Traversée de l’Espagne : Barcelone, Grenade et résidences fantômes

Posted on 21 septembre 2007

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Début août : je traverse une nouvelle fois l’Espagne pour rejoindre ma terre d’accueil depuis un an, j’ai envie de dire : terre d’asile quand, devant mon poste de télévision, j’assiste médusé au silencieux naufrage de la France, plongée au fond de marécages politico-médiatiques où on la dénature, où on la vide de sa sève, où on l’ampute de son esprit dans d’ultimes tortillements, écrasée sous une avalanche d’annonces plus mortifères les unes que les autres, absolument contraires au caractère de justice dont nos amis les rentiers de la croissance les affublent arbitrairement, à l’ouest, un asile pour moi aujourd’hui en tout cas, le Maroc.

I’ve got the blues.

La traversée s’est révélée coûteuse et éreintante. Difficile de trouver un hôtel de nuit, dans une ville qu’on n’avait pas imaginée si grande, sans repère et sans carte. C’est de ma faute, je n’avais qu’à mieux préparer mon voyage. A Girone, j’ai eu de la chance, je n’ai pas trop cherché, et je n’ai pas regretté ma visite de ses « banys árabs ».

 

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Barcelone est une ville qui bouge ! Mais chère, très chère. Qui aime Gaudi vide son portefeuille en une demi-journée de visites. Enfin ! La Sagrada Familia vaut le coup d’œil, pour ce qu’on en voit actuellement mais aussi pour ce qu’on y fait. C’est une impression étrange que d’être le témoin (parmi des milliers de témoins, bienvenue dans la secte) de l’éclosion d’une cathédrale en plein épanouissement. Les chapiteaux parsèment la nef, les échafaudages et les piliers poussent un peu partout, les ouvertures se voilent par endroits de pétales diaphanes et mordorés…

 

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Et en plus j’ai pris l’ascenseur, je suis allé tout en haut, je me suis retrouvé sur la petite passerelle que l’on voit dans un extrait de L’Auberge espagnole, quand Judith Godrèche et Romain Duris se promènent ensemble pour que le deuxième désennuie la première, passerelle où ils se disent je ne sais plus quoi, mais que j’avais bien dans l’œil. De cet endroit, on ne voit plus qu’une seule chose : le dernier suppo en titane de Jean Nouvel, je veux bien sûr parler de la tour Agbar (ça n’en a pas l’air, mais je suis un grand admirateur de cet architecte sarladais).

 

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J’ai quand même pu visiter le musée d’Art catalan gratuitement : c’est un Louvre barcelonais, où je recommande en priorité deux salles : les fresques venant des églises de Taüll, dans la vallée de Boi (sans oublier ses sculptures), et Ramon Casas (rien que son nom claque comme un pas de flamenco). A ne pas manquer non plus : les oies du cloître de la cathédrale (à ne pas confondre avec celles du Capitole).

 

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Vous n’êtes pas encore partis ? C’est bien, tout n’est pas perdu, il reste un peu d’espoir.

Après Barcelone, j’ai pas mal erré, entre Sagonte (je glisse une photo d’un étrange « exvotorio » prise dans cette commune), Valence et Xativa. A Valence, j’ai tourné pendant une heure trente à la recherche d’un lit. A un moment, dans une zone au sud de la ville, entre un bowling et un fly, j’ai cru que j’avais touché terre en l’espèce d’un hôtel Ibis, mais il était plein. Je voulais me faire indiquer un autre hôtel : il y avait un autre Ibis, tout au nord de la ville. Qu’à cela ne tienne, il n’était que 22h30, je pouvais bien pousser un brin plus loin vers le sud, vers Xativa. A noter, on trouve au musée municipal de Xativa, patrie de José de Ribera, le tableau d’un roi (Philippe V) qu’en raison de ses agissements, à savoir avoir décrété l’incendie de la ville, on accroche la tête en bas depuis des lustres (on trouve aussi quelques antiquités islamiques intéressantes).

 

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J’ai ensuite fait un arrêt à Elche, patrie de la Dame du même nom (avis aux connaisseurs). La Dame est à Madrid, centralisation oblige, mais Elche recèle une étonnante palmeraie, qui ne rivalise pas bien sûr avec celles du Maroc. On y pénètre comme dans un jardin public.

 

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Continuons, nous sommes bientôt arrivés. Et ce serait dommage de manquer le meilleur : Grenade. Un passé riche et glorieux, une architecture séduisante, un climat frais, des « granizados » rafraîchissants… Mais attention, il faut réserver à l’avance pour visiter l’Alhambra. Alors je me suis promené dans l’Albaycin, quartier arabo-andalou, j’ai gravi le Sacromonte, j’ai visité la Capilla Real et sa collection de primitifs flamands… Et pour l’Alhambra, je n’ai eu droit qu’à une visite nocturne des palais nasrides, décevante sans les jeux de lumière qui magnifient les volumes et la décoration, décevante aussi car plusieurs endroits du monument sont en restauration, décevante enfin – indépendamment de l’heure de la visite – à cause de la pelletée d’abrutis qui ne cessaient de tâter de leurs paluches poisseuses les murs des bâtiments. Malgré tout, Grenade est ce que j’ai préféré de l’Espagne.

 

 

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En traversant la péninsule ibérique (je ne dis pas : l’Espagne, ça ferait une répétition, je viens de faire un cours sur les reprises nominales), j’ai réalisé à quel point un pays pouvait se manquer de respect au nom de notre dieu à tous : la croissance économique. Il faut dire que j’ai parcouru un itinéraire sur lequel Croissancéconomique veille avec bienveillance : la côte. Je ne sais pas exactement ce que Croissancéconomique a apporté à l’Espagnol moyen, mais nul automobiliste qui flâne sur les autoroutes de la côte méditerranéenne espagnole, et en particulier du côté de Malaga, dans un univers quasi-désertique, ne peut manquer ce que Croissancéconomique a apporté au paysage. Ce n’est plus que denses forêts de panneaux publicitaires, verdoyantes oasis golfiques et floraison de résidences bourgeonnantes, aussi vides que des noix dans une tombe égyptienne du Moyen Empire. Quel baume pour le cœur que le spectacle de toute cette modernité, à la fois si discrète et si profitable aux hommes, qui pourront, à l’ombre de cette nature du XXIième siècle, avoir tout ce dont ils ont besoin, des soins médicaux, de l’instruction, la liberté et l’indépendance, l’élévation spirituelle et artistique… Et je ne parle pas des enfilades d’immeubles rose bonbon qui sortent du bitume des villes pareils à des rangs de poireaux et colonisent les avenues sur des kilomètres sans aucune réflexion d’ordre urbanistique. Que Croissancéconomique continue à prendre soin de l’Europe et du monde !

 

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