L’architecture sous le protectorat français à Rabat

A Rabat, la ville moderne, ou coloniale, a été élevée à l’extérieur de la médina et contre elle, sur un mode bipolaire, duel. J’ai entendu dire dans une émission télévisée que les « anciens » au Maroc sembleraient avoir gardé « une bonne image » du général Lyautey, résident général du Maroc à l’époque qui nous préoccupe, parce qu’il aurait eu soin de préserver les médinas traditionnelles. Si cela est vrai, grand bien nous fait ! Et notamment aux nombreux touristes qui viennent admirer cette somptueuse architecture spécifiquement maghrébine. Qu’on nous la préserve encore longtemps, du temps, et des prédateurs qui partout dans le monde démantèlent les richesses historiques pour les vendre en pièces détachées à ceux qui ont l’argent pour les acheter. Et qu’on nous la restaure aussi si possible ! Dans tout les cas, quel bonheur chaque fois que je vais faire une balade à la médina…

L’avenue Mohammed V, pour en revenir à la ville du protectorat, sépare celle-ci en deux et est bordée d’imposants bâtiments à vocation politique ou administrative, d’après la volonté de la Résidence générale à l’époque. L’avenue a été – pour ce qu’il m’en semble – récemment brillamment restaurée, et l’architecture de ses abords est ainsi très bien mise en valeur. Deux rangées de flamboyants palmiers lui donnent un merveilleux cachet. Cette restauration est appréciable, car aujourd’hui cette architecture subit les assauts – de plus en plus dénoncés au Maroc – des promoteurs immobiliers. Et Rabat compte de nombreux bâtiments de cette époque, de natures variées, de style mauresque, art déco, moderniste ou les trois à la fois, dont je vous livre quelques exemples aujourd’hui.

Tout d’abord, à voir dans le quartier Océan, en bord de mer, un magnifique et monumental hôpital, l’hôpital Marie Feuillet, dont la façade est éclairée d’un harmonieux concert de diverses ouvertures. Seul vous voyez le bâtiment central à travers la grille d’entrée, et aussi depuis un point plus éloigné. Mais ce bâtiment est flanqué de deux autres ailes et derrière lui se répartissent d’autres constructions encore. Je n’ai pas pu prendre en photo l’édifice comme j’aurais voulu, de plus près et sous tous les angles, car un militaire est sorti d’une guérite et n’a pas agréé à ma demande de prises de vue. Et comme je respecte l’uniforme marocain, je n’ai rien tenté en douce :

 

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D’autres photos montrent des immeubles de rapport : ils se trouvent Bab al Had, en face des murailles de la médina, ou dans le centre ville, dans le coin de l’institut français. Voici trois exemples :

 

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Je vous expédie encore trois photos d’un endroit extrêmement intéressant qu’on devine à peine lorsqu’on passe à ses abords le long d’une avenue, l’avenue Hassan II. Il s’agit de tout un quartier comparable au quartier des Habous à Casablanca pour ceux qui connaissent, un quartier construit en 1917 sur le modèle des anciennes médinas, une « néo-médina » en quelque sorte. Il s’appelle Diour ejjamaa, les « maisons de la mosquée ». Il comporte une mosquée, une madrasa, un hammam… Lorsque j’y prenais les photos, une dame m’a vu le faire et m’a demandé si je m’intéressais à l’architecture. Nous avons discuté et elle m’a appris plein de choses sur le quartier : on y a fait beaucoup de modifications, le pavement a été refait (les pavés en pierre ont été remplacés par des plaques, en aggloméré ?, assez communes de mon point de vue), des puits ont été bouchés, certaines maisons possèdent encore un décor original, un étudiant a mené à bien un mémoire sur le quartier… Moi aussi, j’aimerais faire un travail sur l’architecture de cette époque, mais je crois que je vais devoir mieux m’organiser si je veux avoir le temps.

 

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J’ai fait des recherches sur internet à ce propos. J’ai trouvé un article intéressant : « Rabat : un patrimoine en péril » (http://elmalti.over-blog.com/article-3430084.html), où l’auteur fait un petit compte des petites « déchirures » que subit ce patrimoine jour après jour, modification après modification. D’ailleurs, si vous regardez bien la photo d’une des façades de la néo-médina (avec la petite camionnette devant), vous apercevez à gauche des travaux. Un bâtiment est surélevé et la symétrie de l’ensemble va en pâtir. Beaucoup des maisons de ce quartier ont d’ailleurs été surélevées depuis la construction du quartier.

 

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En faisant mes recherches, j’ai également trouvé une page web passionnante sur l’architecture du 20ième siècle à Bagdad, avec des photos prises entre 2003 et 2005 à l’occasion de l’élaboration d’une thèse en cours. Je vous donne l’adresse de cette page.

http://www.ifporient.org/spip.php?article1288

Jetez un coup d’oeil, ça vaut le coup.

J’ai lu également dans l’hebdomadaire marocain « Le Journal » qu’il existait une ONG appelée Docomomo qui se propose de faire connaître et mettre en valeur le patrimoine architectural marocain du XXième siècle, ce qui inclut l’architecture du protectorat, mais aussi toute l’architecture fonctionnaliste et moderniste qui lui succède.

Ah, au fait : moi, je suis pour conserver toute l’architecture, partout. Il faut dire que le concept de « modernité » me semble aujourd’hui dépassé et à repenser.

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