Ouazzane : zwina !

C’était la veille de l’aïd, l’aïd es-sghrir, pas l’aïd el kebir, la petite fête, le dernier jour du mois de Ramadan, la fin du jeûne annuel. J’étais en route pour Chaouen, et je fis une halte à Ouazzane. C’est un peu les portes du Rif, du Nord marocain. « Arrête de voir des portes partout ! » entends-je ici ou là. Mais chaque endroit est un peu « les portes » d’un autre endroit.

Ouazzane, ce sont les premières montagnes que l’on gravit en venant de Rabat. Ce qui frappe, c’est la nappe, l’avalanche de maisons cubiques, blanche piquetée de baisers couleur pastel,  qui se déroule comme un drap, et dévale les collines où s’accroche la ville. C’est un peu comme une ouate douce et voluptueuse qui enrobe les coteaux. Cette impression, la lumière dorée du ciel, en fin de journée, alors que le Ramadan s’achevait, la rendait encore plus forte.

 

 

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Je me suis d’abord retrouvé sur une grande place d’où la vue sur ces coteaux était tout à fait dégagée. Elle faisait un peu vide. On l’imaginait très bien réservée pour de grandes foires ; elle était bordée d’étals. Au milieu une poignée d’enfants à vélo seulement, profitant de l’espace. Sur cette place, un monument m’attira l’œil : une horloge mi-moderne mi désuète.

 

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Et puis je voulus visiter la médina, dont j’avais entendu vanter les mérites patrimoniaux sur 2M. Pensez donc ! Elle y était décrite comme un trésor de médina méconnu n’attendant que l’arrivée d’amoureux de l’architecture traditionnelle pour renaître. Je retrouvai la porte d’entrée qui flottait, verte et blanche, dans les limbes de mes souvenirs médiatiques.

 

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Pourtant mon attention fut retenue par l’entrée vers une autre ruelle, sans doute parce qu’il fallait pour l’atteindre passer sous un porche, et qu’ensuite y grimpait le long des murs une vigne folle.

Là dans cette ruelle je rencontrai Hassan, qui m’avouait peu après qu’il avait hésité et s’était demandé si j’étais marocain ou français (ouais, c’est ça, et mon œil, il est marocain ou français ?). Il voulait me servir de guide. J’acceptai et le suivis. A l’assaut de la médina, nous gravissions les ruelles pentues et les escaliers escarpés. Je vis d’abord le majestueux minaret de la mosquée S’Ma des Zaouïa, non seulement octogonal, mais en plus recouvert de céramique vernissée.

 

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Nous passâmes par l’atelier de tissage (comme je le supposai) de la famille d’Hassan : je choisis une très moelleuse et chaude couverture, avec deux tons différents, très sobre. Hassan me dit que j’avais des goûts marocains. Intérieurement je le remerciai, mais je faisais mine de ne pas trop accorder d’importance à ces basses flagorneries. Dans tous les cas, il semblait savoir ce que j’aimais entendre. Et la promenade reprit.

Nous grimpâmes vers les souks. Là haut, c’était charmant, avec des enfilades d’arcs polylobés et chantournés (tiens, ça faisait longtemps que je ne l’avais pas employé, celui-là), et des kissarias un peu fantomatiques, car on était vendredi et les échoppes étaient fermées.

 

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Je tombai sur un petit atelier de fabrication de sebsi (ce sont des pipes). Dans une vitrine, plusieurs étaient présentées, resplendissantes. Et en plus je voyais les artisans les fabriquer. Et elles coûtaient un prix dérisoire. Mais mon guide me dit qu’il connaissait une place où elles étaient aussi belles et moins chères. Je ne voulus pas le contrarier et nous partîmes vers cet endroit… une minable épicerie où le gérant me sortit de chétives et pitoyables sebsi, de basse qualité, que je refusai catégoriquement. Moi j’étais déçu, mais le gérant, lui, était vexé et « fit la tronche ». Malheureusement j’eus la flemme de retourner jusqu’au petit atelier où l’on tournait avec amour les sebsi.

 

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Je ne sais pourquoi j’associais le hanbel à la ville de Ouazzane. Un hanbel est le nom d’une technique de tissage et de la pièce qui est le résultat, un tissu, de laine ou coton, léger, qu’on peut utiliser diversement comme couverture, décoration murale, parfois comme tapis. Commença alors une quête désespérée dans les ruelles de la médina dont le but ultime était un exemplaire de ces fameux hanbel. Damned ! On ne tissait plus de hanbel à Ouazzane. Seuls de vieux messieurs, paraissait-il, dans d’anciens ateliers, en fabriquaient. Mais dans les échoppes : oualou ! A une exception près : dans l’une d’entre elles, deux couvertures qu’on me présenta comme des hanbel défiaient courageusement et obstinément le temps sur une étagère. Les couleurs, jaune pipi et blanc de l’un, marronnasse et beige de l’autre, ne m’emballèrent pas. Je rêvais de bleu clair intense et d’écru raffiné. Je ne trouvai rien d’approchant (Actualisation : en faisant quelques recherches sur Internet, je m’aperçois que Ouazzane n’est pas du tout réputée pour la fabrication de hanbel !).

 

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Mon guide m’emmena enfin voir une autre mosquée, la mosquée de Moulay Abdallah Chérif. Attenante au bâtiment sacré, une pièce dont les portes étaient grand ouvertes accueillait une intrigante réunion d’hommes mûrs en habits de fête, djellaba écrue et fez lie de vin, réunion qui se terminait alors et dont les participants essaimaient tranquillement et souriants dans la rue. Je n’en sais pas plus. Intimidé, je ne me renseignai pas.

Mon guide me quitta à l’orée de la médina. La virée était terminée et le soleil s’apprêtait à étreindre l’horizon. Il m’invita chez lui à boire un bol de harira qu’il semblait passablement pressé de tenir entre les mains. Je refusai poliment (du moins je l’espère, car chez moi la politesse se mue souvent en maladresse) et me dirigeai vers mon fidèle destrier, « Titine », une noble Fiat Uno de 1989, pour poursuivre ma route et rejoindre l’étape suivante : Chaouen.

 

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