Banasa : ruines romaines à l’ombre du marabout

Poursuivons notre exploration des vestiges archéologiques romains du Maroc. Après le site de Thamusida, c’est au tour de celui de Banasa, un peu plus connu que le précédent, mais un peu moins fameux que ceux de Lixus ou de Volubilis (le « must »  ou si vous préférez en bon français le meilleur de la crème du dessus du panier en matière de ruines romaines marocaines), d’avoir les honneurs de ma prose électronique, après avoir eu les honneurs de la semelle de mes chaussures et de l’objectif de mon appareil photo.

Pour y laisser vos empreintes : depuis Rabat, l’autoroute direction Tanger, sortie Kenitra Nord vers Sidi Allal Tazi, passer devant la pharmacie Thamusida sur la gauche (ça ne vous dit rien ?), un peu avant Sidi Allal Tazi bifurquer à droite en direction de Mechkra ben Ksiri. Le panneau indiquant Banasa (sur la gauche) surgit un peu plus d’une vingtaine de km plus loin.

Que les mauvaises langues, qui disent que les pouvoirs publics marocains ne se préoccupent pas de patrimoine s’il n’est islamique, se taisent à jamais (façon de parler). Le site est en ce moment même, à l’heure où je vous parle, mis en valeur. Alors qu’il fallait auparavant emprunter une piste de qualité moyenne pour y parvenir, c’est maintenant une belle route goudronnée qui y conduit. Comme sur un tapis volant, elle transporte votre véhicule à proximité de l’auguste entrée (portail inclus) qui se dresse aujourd’hui en amont des ruines pour accueillir les visiteurs. Outre la petite cahute où l’on achètera son billet d’entrée, plusieurs kiosques sont sortis de terre, consacrés à la vente de rafraîchissements, à l’entreposage des dossiers du conservateur et bien sûr à la pause pipi, indispensable et inestimable lorsque, écrasé par un soleil brûlant, on a descendu une demi-douzaine de petites bouteilles d’eau minérale.

A ce propos, ami, je rappelle au touriste qui sommeille en toi que l’on ne jette pas ses bouteilles en plastique n’importe où : le pétrole birman ou irakien qui a servi à les confectionner mérite mieux que ça.

Mais quand je me suis rendu sur place, la machine ne fonctionnait pas encore : pas de guichetier au guichet, par de coca dans le kiosque… C’était, pour moi, une inauguration avant l’heure, un peu trop précoce.

Le site est d’un grand intérêt. Il est un peu accidenté. En surplomb, en haut de la colline, un autre marabout, brillant et majestueux, semble veiller sur les ruines.

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A un endroit, un petit monticule supporte encore un pan de murs de briques colorées de blanc, relique témoin d’un marabout évanoui. En s’élevant donc un peu grâce à lui, on distingue bien le cardo maximus, large, qui parcourt la ville, de plan orthogonal, sur toute sa longueur.

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Le cardo conduit le regard jusqu’à l’arc, entrée d’une basilique disparue, remonté, qui décore le forum, place située au point d’intersection du cardo maximus avec le decumanus maximus. Le forum est vaste, bordé d’un côté par un large temple, à six cellae ou chambres.

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Plusieurs bases de statues ou autels y livrent au passant féru d’humanités des inscriptions d’une limpidité déconcertante. L’une mentionne le nom d’Isis, idole orientale évocatoire s’il en est.

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Là, devant le temple, on ne voit rien d’autre que l’arc qui donnait accès à la basilique, qui se détache, pulvérulent et blond comme un champ de blé, contre un ciel bleu métal.

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Il dialogue affectueusement avec un if vertigineux se tenant à ses côtés, d’un vert intense, qui reste droit et noble, quoi qu’il entende.

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Attendrissant aussi est le vieil escalier, tout de guingois, qui relie la place au podium du temple.

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Deux cellae de ce dernier sont (d’après la page du site de France diplomatie consacrée à l’archéologie marocaine) colonisées par un arbre (un figuier sauvage) dédié à Lalla Rahma, où des femmes viennent accrocher des vêtements souillés pour que leurs vœux de guérison ou de porter un enfant soient exaucés, mais sur place, je ne l’ai pas remarqué. On m’avait montré un autre arbre, aux branches alourdies de pièces de tissus pendantes, voué au même culte, à Thamusida, mais sa présence ne m’avait alors pas non plus frappé. Entendre parler sur le site de l’ambassade de la trace d’un deuxième arbre du même genre à Banasa a éveillé ma curiosité. Ces sites ont gardé leur caractère religieux à travers les siècles, et le culte rendu alors aux divinités païennes perdure aujourd’hui à travers la vénération de ces ramures.

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Sur un mur, le long du forum, on vous montrera peut-être la forme d’un pied qui a dû s’imprimer dans le ciment encore frais qui le recouvrait. Il n’est pas loin d’une colonne un peu esseulée mais qui a fière allure, et à la base de laquelle se blottissent avec déférence chapiteaux corinthiens et sections de corniche sculptée.

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En se promenant, on circule à l’intérieur et autour de plusieurs thermes. Dans l’un d’eux, des cuves où s’enfoncent encore une poignée de marches sont bien visibles.

De ci de là, quelques minuscules restes de mosaïques se cachent terrifiés sous des plantes. On m’a assuré que des Français (maudites soient leur descendance, leur ascendance et leur indécence !) en ont emporté des bouts chez eux. A quoi cela rime-t-il ?

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On distingue encore la cour de plusieurs domus, et sous une couche de terre, bien à l’abri des touristes français – ou autres – sans morale et sans conscience patrimoniale, sommeille une grande mosaïque.

Lorsqu’on a traversé les ruines, on atteint finalement le Sebou, dont le cours est perpendiculaire à la ville, ce même Sebou dont les eaux mouillent les berges du port de Thamusida et la base de la colline où s’élève la kasba de Mehdiya.

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Le site est actuellement fouillé. Des campagnes y ont été menées. Elles ont permis de repérer la destination de certains bâtiments, impossible à connaître sans cela, comme la boulangerie… Elles se poursuivent. J’ai vu des tôles ondulées qui recouvrent les excavations. Les fouilles s’attachent à récolter le maximum d’informations, non seulement sur la période romaine proprement dite, mais aussi sur celle qui l’a précédée, maurétanienne. De la ville de cette époque, on voit par exemple des toits de maisons qui affleurent à la surface du sol, et qui font penser au fond d’un bassin badigeonné d’enduit.

Le sol était sec. C’était la fin de l’été. Au printemps, tout reverdit.

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