Archives pour novembre 2007

Ramadan à Rabat

novembre 18, 2007

Cette année, j’ai passé un bon mois de Ramadan à Rabat. Tout comme l’année dernière, j’appréhendais son commencement, parce qu’il a quelque chose de spécial. Je me souviens qu’il y a un an, j’avais croisé dans l’ascenseur de mon immeuble un monsieur âgé en tenue de fête, djellaba écrue satinée et fez lie de vin, qui m’avait demandé avec un grand sourire : « Alors, c’est bien, le mois de Ramadan ? ». Par politesse, je lui avais répondu que c’était très bien, mais je ne voyais pas très bien où il voulait en venir, car ce qui m’impressionnait alors principalement, c’était la quasi-interdiction qui était alors faite à tous de manger en pleine rue en journée.

Cette année, c’était différent. Je savais bien sûr que Ramadan, c’est un mois de réjouissances  très attendues, l’occasion de partager en famille, un mois entier pour ainsi dire de fêtes de fin d’année, avec tous les excès que cela suppose, culinaires, somptuaires, métaboliques… Une épreuve aussi, puisqu’il faut éprouver la faim qu’éprouvent quotidiennement les plus pauvres, expier par la douleur ses péchés et parce que le rythme de vie est bouleversé et qu’ainsi le sommeil en pâtit sérieusement. La nuit devient plus longue. Les Marocains mangent, au coucher du soleil, le ftour, vers 23h, 23h30 l’ichae (le dîner) et avant la prière du fajr (l’aube) le sohr.

Mais cette année fut différente de l’année dernière, car j’ai jeûné cinq jours (dont deux fois deux jours consécutifs !). Je n’ai rien avalé depuis le matin jusqu’à la rupture du jeûne, vers six heures du soir… Je voulais expérimenter cette pratique religieuse (dans des proportions raisonnables, il est vrai), je voulais accompagner des amis musulmans qui jeûnaient et aussi je voulais bien profiter du ftour auquel un ami me conviait souvent.

Si on passe sur les maux de ventre ou de tête, la fatigue, les écœurements et les gargouillements, ça a en fait un côté assez ludique (je rappelle que je n’ai pas jeûné un mois entier) : résister aux tentations, attendre la rupture du jeûne avec impatience, se dépêcher pour ne pas la manquer ou l’attendre devant les programmes sur mesure de 2M, assister aux préparatifs, savourer timidement et respectueusement, avec la satisfaction du devoir accompli, le jus de fruit qui ouvre parfois le ftour…

Après une journée de jeûne, ce qui m’a frappé, c’est la soif inextinguible dont j’étais saisi : envie de jus, d’eau, de fruits en tout genre… Il est bien plus aisé de jeûner quand le temps est sec et frais que lorsqu’il fait chaud et lourd. On m’a expliqué que si les Marocains consomment tant pendant le mois de Ramadan, c’est que la journée, pressés par la faim, ils ont envie de tout acheter, quitte à acheter un peu trop. Pour moi, ça a été un peu différent. la première fois, j’étais un peu nauséeux. Et puis les autres, c’est comme si mon envie de manger s’était endormie. A tel point qu’au moment du ftour je n’osais pas commencer à manger. Mais le cinquième jour, je l’avoue, je me suis empiffré.

En mangeant le ftour chez mon ami et en jeûnant, j’ai entraperçu ce que sont les agréables spécificités de ce mois, faits de plein de petits moments particuliers qui n’arrivent qu’un mois par an, et j’ai mieux compris pourquoi il était autant au cœur des préoccupations des musulmans, temps fort de l’année musulmane, fleuron de leur culture et de leur identité.

Plein de choses changent le mois de Ramadan. Les étals des attarin (vendeurs d’épices) croulent sous les dattes de toutes carnations et de toutes circonférences. Les dattes sont à la fois très digestes et très nutritives. D’après la tradition, elles sont le plus indiquées pour rompre le jeûne, une poignée, avec du lait. Une de mes cinq journées de jeûne, j’ai rompu le jeûne ainsi, en mangeant des dattes et en buvant du lait. C’était sobre, doux et très bon aussi.

 

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Les boulangeries sont englouties sous des tsunamis de pâtisseries marocaines – chebakkias ou mkharkas – régulièrement arrosées de miel.

  

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C’est la saison des ghraif, des arziza, des brghir et autres crêpes ou douceurs à base de blé qu’accompagneront avec bonheur du beurre ou du miel.

 

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Des charrettes de nougats autour desquelles bourdonnent mouches et abeilles ronronnent au milieu des ruelles.

 

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Le marketing s’y met lui aussi : habillages des émissions de 2M, affiches publicitaires… Partout, un magnifique croissant de lune brille de tout ses feux sur un ciel d’un bleu nuit sans fond. Un peu l’équivalent du sapin et des guirlandes en décembre.

Des concerts de musique sacrée sont organisés, comme celui qui s’est donné dans la cathédrale cette année à l’occasion de l’évènement « L’interreligieux aujourd’hui au Maroc », un concert de musique soufie à laquelle se prêtait merveilleusement le bâtiment qui l’accueillait.

Quelques jours avant la fin du mois se pratique la zakat, l’aumône, un autre des cinq piliers de l’Islam. Dans une rue de la médina, je suis passé devant un étal où on pouvait acheter des sachets de blé et d’orge que l’on donne ensuite à une personne dans le besoin. Elle le portera ensuite au moulin pour le faire moudre. La quantité que les sachets contiennent est conventionnelle et équivaut à la quantité de céréales récoltée quand on a plongé deux fois et demie ses paumes jointes dans un sac.

 

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Une effervescence indéniable circule ce mois-là, et une fois qu’il est terminé, on ne peut pas s’empêcher de se dire qu’onze autres vont passer avant qu’il ne revienne.

Début d’état des lieux de l’architecture sous le Protectorat à Rabat (3/3)

novembre 14, 2007

Certaines des parties dont les bâtiments datables du Protectorat se composent ont bénéficié de la part des architectes d’une attention particulière et forment des ensembles cohérents et remarquables. Ces éléments, structurels ou décoratifs, récurrents dans cette architecture, pourraient individuellement être l’occasion d’une étude particulière.

Les façades d’abord peuvent donner lieu, comme il est précisé ci-dessus, à une typologie détaillée.

 

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Façade d’un immeuble rue Ghazzah, ville nouvelle

Un autre élément plein d’intérêt est constitué par les tours d’escaliers qui se projettent hors des façades de certains immeubles dont elles signalent ainsi la structure.

 

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Tour d’escalier, rue Abou Inane

Les espaces de circulation – halls, escaliers, cours –  peuvent se révéler intéressants à plus d’un titre.

 

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Hall de la Trésorerie

 

On retrouve ainsi un type de décor courant qui utilise, pour les sols, du « granito » de différentes teintes et des lignes de mosaïque suivant un schéma géométrique, et pour les murs, des zelliges.

 

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Cage d’escalier, rue al Kahira

 

Certains architectes se sont plu à mettre en scène de manière très théâtrale ces espaces : dans un certain immeuble du centre ville, pour traverser une cour située au 1ier étage de celui-ci, on emprunte une petite allée bordée de deux rangées de colonnes ornées de zelliges qui ne sont rien d’autre que les parties supérieures de conduits de cheminée qui émergent comme des icebergs.

 

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Conduits de cheminée sur une terrasse

 

Dans un autre immeuble, on découvre après avoir gravi une volée de marches droites sans fantaisie aucune, un vaste palier d’où partent théâtralement deux autres escaliers sinueux que l’on n’attendait pas là.

Le mobilier de ces espaces, le plus souvent de bois ou de fer forgé, est parfois bien conservé et comporte pêle-mêle lustres, rampes, portes et leurs poignées, boîtes à lettres, ascenseurs… On entre dans le bureau du  conservateur du musée archéologique par une belle porte en bois dont le centre est orné d’une enveloppe de cuir rembourré, et juste au-dessus subsistent les deux petits signaux lumineux – vert et rouge – qui devaient sans doute en autoriser l’entrée.

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Lustre en fer forgé, rue Moulay Youssef

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Elégante rampe d’escalier en fer forgé, quartier Océan

Les balcons, terrasses, auvents, pergolas, systèmes d’aération présentent une grande variété de formes et ces architectes qui oeuvraient dans un pays chaud ont multiplié les solutions pour ouvrir les logements sur l’extérieur.

 

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Voûte percée de la kissaria, cité Ecochard

 

Il apparaît donc que les champs d’investigation qui pourraient permettre de mieux connaître cette architecture à Rabat sont vastes et nombreux. Pour poursuivre cette enquête, un certain nombre de ressources documentaires sont disponibles. Les archives du protectorat au Maroc, suivant un document consultable sur Internet, sont conservées pour une part à Nantes, et pour une autre part au Maroc : « Ont été laissés aux administrations marocaines les papiers des directions « techniques » ».On peut retrouver l’histoire de ces archives à l’adresse suivante :http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/III_-_Protmand_modifie_maroc.pdf Plusieurs bibliothèques à Rabat  conservent des archives de cette période ou des ouvrages relatifs à l’architecture coloniale (la plupart des fonds que l’on peut trouver au Maroc figurent sur le site www.fondation.org.ma) :Le Centre Jacques Berque pour les Etudes en Sciences Humaines et SocialesLa bibliothèque La SourceLa bibliothèque nationale du MarocA Casablanca, la bibliothèque de la Fondation du roi Abdul Aziz Al Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines est aussi riche en documents de cette époque.D’autres bibliothèques sont dotées de fonds récents, comme le centre de documentation de l’Ecole Nationale d’Architecture. Les fonds de cartes postales et de photographies sont nombreux.La Fondation de la Banque Populaire pour l’Education et la Culture à Casablanca possède 35 000 clichés qui s’étalent de la fin du 19ième siècle à 1957 issus de la collection personnelle du photographe Marcelin Flandrin, acquise en 1994. De plus, le centre des Etudes Arabes de Rabat possède un fonds très intéressant de photographies prises par le photographe semi-officiel de la Résidence dans les années 40.Nombreux également sont les collectionneurs actuels qui chinent dans les brocantes en France pour retrouver le passé de la capitale à travers les cartes postales de la première moitié du XXième siècle.

En conclusion me serait-il permis de soulever quelques idées de pistes à suivre sur ce sujet ?

En tout premier lieu, un vaste projet de rénovation de la corniche de Rabat étant sur le point de débuter, il me semblerait judicieux de faire une étude de cette partie de la ville qui comporte encore aujourd’hui des vestiges de l’architecture coloniale, comme l’hôpital Marie Feuillet, l’hôpital Moulay Youssef, la cité Ecochard, le quartier Hay Atiq, le cinéma Rif, le cimetière européen, des abris des anciens camps militaires, etc.

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Porche d’entrée du cimetière européen agrémenté de l’inscription “Pax”

Dans la même optique, celle de garder la trace d’un certain aspect d’une ville en mutation, on pourrait souhaiter étudier par exemple les villas de l’Agdal, où les dernières qu’il compte semblent destinées à être englouties sous l’effervescence immobilière.Le quartier Océan, il y a encore peu riche en bâtiments du Protectorat, voit aussi ses derniers immeubles de cette époque céder du terrain devant les assauts des promoteurs. Les immeubles qui y subsistent, en sursis, peuvent aussi faire l’objet d’une étude.

Deux pistes supplémentaires, entre autres : les espaces de circulation dans les immeubles de rapport à l’époque coloniale dans le centre ville de Rabat, les lieux de culte édifiés à cette époque, ou encore les établissements scolaires, ce qui serait l’occasion de faire en parallèle une étude historique intéressante de l’enseignement sous le Protectorat, etc.

Début d’état des lieux de l’architecture sous le Protectorat à Rabat (2/3)

novembre 11, 2007

Le patrimoine bâti rbati datant du Protectorat est d’une grande diversité, les colonies ayant constitué un champ d’expérimentation pour des architectes qui en métropole ne jouissaient pas de la même liberté de créer. Des édifices ont été prévus pour tous les aspects de la vie sociale, chacun étant lié à sa manière à l’histoire du Protectorat. Plusieurs styles se distinguent, empruntant – en les renouvelant et en les mêlant parfois – des références aux architectures contemporaine ou passée.

Les bâtiments peuvent donc d’abord se distribuer selon la fonction qu’on leur attribue. Rabat, capitale politique et administrative dès le Protectorat, compte plusieurs lieux de pouvoir réservés à l’exercice de l’autorité : la Nouvelle Résidence, palais situé au milieu de vastes jardins et demeure du Résident Général, le général Lyautey jusqu’en 1925, aujourd’hui ministère de l’Intérieur ; le Parlement, sur l’Avenue Mohammed V ; l’Etat Major…

 Les bâtiments à vocation administrative sont également nombreux : ministères, offices, (centrale, de la Résidence), trésorerie…

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Trésorerie, Avenue Mohamed V

Sur la corniche se disséminent plusieurs bâtiments militaires, comme l’hôpital militaire Marie Feuillet (quartier Océan), les abris des camps Garnier et Sartiges.

Rabat compte dans ses murs plusieurs édifices cultuels : chrétiens (cathédrale Saint Pierre, église saint Jean, église saint François, temple protestant rue Allal Ben Abdallah, église russe orthodoxe place Bab Tamesna) ou musulmans, lors de la construction de grands ensembles au caractère néo-traditionnel (Diour ejjamaa ; cité Ecochard)…

 

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Mosquée, cité Ecochard

   

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Temple protestant, Avenue Ben Abdallah

L’actuel Centre de Documentation appelé « La Source » s’est installé dans un ancien monastère, qu’est également l’institution Sainte Marguerite Marie.

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Monastère La Source, Avenue du Chellah

 

Les autorités du protectorat ont également fait construire des hôpitaux, comme l’hôpital Marie Feuillet (déjà cité),  l’hôpital Moulay Youssef (quartier Akkari), la clinique du Chellah (place Moulay Hassan)…

On peut évoquer également des établissements scolaires et d’enseignement comme le lycée Moulay Youssef, le lycée Gouraud avenue du Chellah, le collège Yacoub el Mansour, ou encore « l’école des langues arabe et berbère » (ancien Institut des Hautes Etudes Marocaines devenu la faculté des Lettres de l’Université Mohammed V dans l’Agdal)…

 

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Etablissement scolaire Yacoub el Mansour

Le musée archéologique est vieux de plus de 70 ans.

De très nombreux hôtels subsistent de cette époque : le plus célèbre est celui appelé « La Tour Hassan », mais d’autres, aux façades élégantes, sont visibles dans le centre ville comme les hôtels d’Orsay, Majestic, Gaulois, Royal, de Paris, Splendid, Velleda, de la Paix, l’hôtel Transatlantique (aujourd’hui des Oudaïas), ainsi que l’ancien « Maroc-Hôtel » qui ne reçoit plus aucun voyageur.

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Hôtel d’Orsay

Evoquons ensuite les bâtiments liés aux transports publics, comme bien sûr la gare de Rabat-Ville.

A découvrir encore : des bâtiments qui ont une fonction commerciale ou industrielle : le marché central, à l’entrée de la médina, le garage Renault « Godefin », les établissements Vidal, spécialisés dans la fabrication de pièces mécaniques, avenue Al Maghreb Al Arabi.

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Gare de Rabat-Ville

 

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Etablissements Vidal

Il faut citer les lieux de divertissement comme l’ancien théâtre « Renaissance » dont la façade a été modifiée et à laquelle on a ajouté un étage, le cinéma Royal, l’ancien cinéma alhambra, aujourd’hui Rif, qui date des années 40…

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Cinéma Rif

L’architecture résidentielle se répartit entre immeubles de rapports, très nombreux et de tous styles, et en villas, plus dispersées.  

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Immeuble avec tour d’escalier, ville nouvelle

Enfin les jardins ont beaucoup compté dans l’urbanisme de Rabat à cette époque, car la capitale a été voulue comme une ville verte, une cité-jardin : on peut évoquer le célèbre jardin d’Essais, en réhabilitation actuellement comme je l’ai déjà précisé, le parc de Triangle de Vue (ou « parc de la Médina »), le jardin du Belvédère qui est sur le point d’accueillir la nouvelle Bibliothèque Nationale du Maroc, ainsi que les jardins de la Résidence (aujourd’hui ministère de l’intérieur). On pourra se référer aux travaux de Mounia Bennani qui a étudié « la fondation de la ville de Rabat à travers son système de parcs » (résumé consultable sur internet).

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Jardin d’Essais, Agdal

   

De styles variés sont les édifices cités ci-dessus : on peut en dénombrer cinq principaux, selon qu’ils s’inspirent de l’architecture européenne ou traditionnelle, de l’architecture passée ou contemporaine. Ces styles précisément s’entremêlent pour donner forme à des édifices tout à fait originaux.

 Le style néo-mauresque est du point de vue chronologique le premier style que l’on peut citer. On l’appelle parfois le style arabisant (il a été qualifié en Algérie de style Jonnart, d’après le nom de l’architecte qui lui a donné sa marque). La structure des édifices pour lesquels on a choisi ce style est de nature européenne : le plan, l’élévation sont européens, avec des éléments classiques comme une corniche, un strict ordonnancement des ouvertures… Mais ils sont « habillés » de façon à leur donner un aspect « indigène », local. Ainsi, leurs murs sont d’un blanc immaculé qui rappelle celui des maisons de la médina. Le vocabulaire décoratif est emprunté à l’art islamique : frises et encadrements des fenêtres  végétales, arcatures, zelliges… Les bâtiments qui bordent l’avenue Mohammed V sont de cette sorte. 

 

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Encadrement de fenêtre, Banque du Maroc

Le style éclectique européen réunit et cristallise sur les façades de nombreuses citations empruntées aux styles européens hérités du passé : ce deuxième style de l’architecture coloniale mêle styles néo-renaissance, néo-baroque, néo-classique… A Rabat, certains bâtiments présentent un style néo-classique, comme l’ancienne cour d’Appel, aujourd’hui Ministère de l’Information. Auparavant, le cinéma « Renaissance » avait une façade qui évoquait l’époque du même nom. Certaines habitations, construites par des Espagnols, ont une allure tout à fait « hispanisante ».

  

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Maison hispanisante, quartier de l’Océan

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Ancienne Cour d’Appel, Avenue Mohamed V

Le style art déco géométrique reprend les grands principes du discours architectural européen des années 20 mais le simplifie, en insistant sur la régularité des lignes et la clarté des formes qu’il utilise.

 

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Façade art déco, rue Ghazzah, ville nouvelle

Le style moderniste se positionne dans la mouvance des travaux du Bauhaus. Ces édifices adoptent les principes novateurs de ce mouvement moderne, tout en retrouvant et assumant quelques caractéristiques propres à l’architecture marocaine.

 

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Bâtiment moderniste, rue Abdel Moumen

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Façade moderniste, ville nouvelle

Enfin, le style néo-traditionnel pastiche les formules architecturales traditionnelles des médinas, en apportant néanmoins quelques innovations qui n’affaiblissent pas l’identité marquée de ces ensembles. Diour ejjamaa, la cité Ecochard ou encore les maisons des cadres de l’Office Chérifien des Phosphates dans le quartier Akkari répondent à cette définition. Pas très loin, dans le quartier Yacoub el Mansour, on trouve encore dans le même style un pâté de maisons connu sous le nom d’Hay Atiq.

 

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Hay Atiq