Archives pour novembre 2008

Il neige au Maroc ! J’ai des preuves.

novembre 19, 2008

Quand j’étais petit, mon imagination allait bon train. Et quand j’entendais parler du Maroc, ce pays chaud, je m’étonnais déjà qu’il puisse receler une grosse montagne comme l’Atlas. Et que sur cette montagne, on pût trouver de la neige, je m’en défiais bien. Je me l’imaginais plutôt comme un immense roc de sable tout jaune sur lequel soufflaient d’impétueux vents. Je voyais Tartarin de Tarascon qui le parcourait, avec sa pauvre carabine, à la recherche d’un lion à sacrifier sur l’autel de la bêtise.

 

 

Et puis un jour… en fait il y a deux ans… j’ai mis les pieds au Maroc. Et ai ouvert mes horizons (ça ne fait jamais de mal, surtout de cette façon). Et ai été stupéfait de constater que ses paysages étaient aussi divers et contrastés que les zellij de la fontaine Nejjarine. Et puis je m’y suis promené, au Maroc, ai vu le sommet du Toubkal, du M’Goun, la chaîne du Moyen-Atlas, et toute cette neige ! qui en recouvrait les cimes.

L’hiver dernier, c’est-à-dire il y a presque un an, des amis – qui sont rentrés en France depuis – ont eu la gentillesse de me colporter une fois de plus jusqu’à la région du Moyen Atlas, chère à leurs cœurs.

Et question poudreuse, nous fûmes servis. Nous fîmes en voiture une boucle qui passa par Aïn Leuh, traversâmes de vastes plateaux blancs comme une djellaba d’Ouazzane, et fîmes étape à Azrou, avant de nous rendre le lendemain à Ifrane, où nous marchâmes un chouïa. A Ifrane, un dense trafic engorgeait la ville, car les sportifs du week-end allaient taquiner la poudreuse à Mischliffen, la station de ski la plus renommée du coin.

Sur la route d'Aïn Leuh

Sur la route d'Aïn Leuh

 

Aïn Leuh

Aïn Leuh

 

Paysage de neige avec arbre

Paysage de neige avec arbre

 

Paysage de neige sans arbre mais avec une borne kilométrique

Paysage de neige sans arbre mais avec une borne kilométrique

 

Effet de soleil à Azrou

Effet de soleil à Azrou

Dans Ifrane, un parc bucolique à souhait nous attendait, avec ses ruisseaux chantants, parfois honorés de la présence d’une écrevisse (espèce protégée), ses petits ponts de bois moussus et ses mini-congères. Après une grande et régénératrice boucle dans la campagne, nous avons échu aux abords de l’étang d’Ifrane.

Jardin à Ifrane, petit pont moussu

Jardin à Ifrane, petit pont moussu

 

Jardin à Ifrane, cascade chantante

Jardin à Ifrane, cascade chantante

 

Lac à Ifrane

Lac à Ifrane

De la neige, ce week-end-là, j’en ai vu. Cet automne-ci, qui a été pluvieux, j’ai fait du tourisme, traversant la vallée du Dadès depuis Midelt et jusqu’à Ouarzazate. J’en suis témoin : les montagnes se sont revêtues d’un habit de fête immaculé et m’ont surpris une fois de plus. La neige au Maroc, rien d’exceptionnel !

Montagnes à Midelt

Montagnes à Midelt

Un patrimoine judéo-marocain riche et multiforme

novembre 18, 2008

Les Juifs ont été nombreux à s’installer au Maroc. Ils y ont longtemps vécu en heureuse harmonie avec les Musulmans. Mais entre la guerre et l’indépendance du Maroc, beaucoup ont rejoint Israël qui les y appelait, ou ont émigré au Canada et en France. D’autres départs ont suivi après les récents attentats qui ont endeuillé le Maroc en 2003. Aujourd’hui, la communauté juive du Maroc est plus réduite.

Mais leur présence est encore bien visible dans le pays sous la forme d’un patrimoine précieux et varié, et pour commencer à travers l’urbanisme, les Juifs ayant vécu dans des quartiers spécifiques des médinas appelés mellahs, d’un mot arabe signifiant « sel ».

Celui de Tétouan nous plut particulièrement, à deux amies en visite et à moi-même, un frais et brumeux matin de février, alors que les habitants débutaient leurs activités de la journée et que les rues s’éveillaient. Une fenêtre à deux baies en bois délicieusement ouvragé nous évoqua même les Tables de la Loi.

Le mellah de Tétouan

Le mellah de Tétouan

Fenêtre à deux baies dans le mellah de Tétouan

Fenêtre à deux baies dans le mellah de Tétouan

Le mellah d’Essaouira est – hélas ! – dans un plus piteux état.

Ruines du mellah d'Essaouira

Ruines du mellah d'Essaouira

Avant de mettre les pieds au Maroc, je n’avais jamais mis les pieds dans une synagogue. J’avais failli un jour visiter l’auguste synagogue de Carpentras, mais ses horaires d’ouverture ne m’avaient pas permis d’y pénétrer.

Les synagogues sont nombreuses, parfois en bon état, parfois moins, restaurées ponctuellement comme on peut le voir au musée du judaïsme marocain à Casablanca. Et comme tous les lieux où se déploie la spiritualité, elles dégagent un charme fort.

Dans la médina de Tanger, dans la synagogue Nahon, des galeries réservées aux femmes supportées par d’imposantes colonnes entourent le hall où se déroule la prière. Le tout est somptueusement décoré. On retrouve ces galeries à la fondation Lorin, lieu de culte devenu un musée qui présente d’intéressantes photographies du Tanger international dans une atmosphère dépouillée.

Synagogue Nahon à Tanger

Synagogue Nahon à Tanger

Synagogue Nahon, vue des galeries

Synagogue Nahon, vue des galeries

Synagogue Nahon, chaire

Synagogue Nahon, chaire

Synagogue Nahon, voûte et lustre

Synagogue Nahon, voûte et lustre

Tanger, fondation Lorin

Tanger, fondation Lorin

A Fès, dans la synagogue Ibn Danan, restaurée, un bain rituel – mikvé – est à découvrir au bas d’une volée de marches (mais cette fois, ce n’était pas le premier mikvé que je voyais, ayant déjà eu la chance de jeter un coup d’œil sur celui – médiéval, 13ème siècle – de Montpellier).

Partout, on repère la Tevah, équivalent de la chaire à prêcher, et bien sûr, comme dans la synagogue du mellah de Tétouan Ishtaq ben Oualid, l’armoire contenant la Torah protégée par un voile. Un mobilier plus ou moins riche (bancs, lustres…) complète ces lieux qu’une bonne âme nous a gentiment fait visiter.

Synagogue Ibn Danan à Fès el Jdid

Synagogue Ibn Danan à Fès el Jdid

Synagogue Ibn Danan

Synagogue Ibn Danan

Malheureusement, je n’ai pas pensé à demander où se trouvaient les salles d’études, guenizot, s’il y en avait…

Synagogue Ishtaq Ben Oualid dans le mellah de Tétouan

Synagogue Ishtaq Ben Oualid dans le mellah de Tétouan

Synagogue Ben Oualid, la Torah

Synagogue Ben Oualid, la Torah

Mais le patrimoine judéo-marocain est protéiforme. Dans les campagnes, et dans les villes aussi, sont disséminés des tombeaux de saints qui furent autrefois assidûment visités, comme celui d’Azemmour, qui fait également office de synagogue, portant le nom de Rabbi Abraham Moul Niss. On le croise lorsqu’on descend les ruelles de la médina en direction de la voie piétonne qui longe l’oued Oum Rbia. C’est une anfractuosité rocheuse à l’intérieur de laquelle sont rangés quelques bancs, de belles inscriptions sur pierre…

Tombeau-synagogue de Rabbi Abderrahmane Moulniss

Tombeau-synagogue de Rabbi Abraham Moul Niss

Tombeau-synagogue d'Azemmour, inscription

Tombeau-synagogue d'Azemmour, inscription

Tombeau-synagogue d'Azemmour, intérieur

Tombeau-synagogue d'Azemmour, intérieur

A une encablure des murailles de la même médina, les pierres tombales de l’ancien cimetière juif offrent le spectacle de gravures éminemment intéressantes (il faut pourtant essayer d’éviter un gardien auto-proclamé, cerbère contemporain de cet espace dédié au repos éternel).

Azemmour, cimetière juif

Azemmour, cimetière juif

Cimetière juif d'Azemmour, pierre tombale sculptée

Cimetière juif d'Azemmour, pierre tombale sculptée

A Fès el Jdid, le mellah de Fès, un cimetière tout à fait différent, aux tombes chaulées scintillantes sous le soleil ou d’un bleu laiteux quand celui-ci est caché par les nuages, s’offre au regard depuis une petite galerie grillagée du côté de la place où s’élève la maison du père Charles de Foucault.

Fès el Jdid, cimetière juif

Fès el Jdid, cimetière juif

Fès el Jdid, cimetière juif, effet de soleil

Fès el Jdid, cimetière juif, effet de soleil

Fès el Jdid, maison du Père Charles de Foucauld

Fès el Jdid, maison du Père Charles de Foucauld

D’ailleurs dans la grande rue de Fès el Jdid, les grands balcons en bois qui donnent sur la rue sont d’autres témoins de la présence des Juifs, les maisons traditionnelles au cœur des médinas ne présentant la plupart du temps qu’une façade aveugle.

Grande rue de Fès el Jdid

Grande rue de Fès el Jdid

Il faudrait encore parler du dialecte, de la musique, dont la préservation fat l’objet de quelques articles sur internet. Et de tout le mobilier liturgique, des costumes, des œuvres d’art issus de la communauté juive du Maroc : c’est ce que l’on peut voir au musée du judaïsme marocain de Casablanca, qui fera peut-être l’objet d’un prochain post…  

T comme Tafraout

novembre 16, 2008

Eh oui, ça fait presque six mois que je n’ai rien posté sur mon blog. Eh non, Nicolas Sarkozy n’a pas été élu pour une deuxième fois (tant il est vrai que ce genre d’élections est dur à avaler et à encaisser, et stérilisant pour la pensée). La réalité, c’est que mon ordinateur est tombé en panne au mois de juin, et a été réparé tardivement, et puis remplacé.

Mais bon, aujourd’hui tout va bien, j’ai un nouvel outil de travail, Obama a été élu et je reposte sur mon blog.

Reprenons là où je m’étais arrêté, à mon excursion de Noël dernier dans le sud : après T comme Tinmel et sa riche histoire, T comme Taroudannt et ses imposantes murailles, T comme Tiznit et ses bijoux berbères, voici T comme Tafraout.

Tafraout est un « petit bourg sauvage », pays des amandiers en fleurs (en saison), loti en face d’un cirque montagneux époustouflant. Ce dernier prend littéralement feu une fois caressé par les derniers rayons de la journée, et depuis la terrasse de l’hôtel, je ne fus pas le seul à me repaître du spectacle de cet embrasement final.

 

Tafraout, un petit bourd sauvage

Tafraout, un petit bourd sauvage

 

Le cirque de Tafraout s'enflamme

Le cirque de Tafraout

 

Avant que la nuit ne tombe, j’ai tout de même galopé jusqu’aux fameuses gazelles de Tazekka. T comme Tazekka…

 

Gravures de Tazekka

Gravures de Tazekka

 

Tafraout était une destination qui m’attirait parce que j’avais lu dans mon guide que non loin de cette localité se trouvait un site célèbre parmi les amateurs de land art (dont je fais partie) : les rochers peints de Jean Vérame.

J’ai donc loué une bicyclette pour les atteindre. L’aller a été particulièrement éprouvant, sans que je comprenne vraiment pourquoi. Mais tout s’est éclairé au retour, lorsque je suis retourné à mon point de départ sans avoir à donner un seul coup de pédale.

 

Aguerd-Oudad

Aguerd-Oudad

 

Chaos rocheux d'Aguerd-Oudad

Chaos rocheux d'Aguerd-Oudad

 

Sur le chemin, on passe devant le village d’Aguerd Oudad, au pied d’une colline hérissée d’un chaos rocheux, plantée d’arganiers et parcourue par les chèvres, aux couleurs vives aussi, en parfaite harmonie avec le paysage sec. Puis c’est davantage le désert, et on arrive à la petite gorge où d’énormes rochers sculptés et polis par les vents sont recouverts d’une couche de bleu qui s’évanouit un peu plus pluie après pluie. La peinture doit dégoutter par terre. Je me suis assis sur un petit rocher d’où j’avais une belle vue sur l’ensemble de l’œuvre. En contrebas, on entendait des musiciens qui jouaient des percussions.

 

Les rochers peints de Jean Vérame - 2007

Les rochers peints de Jean Vérame - 2007

 

La vallée des Ammeln est, dans une direction opposée, à voir également. Aux montagnes s’accrochent des maisons typiques avec une large terrasse et une tour d’angle. Je voulais visiter la maison traditionnelle d’Oumesnat, mais sur le vélo mes cuisses ne m’ont pas mené là où je voulais.

 

Vallée des Ammeln

Vallée des Ammeln

 

A Tafraout on se rend compte une fois encore que le Maroc est une mosaïque de paysages et que leurs couleurs éclatantes dessinent des motifs qui rivalisent sans peine de beauté avec les zellij traditionnels.