération, il ne faut dépenser que quelques pas pour arriver sur la corniche et apercevoir la mer. Le long de celle-ci se déroule placidement le ruban satiné d’une promenade avec sa balustrade boursouflée par la superposition de couches de peinture et sa pergola toute nue. A droite, les ruines d’une forteresse – la kasbah – exposées à tous les vents, et à gauche, un cimetière, celui où repose Jean Genet ?

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Le marché central est un édifice arabisant aux dimensions si imposantes, qu’elles m’ont évoqué quand je les ai entrevues pour la première fois celles des pylônes du temple de Louxor que je n’ai jamais visité.

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En traversant le marché, je me suis rendu au cimetière que j’avais aperçu de loin, alors que j’étais appuyé sur la balustrade et humais les relents marins. C’était un cimetière musulman. Après avoir demandé la permission d’y jeter un coup d’œil à une personne qui en sortait, j’ai commencé à m’y promener. Je suis tombé sur trois hommes qui discutaient ensemble, et dont l’apparence m’indiquait qu’ils avaient dû à un moment ou à un autre descendre du train en marche. Deux parlaient l’espagnol, un seul le français. « Borrachos », ai-je cru comprendre entre deux rires, sans être bien sûr de moi. J’ai pensé que c’étaient trois prêtres qui vouaient un culte à la déesse Marginalité, tout en gardant un œil ouvert sur le mausolée de « saint Genet ».

 

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Ils me demandaient une obole. Je la leur cédais. Celui qui parlait français, et dont je regrette d’avoir oublié le prénom, m’a emmené voir la tombe de Jean Genet. Au début, j’étais quand même perplexe : nous tournions dans le cimetière, il était plutôt silencieux, nous nous sommes arrêtés au centre et avons vu la tombe d’un homme pieux, je cherchais des yeux une tombe qui pourrait être celle de Jean Genet, les moutons paissaient entre les tombes, et puis finalement nous nous sommes assis sur le banc à l’entrée du cimetière, sans mot dire !

J’allais prendre congé, mais il a décidé de me conduire enfin à la tombe, qui bien sûr n’était pas dans ce cimetière. Nous sommes arrivés aux abords d’un autre cimetière, européen, et fermé. Il avait été plus loquace. J’avais appris qu’il avait fait des études en Espagne. Il m’avait cité le nom de Mohammed al Katrani, nom qui me disait quelque chose mais dont je ne cernais pas bien le détenteur. Il s’agissait du « protégé » – pour employer une expression euphémisante – de Jean Genet, auquel l’écrivain avait fait construire une maison à Larache, d’après ce que j’ai lu dans un article du Point.

Il m’a montré depuis la grille l’emplacement de la tombe, éclatant de blancheur, pas loin d’un arbre au tronc noir, au milieu d’une jolie pelouse verte et rase. Je me dis que je reviendrais le voir un jour ouvrable.

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