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Etymologie du soleil couchant

mars 18, 2007

J’ai un petit peu de temps et je vous inonde donc d’articles et de photos sur mon blog que vous connaissez sous le nom suivant : “Au pays du soleil couchant”.

Mais au fait, pourquoi désigner le Maroc de cette façon ? Hein, hein…. Mystère…

En arabe, le Maroc s’appelle « ﺏﺮﻐﻣﻟﺎ  », « el maghrib » ou « maghreb », ce qui signifie l’ « occident ». Laissez-moi ici faire appel à mes talents de latiniste émérite et éclairer ce vocable du projecteur de la science étymologique : « occident » vient du latin « occido, is, ere » qui veut dire « tomber » et lorsqu’on parle des astres « se coucher ». De la même façon, l’origine du terme« orient », c’est le verbe « orior », « se lever » en parlant des astres, et aussi par la suite « naître, commencer »… L’occident, c’est donc le lieu où le soleil « tombe », se couche, et l’orient, celui où il se lève, « naît ». Rien d’extraordinaire.

 

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Les Grecs pensaient d’ailleurs que le soleil, sur son char radieux, radiant et rayonnant, s’élançait dans le ciel d’un point quelque part à l’est (l’Ethiopie ou l’île d’Aéa), parcourait tout l’orbe du ciel – il voyait tout ! – puis plongeait pour se reposer dans la mer Méditerranée à un endroit que les Anciens désignaient sous le nom de « colonnes d’Hercule » et qui correspond au détroit de Gibraltar.

 

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C’est au cours de son combat contre Antée, le géant qui tirait sa force de sa mère la Terre, qu’Hercule, nous dit la légende, ouvrit d’un coup d’épaule le détroit. Il édifia ensuite les deux colonnes, l’une sur la côte européenne (Gibraltar), l’autre non loin de Tanger et Ceuta (le mont Abyle, aujourd’hui Djebel Musa). Il revenait du jardin des Hespérides où il était allé dérober les fameuses pommes d’or. On situe celui-ci entre Ceuta et Lixus. Le jardin des Hespérides est marocain : c’est-y pas une nouvelle, ça ?

 

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Et d’ailleurs, si l’on s’intéresse une seconde (ce n’est pas de trop) aux fameuses Hespérides et à l’étymologie de leur nom, on s’aperçoit qu’il dérive du mot grec qui signifie « soir » : « espera », « hespera », qui a donné « vesper » en latin et « Vêpres » en français,  et on comprend que les Hespérides ne sont autres que… les « nymphes du couchant ». CQFD.

Le premier explorateur a avoir franchi les colonnes d’Hercule pour découvrir le vaste monde, c’est Pythéas, un navigateur marseillais, en -330 : rendons-lui ici hommage et proposons à Thalassa de lui consacrer un numéro, ça lui fera plaisir.

 

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On peut visiter, non loin de Tanger, un site archéologique qui se nomme « les grottes d’Hercule ». Il remonte à la préhistoire, il fut notamment une carrière d’où était extrait de la roche pour façonner des meules à grain et ce site touristique est aujourd’hui sous les projecteurs car ses abords et son accès vont être repensés et réaménagés.

Et pour clore le dossier Tanger, n’oubliez pas « Tanger 2012 » : Tanger est candidate pour accueillir l’Exposition Universelle en 2012. Si Bertrand D. pouvait nous donner un petit coup de pouce…

 

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Je ne connais pas beaucoup d’arabe (qui appartient aux langues chamito-sémitiques dont font partie également l’hébreu et le berbère, toutes les trois langues cousines, c’est important de le signaler), mais j’en conclurais que l’étymologie d’« el maghrib » est semblable à celle d’« occident ». Si vous avez plus d’informations sur celle-ci, n’hésitez pas à m’en faire part.

Mais au fait, si « el maghreb », c’est le Maroc, comment dit-on le « Maghreb » en arabe ? En fait, c’est le même mot. Mais pour distinguer le pays de la zone géographique regroupant le Maroc, l’Algérie et la Tunisie (auxquels on ajoute pour former le « Grand Maghreb » la Mauritanie et la Lybie), on appelle le Maroc : « el Maghreb el Aqsa », ce qui signifie « le couchant extrême », l’extrémité du couchant. Et le Maroc n’est pas seulement le pays le plus à l’ouest du monde connu dans l’Antiquité grecque : c’est aussi et surtout le pays le plus occidental du monde arabe et de l’empire islamique tel que celui-ci se forma au VIIième siècle.

S’il existe un « Couchant » dans le monde arabe, il devrait bien exister un « Levant » ! C’est le « Machrek » (ou “Machreq”, “Mashreq”… ) qui désigne – si vous avez bien compris – l’« Orient  » arabe, depuis l’Egypte jusqu’à l’Irak.

 

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Enfin je vous parlerai de la manière dont on désigne ce qui est occidental au Maroc. L’occidental, c’est le « roumi », par opposition à ce qui est « beldi », traditionnel, « du pays » (le « bled »). Ainsi, dans certains salons marocains, on trouvera à la fois un salon « roumi », à l’occidentale, canapé trois places plus deux fauteuils, et un salon « beldi », conforme à la tradition, à savoir des banquettes en U qui courent le long du mur tout autour de la pièce, avec des tables rondes de tailles différentes au milieu sur un grand tapis, comme j’ai la chance d’avoir chez moi. « Roumi », ça ne vous fait pas penser à quelque chose ? Si vous avez fait l’Ecole du Louvre spécialité Arts de l’Islam, ça vous fera penser aux Seljouqides de Roum, qui régnaient au XIIième siècle en Asie Mineure. Sinon, vous trouverez peut-être que le terme ressemble étrangement au latin « Romanus », « romain », d’où le mot « roumi » vient : la boucle est bouclée, retour au monde antique.

 

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Pour illustrer ce brillant exposé dont je suis très fier, je l’ai agrémenté d’une poignée de couchers de soleil du Maroc : à Azrou (moyen Atlas, avec le rétro), à Témara (une plage a sud de Rabat, avec un ciel tout rouge), aux abords du quartier r’bati Océan (avec les rochers), à El Jadida (quel skyline !), à Salé (vu du borj, avec le mur de pierres à gauche), et bien sûr dans le désert entre Zagora et Ouled-Driss.

Une palette infinie, une partition sans double barre.

Aux portes du désert

mars 17, 2007

Alors que mes piqûres de puce de dromadaire s’estompent peu à peu en même temps que le « choc » occasionné par le dépaysement extrême ressenti lors de ma récente traversée du désert entre Mhamid à Zagora, j’ai repris, rêveur, le boulot. A vrai dire, à mon retour, mon corps était bel et bien à Rabat, mais mon esprit et mon cœur contemplaient encore la voûte étoilée au coin d’un feu de bois dans le Sud marocain.

Là-bas, à Zagora, petite bourgade de 5000 âmes, j’étais à 11 jours de marche de Rissani, à 28 jours d’Agadir et à 52 jours de Tombouctou, comme l’affiche un panneau ancien et fameux de Zagora, dont le Guide du Routard affirme qu’il a été détruit lors de la construction de l’hôtel de ville, mais qui en réalité n’a été que déplacé dans la ville. D’ailleurs, il y en aurait, parait-il, plusieurs reproductions.

Mon épopée à moi a duré cinq jours, temps nécessaire pour traverser des champs de dunes piqués de tamaris, le reg (un plateau caillouteux), une barre montagneuse (le djebel) et pour finir une palmeraie, aux abords de Zagora, et parcourir en tout environ 80 km.

J’ai choisi de faire appel à une agence de Zagora qui consacre une partie du prix payé pour les randonnées, comme je l’ai lu dans le guide, au financement de projets locaux de développement, notamment au Niger et au Mali, où la pauvreté est plus grande encore que dans la région autour de Zagora (soyez attentifs : je vous reparlerai un peu plus bas du Mali et de Tombouctou). Car celle-ci est aussi, il faut dire, assez déshéritée. Pauvre en richesses naturelles, un ami m’a dit qu’elle était appelée à l’époque du Protectorat « le Maroc inutile ». Ne nous arrêtons pas à cette vision des choses toute comptable : en réalité elle est riche de paysages bouleversants de beauté et de grandeur, et je peux dire que j’ai fait là-bas de vraies rencontres.

Mon épopée a commencé dans un bivouac situé à 5 mn d’Ouled-Driss, au creux d’une palmeraie arrachée au désert. Ce bivouac était pourvu de plusieurs khaïmas (tentes des nomades du Sahara). J’y suis resté une journée pour attendre le guide.

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J’ai eu le temps de me promener dans la kasbah d’Ouled-Driss et d’admirer l’architecture traditionnelle en pisé. La kasbah, habitat fortifié, est armée à chacun des coins du quadrilatère qu’elle occupe, d’une tour de guet. Elle est divisée en plusieurs quartiers qui autrefois étaient fermés par d’épaisses portes la nuit. Les maisons s’organisent autour d’un puits de lumière central, possèdent un étage, et leurs terrasses ceintes de hauts murs pour se protéger des regards extérieurs forment une dernière pièce à part entière.

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Pour entrer dans ces maisons, il faut d’abord pénétrer dans des rues couvertes, sombres et fraîches, mystérieuses et rassurantes. On plonge tout d’abord dans l’obscurité, puis tout d’un coup on est ébloui par le soleil qui perce à travers un puits de lumière, et ensuite on est émerveillé par un rayon de lumière qui s’échappe du monde extérieur par la petite ouverture qu’une fissure dans le mur a oubliée.

 

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Je voulais visiter le musée « Big House » référencé dans mon guide, une initiative privée motivée par le passage des touristes, qui présente selon l’ouvrage de précieux objets de la vie quotidienne dans une très ancienne maison traditionnelle. Mon accompagnateur m’a conduit dans une très belle et très antique maison traditionnelle, où le jeune et très dynamique propriétaire des lieux m’a fait visiter la modeste mais touchante collection qu’il a rassemblée à l’étage.

 

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Il m’a ensuite offert un thé, comme à tous les visiteurs (j’ai même eu droit avant la visite à un bout de ghraïf sherma, mot à mot « crêpe à la graisse », la « pizza marocaine » d’après mon hôte, dont je suis un fervent amateur, mais celle-ci était plus épicée que celles que je mange à Rabat). Et puis on a discuté, avec beaucoup de naturel. J’ai ainsi appris que le propriétaire avait créé ce joli musée en raison de la venue de touristes et pour gagner sa vie et celle de sa famille. Mais il m’a aussi appris qu’un autre musée du même type se trouvait à Ouled-Driss, que chacun avait ses visiteurs, son « réseau », et qu’ils se faisaient concurrence. J’aurais bien aimé voir ce deuxième musée, qui devait être le musée « Big House » du guide, mais je ne l’ai pas demandé à mon accompagnateur du bivouac. Dans ces cas-là, même quand on visite deux musées semblables, on trouve toujours des différences, des spécificités : d’ailleurs, celui que j’ai visité avait un atout incontestable : des peintures murales au rez-de-chaussée qui avaient l’air très intéressantes. Malheureusement, je n’ai pas eu la présence d’esprit de demander au propriétaire de m’en dire plus. J’y retournerai.

 

 

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Peut-être qu’entre temps le fils du propriétaire du premier musée aura demandé la main de la fille du propriétaire du deuxième et qu’ainsi les deux musées auront fusionné pour faire naître un pôle culturel à Ouled-Driss. Il ne sera toutefois pas aussi complet et authentique que l’imposant musée qui a vu le jour à Tissergate à 8 km au nord de Zagora et dont je vous reparlerai prochainement.

Que vous montrent les photos que je fais figurer ici ? Tout d’abord la palmeraie au bivouac d’Ouled Driss, avec le blé en herbe éclairé par une lumière de fin d’après-midi. Ensuite, c’est une tour de guet et l’ouverure du puits de lumière sur la terrasse du musée, du même endroit une vue de la palmeraie avec un p’tit oiseau qui n’arrêtait pas de bouger, une ruelle de la kasbah dont la couverture s’est écroulée en un endroit, un surréaliste rayon laser à l’entrée du musée, quelques pièces du musée (vous apercevez des barattes), une vue du puits central, les peintures murales au rez-de-chaussée, et enfin pour finir, et pour vous faire patienter avant mon prochain article… une fleur du désert.

 

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La prochaine fois, je commencerai à vous conter par le menu la randonnée elle-même. Mais avant de vous quitter, et pour en revenir virtuellement à Tombouctou, avant peut-être un jour d’y mettre réellement les pieds (mes pensées survolent encore le Sahara, entre Maroc, Algérie, Mauritanie et Mali…), je voudrais vous parler d’un article du monde diplomatique sur lequel je suis tombé et qui évoque le trésor – en péril ! tout est toujours en péril… snif ! – inestimable que recèlent les greniers des vieilles familles de Tombouctou : des manuscrits ! très anciens pour certains (XIIIième siècle), témoins du commerce caravanier transsaharien et d’échanges fructueux entre différents mondes, et qui remettent en cause l’idée selon laquelle le patrimoine africain subsaharien n’est à cette époque-là qu’oral… Plongez-y ! Je ne vous dis que ça. L’Unesco est au courant, il s’en occupe (mais avec beaucoup d’autres choses). Des fondations privées se créent à Tombouctou pour les conserver. Je laisse la parole au journaliste auteur de l’article Jean-Michel Dijan : « Parviendra-t-on à sauver les précieux manuscrits de Tombouctou ? Pour préserver ce fabuleux patrimoine, 4,5 millions d’euros sont nécessaires. Une somme soixante fois inférieure à l’augmentation de capital que vient de réclamer Disneyland Paris à ses actionnaires pour renflouer son parc d’attractions… »

http://www.monde-diplomatique.fr/2004/08/DJIAN/11470

A bon entendeur, salut.