Voici le premier épisode d’un récit intitulé Harfleur 1415 et traitant du siège qui a asphyxié la ville l’année en question. Du point de vue de la présentation, il s’agit d’un « traitement », terme de technique scénaristique dont je retranscris immédiatement une définition glanée sur internet : « texte qui résume chaque scène, une par une et dans l’ordre, qui décrit toutes les actions, qui suit le récit pas à pas ; c’est une sorte de scénario sans dialogue ; c’est la dernière étape avant la continuité dialoguée ».
Je publierai régulièrement de nouveaux épisodes. Ô lecteur de passage, toi qui as daigné poser tes yeux sur cet humble écrit, n’hésite pas à me faire des remarques constructives, qu’elles soient d’ordre historique ou scénaristique.
Episode 1 :
La proue d’un bateau traverse un banc de cygnes.
Les falaises
Le matin. Un jeune homme, Jacques, son jeune frère d’une dizaine d’années et leur petite sœur, âgée seulement de quelques années, encadrent un troupeau de moutons sur le chemin du pâturage. Ils plaisantent et rient.
Harfleur, place principale, au bord de la Lézarde
Une vive animation remplit la ville. Des commerçants interpellent les passants depuis leur étal. Des jongleurs et acrobates se donnent en spectacle. Il y a foule sur la place. Les gens discutent, se disputent et rient. Un son de trompette se fait entendre. Un héraut apostrophe la population. Les gens s’ordonnent les uns les autres de faire silence. Un jongleur ambulant, François, condamné à mort, est conduit à la potence par ses bourreaux, sous les yeux pleins de larmes d’une diseuse de bonne aventure, Fadéla, sa sœur. Suivent les notables de la ville. La femme réussit à s’approcher de lui et lui dit en pleurs à quel point elle l’aime. Elle est rudement écartée par des soldats.
Harfleur, auberge des Portugais
Un groupe de soldats se trouve à une table autour de verres de vin. Ils sont saouls. Ils sont tristes. Ils se chamaillent à propos de la force militaire des Anglais. Deux d’entre eux, Robert et Henri, en viennent aux mains. La cabaretière, Brigitte, une forte femme, les sépare. Elle les chasse de son auberge.
Le clos aux Galées, port d’Harfleur, navire de pirates
Un navire s’apprête à prendre la mer. L’équipage s’affaire. Un moine, Abélard, accompagné d’une femme et d’un bébé, interpelle le capitaine depuis le quai. Ils veulent qu’il les emmène. Ils s’entendent sur le prix de la traversée. Le capitaine du navire les conduit à un endroit où ils puissent se reposer. Le navire sort du port. Le moine quitte sa bure et revêt à la place des habits de bourgeois. Il la jette à la mer. Il prend contre lui le bébé et donne un baiser à la femme.
Les falaises
Les deux frères et leur sœur font la sieste après avoir déjeuné dans le pâturage. Le garçon d’une dizaine d’années se lève le premier. Il se rafraîchit avec l’eau de sa gourde. Il réveille son frère en l’aspergeant avec un peu d’eau. Son frère est un peu en colère et se met à le poursuivre sans relâche, dans la prairie au bord de la falaise. Ils piaillent et chahutent. Leur petite sœur est à son tour éveillée par le bruit qu’ils font. Le regard de cette dernière est attiré en direction de la mer. Elle les appelle et leur montre du doigt le large. L’horizon est barré d’une forêt de voiles blanches, 1600 navires.
Le Louvre
Charles VI est en proie à une crise de folie et de désespoir. Sa femme Isabeau et sa fille Catherine sont à son chevet. Les gentilshommes du royaume réunis en conseil discutent de l’ultimatum arrivé à échéance du roi Henri V et du danger imminent d’une invasion. Ils supputent l’endroit où les Anglais débarqueront et hésitent entre le Cotentin et Calais, place forte anglaise. Un conseiller tente de parler au roi, sans résultat.
La plage
Les soldats expulsés de l’auberge décident de passer l’après-midi et de finir leur bouteille sur la plage. Ils sont pris en chemin par un paysan sur sa charrette. Ils continuent leur dispute tout au long de la route, bouteille à la main. La charrette arrive aux abords de la plage. Le paysan s’arrête. Les deux compagnons s’en aperçoivent soudain et lui demandent ce qu’il se passe. Tous contemplent médusés le spectacle des 1600 navires qui barrent l’horizon.
Flotte anglaise, navire « La Trinité »
Henri V communie sur le pont de son bateau en compagnie de ses gentilshommes. Ses troupes sont elles aussi en prière. Il revêt son armure. Il observe les côtes françaises qui se rapprochent, en tenant un chapelet dans la main. Il observe la localité appelée Chef-de-Caux où il souhaite aborder. La bannière de conseil est hissée. On lui demande s’il faut commencer le débarquement. Il répond que non. Interdiction formelle est faite de descendre des bateaux avant le lendemain matin. Il demande à ce qu’un groupe de cavaliers soient simplement envoyés comme éclaireurs. John de Holland prend la tête de ce groupe de cavaliers. Le roi d’Angleterre réunit et harangue avec ferveur ses soldats qui se trouvent sur le bateau : cette expédition n’est que la première étape d’une croisade contre les Turcs.
Le navire de pirates
Sur le fleuve, le navire de pirates vogue en direction de la mer. Le moine défroqué va voir le capitaine. Celui-ci s’étonne de le voir dans sa nouvelle tenue. L’autre lui demande de l’accepter comme membre de son équipage. Le capitaine rit aux éclats. Abélard insiste. Le capitaine s’en éloigne en le bousculant avec mépris. Une croix reliquaire en or et pierreries s’échappe de la bourse d’Abélard. Celui-ci se précipite et tente de la dissimuler sous ses vêtements. Ils sont interrompus par la vigie qui les apostrophe en dirigeant son doigt vers l’horizon. Il leur montre les 1600 navires anglais qui leur bloquent toute sortie vers le large.
Harfleur, place principale
Fadéla, qui ne peut regarder plus longtemps le spectacle de son frère prisonnier sur le point d’être exécuté, s’échappe en courant de la foule des badauds. Elle se heurte à un individu. Elle le connaît. Elle l’appelle Raoul. Elle le supplie de sauver son frère. Il lui dit de le laisser tranquille. Elle s’enfuit désespérée. L’autre va retrouver des compagnons et leur demande s’ils ont prêts. Il s’approche d’un ours et lui parle à l’oreille en le caressant.
Les falaises
L’aîné dit qu’il faut se rendre le plus rapidement possible à la ville pour prévenir les habitants. Les enfants se mettent en chemin à marche forcée. Des cavaliers anglais surgissent de sous-bois et se dirigent vers eux. Jacques prend sa sœur dans un bras et son frère par l’autre main et se met à courir. Les enfants s’enfuient et s’engouffrent dans les sous-bois. Ils sont poursuivis, l’aîné est contraint de lâcher la main de son frère, ils se séparent. Jacques perd de vue son frère, sa sœur pleure. Ils dévalent une ravine où les cavaliers ne peuvent les suivre.
Harfleur, place principale
Le condamné est sur une estrade avec le bourreau. Celui-ci lève sa hache et est prêt à l’exécuter. Un ours fait irruption dans la foule en rugissant. Le bourreau et les soldats sont pris pour cibles avec des cailloux et assommés. Un fil est tendu entre deux maisons opposées de la place. Un funambule avec un couteau glisse sur elle jusqu’au condamné qui lève en l’air ses poignets entravés. Le funambule, Charles, parvient presque à détacher son ami. Mais d’autres soldats arrivent. L’ours s’enfuit, le funambule, dont le fil a été coupé, fait de même dans le sillage de l’animal. L’exécution reprend. L’homme est à nouveau sur le point d’être tué.
Une ferme
Jacques arrive chez sa mère, Elise. Il la prévient de l’arrivée des Anglais. Elle le questionne sur son frère, il raconte ce qui s’est passé, il répond qu’il ne sait pas ce que les soldats en ont fait. Il laisse sa petite sœur à sa mère. Il emprunte un cheval de trait à un voisin après l’avoir mis au courant. Il arrive en ville. D’autres arrivent aussi, venus des alentours dans le même but, celui d’avertir la population.
Harfleur, place principale
Le bourgmestre donne le signal de l’exécution. Le bourreau soulève sa hache. Des paysans arrivent et mettent la population au courant du rassemblement des 1600 navires. Celle-ci est prise de panique. L’exécution est interrompue. Le bourgmestre donne des instructions. Il faut accueillir la population des alentours et préparer la défense de la ville.
Même ferme
Un peu plus tard, Jacques rejoint sa mère dans leur ferme. Il l’interroge. Elle lui dit qu’elle ne sait rien.
A suivre…









































































