Début d’état des lieux de l’architecture sous le Protectorat à Rabat (3/3)

Posted on 14 novembre 2007

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Certaines des parties dont les bâtiments datables du Protectorat se composent ont bénéficié de la part des architectes d’une attention particulière et forment des ensembles cohérents et remarquables. Ces éléments, structurels ou décoratifs, récurrents dans cette architecture, pourraient individuellement être l’occasion d’une étude particulière.

Les façades d’abord peuvent donner lieu, comme il est précisé ci-dessus, à une typologie détaillée.

 

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Façade d’un immeuble rue Ghazzah, ville nouvelle

Un autre élément plein d’intérêt est constitué par les tours d’escaliers qui se projettent hors des façades de certains immeubles dont elles signalent ainsi la structure.

 

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Tour d’escalier, rue Abou Inane

Les espaces de circulation – halls, escaliers, cours –  peuvent se révéler intéressants à plus d’un titre.

 

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Hall de la Trésorerie

 

On retrouve ainsi un type de décor courant qui utilise, pour les sols, du « granito » de différentes teintes et des lignes de mosaïque suivant un schéma géométrique, et pour les murs, des zelliges.

 

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Cage d’escalier, rue al Kahira

 

Certains architectes se sont plu à mettre en scène de manière très théâtrale ces espaces : dans un certain immeuble du centre ville, pour traverser une cour située au 1ier étage de celui-ci, on emprunte une petite allée bordée de deux rangées de colonnes ornées de zelliges qui ne sont rien d’autre que les parties supérieures de conduits de cheminée qui émergent comme des icebergs.

 

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Conduits de cheminée sur une terrasse

 

Dans un autre immeuble, on découvre après avoir gravi une volée de marches droites sans fantaisie aucune, un vaste palier d’où partent théâtralement deux autres escaliers sinueux que l’on n’attendait pas là.

Le mobilier de ces espaces, le plus souvent de bois ou de fer forgé, est parfois bien conservé et comporte pêle-mêle lustres, rampes, portes et leurs poignées, boîtes à lettres, ascenseurs… On entre dans le bureau du  conservateur du musée archéologique par une belle porte en bois dont le centre est orné d’une enveloppe de cuir rembourré, et juste au-dessus subsistent les deux petits signaux lumineux – vert et rouge – qui devaient sans doute en autoriser l’entrée.

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Lustre en fer forgé, rue Moulay Youssef

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Elégante rampe d’escalier en fer forgé, quartier Océan

Les balcons, terrasses, auvents, pergolas, systèmes d’aération présentent une grande variété de formes et ces architectes qui oeuvraient dans un pays chaud ont multiplié les solutions pour ouvrir les logements sur l’extérieur.

 

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Voûte percée de la kissaria, cité Ecochard

 

Il apparaît donc que les champs d’investigation qui pourraient permettre de mieux connaître cette architecture à Rabat sont vastes et nombreux. Pour poursuivre cette enquête, un certain nombre de ressources documentaires sont disponibles. Les archives du protectorat au Maroc, suivant un document consultable sur Internet, sont conservées pour une part à Nantes, et pour une autre part au Maroc : « Ont été laissés aux administrations marocaines les papiers des directions « techniques » ».On peut retrouver l’histoire de ces archives à l’adresse suivante :http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/III_-_Protmand_modifie_maroc.pdf Plusieurs bibliothèques à Rabat  conservent des archives de cette période ou des ouvrages relatifs à l’architecture coloniale (la plupart des fonds que l’on peut trouver au Maroc figurent sur le site www.fondation.org.ma) :Le Centre Jacques Berque pour les Etudes en Sciences Humaines et SocialesLa bibliothèque La SourceLa bibliothèque nationale du MarocA Casablanca, la bibliothèque de la Fondation du roi Abdul Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines est aussi riche en documents de cette époque.D’autres bibliothèques sont dotées de fonds récents, comme le centre de documentation de l’Ecole Nationale d’Architecture. Les fonds de cartes postales et de photographies sont nombreux.La Fondation de la Banque Populaire pour l’Education et la Culture à Casablanca possède 35 000 clichés qui s’étalent de la fin du 19ième siècle à 1957 issus de la collection personnelle du photographe Marcelin Flandrin, acquise en 1994. De plus, le centre des Etudes Arabes de Rabat possède un fonds très intéressant de photographies prises par le photographe semi-officiel de la Résidence dans les années 40.Nombreux également sont les collectionneurs actuels qui chinent dans les brocantes en France pour retrouver le passé de la capitale à travers les cartes postales de la première moitié du XXième siècle.

En conclusion me serait-il permis de soulever quelques idées de pistes à suivre sur ce sujet ?

En tout premier lieu, un vaste projet de rénovation de la corniche de Rabat étant sur le point de débuter, il me semblerait judicieux de faire une étude de cette partie de la ville qui comporte encore aujourd’hui des vestiges de l’architecture coloniale, comme l’hôpital Marie Feuillet, l’hôpital Moulay Youssef, la cité Ecochard, le quartier Hay Atiq, le cinéma Rif, le cimetière européen, des abris des anciens camps militaires, etc.

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Porche d’entrée du cimetière européen agrémenté de l’inscription « Pax »

Dans la même optique, celle de garder la trace d’un certain aspect d’une ville en mutation, on pourrait souhaiter étudier par exemple les villas de l’Agdal, où les dernières qu’il compte semblent destinées à être englouties sous l’effervescence immobilière.Le quartier Océan, il y a encore peu riche en bâtiments du Protectorat, voit aussi ses derniers immeubles de cette époque céder du terrain devant les assauts des promoteurs. Les immeubles qui y subsistent, en sursis, peuvent aussi faire l’objet d’une étude.

Deux pistes supplémentaires, entre autres : les espaces de circulation dans les immeubles de rapport à l’époque coloniale dans le centre ville de Rabat, les lieux de culte édifiés à cette époque, ou encore les établissements scolaires, ce qui serait l’occasion de faire en parallèle une étude historique intéressante de l’enseignement sous le Protectorat, etc.

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Posted in: Architecture