Archive de la catégorie «Voyages»

J’ai quitté Le Monde(.fr)

janvier 10, 2008

Ca y est : je viens de terminer de télécharger à nouveau toutes mes photographies sur mon blog. Vous vous êtes aperçu (ou non) que pendant le moins de décembre, celles-ci n’apparaissaient plus, qu’un déprimant vide blanc et qu’une douloureuse croix rouge les remplaçaient.

Pourquoi cette période de black-out visuel ? J’ai quitté Le Monde(.fr). Je ne voulais plus être hébergé par ce site et j’ai donc migré vers wordpress.com. Pour les textes, cette migration a pris 5 misérables minutes. Mais pour les photos, plusieurs heures, sur un mois.

Pourquoi cette migration, un peu comme les flamands roses une fois par an ? Je ne voulais plus soutenir de mes 6 euros mensuels un média qui de jour en jour sombrait toujours plus profondément dans l’idéologie sarkoïde (traduire : nationaliste-libérale).

Comment expliquer que la plupart des articles qui y figurent y soient présentés, de manière couverte, sous un éclairage particulier qui gauchit l’information de manière à la rendre compatible avec le discours officiel et la politique présidentielle ? La nature humaine, sans doute. Celle qui pousse les individus, lorsque l’un des leurs est susceptible d’accéder au pouvoir et d’avoir du pouvoir sur eux, à lui lécher les bottes, et lorsqu’il l’a obtenu, à lui lécher le reste.

Moi, j’ai suivi le vol des flamands roses et avec mon ferry j’ai touché terre à jyroc.wordpress.com, la nouvelle adresse de mon blog : il n’a pas changé de nom « Au pays du soleil couchant », mais il se prévaut maintenant d’un magnifique bandeau flambant neuf récolté à Sidi Ifni, dans le Sud marocain.

Et puis quoi qu’il en soit, des refuges existent, comme ce territoire nommé « arretsurimages.net » qui vient d’ouvrir ses frontières sur un paysage aux contours très doux aux damnés de l’information.

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Traversée de l’Espagne : Barcelone, Grenade et résidences fantômes

septembre 21, 2007

Début août : je traverse une nouvelle fois l’Espagne pour rejoindre ma terre d’accueil depuis un an, j’ai envie de dire : terre d’asile quand, devant mon poste de télévision, j’assiste médusé au silencieux naufrage de la France, plongée au fond de marécages politico-médiatiques où on la dénature, où on la vide de sa sève, où on l’ampute de son esprit dans d’ultimes tortillements, écrasée sous une avalanche d’annonces plus mortifères les unes que les autres, absolument contraires au caractère de justice dont nos amis les rentiers de la croissance les affublent arbitrairement, à l’ouest, un asile pour moi aujourd’hui en tout cas, le Maroc.

I’ve got the blues.

La traversée s’est révélée coûteuse et éreintante. Difficile de trouver un hôtel de nuit, dans une ville qu’on n’avait pas imaginée si grande, sans repère et sans carte. C’est de ma faute, je n’avais qu’à mieux préparer mon voyage. A Girone, j’ai eu de la chance, je n’ai pas trop cherché, et je n’ai pas regretté ma visite de ses « banys árabs ».

 

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Barcelone est une ville qui bouge ! Mais chère, très chère. Qui aime Gaudi vide son portefeuille en une demi-journée de visites. Enfin ! La Sagrada Familia vaut le coup d’œil, pour ce qu’on en voit actuellement mais aussi pour ce qu’on y fait. C’est une impression étrange que d’être le témoin (parmi des milliers de témoins, bienvenue dans la secte) de l’éclosion d’une cathédrale en plein épanouissement. Les chapiteaux parsèment la nef, les échafaudages et les piliers poussent un peu partout, les ouvertures se voilent par endroits de pétales diaphanes et mordorés…

 

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Et en plus j’ai pris l’ascenseur, je suis allé tout en haut, je me suis retrouvé sur la petite passerelle que l’on voit dans un extrait de L’Auberge espagnole, quand Judith Godrèche et Romain Duris se promènent ensemble pour que le deuxième désennuie la première, passerelle où ils se disent je ne sais plus quoi, mais que j’avais bien dans l’œil. De cet endroit, on ne voit plus qu’une seule chose : le dernier suppo en titane de Jean Nouvel, je veux bien sûr parler de la tour Agbar (ça n’en a pas l’air, mais je suis un grand admirateur de cet architecte sarladais).

 

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J’ai quand même pu visiter le musée d’Art catalan gratuitement : c’est un Louvre barcelonais, où je recommande en priorité deux salles : les fresques venant des églises de Taüll, dans la vallée de Boi (sans oublier ses sculptures), et Ramon Casas (rien que son nom claque comme un pas de flamenco). A ne pas manquer non plus : les oies du cloître de la cathédrale (à ne pas confondre avec celles du Capitole).

 

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Vous n’êtes pas encore partis ? C’est bien, tout n’est pas perdu, il reste un peu d’espoir.

Après Barcelone, j’ai pas mal erré, entre Sagonte (je glisse une photo d’un étrange « exvotorio » prise dans cette commune), Valence et Xativa. A Valence, j’ai tourné pendant une heure trente à la recherche d’un lit. A un moment, dans une zone au sud de la ville, entre un bowling et un fly, j’ai cru que j’avais touché terre en l’espèce d’un hôtel Ibis, mais il était plein. Je voulais me faire indiquer un autre hôtel : il y avait un autre Ibis, tout au nord de la ville. Qu’à cela ne tienne, il n’était que 22h30, je pouvais bien pousser un brin plus loin vers le sud, vers Xativa. A noter, on trouve au musée municipal de Xativa, patrie de José de Ribera, le tableau d’un roi (Philippe V) qu’en raison de ses agissements, à savoir avoir décrété l’incendie de la ville, on accroche la tête en bas depuis des lustres (on trouve aussi quelques antiquités islamiques intéressantes).

 

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J’ai ensuite fait un arrêt à Elche, patrie de la Dame du même nom (avis aux connaisseurs). La Dame est à Madrid, centralisation oblige, mais Elche recèle une étonnante palmeraie, qui ne rivalise pas bien sûr avec celles du Maroc. On y pénètre comme dans un jardin public.

 

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Continuons, nous sommes bientôt arrivés. Et ce serait dommage de manquer le meilleur : Grenade. Un passé riche et glorieux, une architecture séduisante, un climat frais, des « granizados » rafraîchissants… Mais attention, il faut réserver à l’avance pour visiter l’Alhambra. Alors je me suis promené dans l’Albaycin, quartier arabo-andalou, j’ai gravi le Sacromonte, j’ai visité la Capilla Real et sa collection de primitifs flamands… Et pour l’Alhambra, je n’ai eu droit qu’à une visite nocturne des palais nasrides, décevante sans les jeux de lumière qui magnifient les volumes et la décoration, décevante aussi car plusieurs endroits du monument sont en restauration, décevante enfin – indépendamment de l’heure de la visite – à cause de la pelletée d’abrutis qui ne cessaient de tâter de leurs paluches poisseuses les murs des bâtiments. Malgré tout, Grenade est ce que j’ai préféré de l’Espagne.

 

 

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En traversant la péninsule ibérique (je ne dis pas : l’Espagne, ça ferait une répétition, je viens de faire un cours sur les reprises nominales), j’ai réalisé à quel point un pays pouvait se manquer de respect au nom de notre dieu à tous : la croissance économique. Il faut dire que j’ai parcouru un itinéraire sur lequel Croissancéconomique veille avec bienveillance : la côte. Je ne sais pas exactement ce que Croissancéconomique a apporté à l’Espagnol moyen, mais nul automobiliste qui flâne sur les autoroutes de la côte méditerranéenne espagnole, et en particulier du côté de Malaga, dans un univers quasi-désertique, ne peut manquer ce que Croissancéconomique a apporté au paysage. Ce n’est plus que denses forêts de panneaux publicitaires, verdoyantes oasis golfiques et floraison de résidences bourgeonnantes, aussi vides que des noix dans une tombe égyptienne du Moyen Empire. Quel baume pour le cœur que le spectacle de toute cette modernité, à la fois si discrète et si profitable aux hommes, qui pourront, à l’ombre de cette nature du XXIième siècle, avoir tout ce dont ils ont besoin, des soins médicaux, de l’instruction, la liberté et l’indépendance, l’élévation spirituelle et artistique… Et je ne parle pas des enfilades d’immeubles rose bonbon qui sortent du bitume des villes pareils à des rangs de poireaux et colonisent les avenues sur des kilomètres sans aucune réflexion d’ordre urbanistique. Que Croissancéconomique continue à prendre soin de l’Europe et du monde !

 

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Retour au pays du soleil couchant

février 22, 2007

Je travaille au Maroc depuis déjà cinq mois. J’ai passé les dernières fêtes commercialo-religieuses de Noël en France. J’en ai profité pour ramener ici – le pays du soleil couchant – mon véhicule.

Cela fait bien une paye que je suis de retour au Maroc, après une virée trans-ibérique digne de la chevauchée des Walkyries. Pour être franc, je n’ai pas vu grand-chose de l’Espagne, un petit bout au début (le pays basque espagnol, magnifique), un petit bout à la fin (Tarifa et Algésiras, magnifiques), et un petit bout au milieu, ce qu’on appelle la meseta, un vaste plateau sans fin (magnifique). Tout le reste du temps, j’étais dans le brouillard. Au fait, il y a plein de brouillard en Espagne.

J’ai dormi la première nuit près de Bordeaux, dans un charmant Campanile au creux d’une rocade (classique), puis le lendemain dans une petite bourgade au centre ville ancien assez bien conservé (Plasencia, sympathique). L’arrivée au Maroc a été un peu rude. L’autoroute entre Tanger et Rabat, c’était toujours dans le brouillard, sauf en arrivant sur Rabat, où j’ai vu la lune. Mais à ce moment là, j’ai croisé une voiture qui roulait tranquillement à contresens en faisant des appels de phare (sympathique !). A Rabat, il y avait encore du brouillard, et une voiture devant moi a écrasé un chat (pas sympathique). Bref, j’avais un tantinet l’impression d’avoir sombré dans la quatrième dimension…

Mais enfin, je suis arrivé à bon port, vers 1h du matin (fatigué). Malheureusement je ne ramène aucune photo de ce voyage, tant pis. Pour la suite, ça a continué à être un peu dur, entre des tracasseries gastriques et l’appartement qui devient un frigo dès que le soleil se couche. Mais bon, rassurez-vous, aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre.

J’ai une voiture, je roule à Rabat, et même en dehors de Rabat : je suis allé jusqu’à Mehdya, près de Kénitra, où se trouve une Kasbah (forteresse) en ruines, entourée de bandes de gazon broutées par de placides vaches. Laissez moi vous donner sur la kasbah quelques repères historiques (Ouaaaiiiis !!!!!!!! entends-je d’ici).

Le site est occupé dès l’époque phénicienne. Les Romains investissent ensuite le lieu, qui est oublié ensuite pour un temps. Al Ma’moura (l’ancien nom de Mehdya) est fondée au Xième siècle. La ville est prise 46 jours par des Portugais en 1515, convoitée par les Hollandais, mais finalement remportée en 1614 par les Espagnols. Entre temps, c’est une base de départ pour de redoutables pirates. Moulay Ismail reprend la ville en 1681. Par la suite (au XIXième siècle) désertée, la ville renaît au moment de la fondation de Port-Lyautey, aujourd’hui Kénitra, sous le protectorat français (C’est fini : voyez, c’était pas si terrible).

Je vous montre quelques photos prises lors de cette escapade :

  • la porte d’entrée (Bab Jdid, amochée en 1942 par les Américains, mais relevée : ah ! ces Américains…),

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  • une enfilade d’arcs dans le palais du Makhzen (gouverneur),

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  • un arc à lambrequins donnant sur le patio du même palais (avec sa petite fenêtre à la triple baie chantournée au-dessus),

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  • la porte de la maison du Caïd, avec un linteau en pierre au décor géométrique finement ciselé,  

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  • puis une vue plus large sur l’embouchure de l’oued Sebou où on aperçoit la mosquée de la kasbah en blanc :

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Deux photos prises en dehors de la kasbah complètent cette galerie :

  • une vue maritime

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  • et enfin une vue prise du bord de l’oued Sebou :

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Ca a l’air joli comme ça, mais j’ai pris des risques pour faire cette image, j’ai d’abord enjambé des détritus et ensuite je me suis fait piqué par un moustique. J’attends sous peu ma première crise de palu.

D’autres photos sont à admirer dans un portfolio sur ce blog.

 

Cela fait belle lurette que j’ai terminé les dernières démarches pour mon immatriculation. Les douaniers r’batis sont  vraiment d’une extrême politesse.

En revenant des douanes, il ya quelque temps de cela, je me suis arrêté dans la rue devant un petit étal où des sardines grillaient dans une poêle rudimentaire. Ca me fait toujours envie, la nourriture frite dans des conditions rudimentaires… Un monsieur est arrivé et a commencé à me préparer un sandwich. Il coupe un pain rond en deux, en évide le cœur, y glisse deux sardines frites qu’il équeute avec ses doigts qui m’apparaissent soudain, comment dire…, “sublimés” par une quelconque maladie de peau. Et là, un deuxième individu est arrivé et lui a pris prestement le sandwich des mains pour finir de le préparer. Le premier s’en est juste allé, non sans interpeller deux ou trois personnes dans la rue. Il s’est avéré que l’homme qui a terminé le sandwich était le propriétaire de l’étal. Qui était l’autre ? Je n’en sais rien. Je me demande ce qu’il faisait là. Mais enfin le sandwich fut excellent.