Un thé au café maure des Mérinides

décembre 5, 2014

Actuellement et jusqu’au 15 décembre 2014 est présentée à la galerie Kacimi de Fès, dans le cadre des 8èmes rencontres internationales de la photo, une exposition de très grande qualité présentant des clichés de paysages et de monuments marocains datant des années 50.

Maroc années 50

Parmi ceux-ci figure une photo de Jean Belin, photographe de la Résidence, intitulée « Vue du café maure, Fès ».

Café maure mérinides jean belin

Quand je l’ai découverte, elle m’a tout de suite rappelé une autre photo que j’avais publiée sur ce blog en 2008 dans un post titré « Ces photos ont 57 ans ! ». C’était une photo dont j’avais fait l’acquisition sur ebay et où l’on voit un groupe de voyageurs en train de poser sur la terrasse du café.

Fez groupe pris au Café Maure 29-4-51

Et ça m’a donné l’envie d’en savoir plus sur ce fameux « café maure » de Fès.

Il s’agit du « café maure des mérinides », qui devait occuper, peu ou prou, l’espace qu’occupe aujourd’hui l’hôtel des Mérinides.

Sur un forum du site de l’Adafès, on peut lire qu’il a été ouvert en 1932 ou 1933, et l’on voit sur la même page une photo de 1930 montrant la colline encore vierge de bâtiments :

http://adafes.com/forum_adafes/read.php?4,3034,page=2

Voici également une publicité qui le présente au plus grand nombre : elle est parue dans un guide du Maroc datant de 1935.

03-gui1140-gui14Pub café maure

Cette publicité est illustrée par la photo de la terrasse du café où sont assis, à droite et à gauche, deux hommes en djellaba. Elle donne aussi le nom du propriétaire, Tayeb Bouayad.

J’ai retrouvé cette photo sur google images :

Photo pub café maure

Ce n’est pas la seule photo du café maure que l’on peut glaner sur internet. Il s’agissait d’un lieu très touristique. Il figure sur de nombreuses cartes postales. L’étape qu’on y faisait couronnait peut-être le tour des remparts de Fès qui constituait alors une attraction touristique très goûtée, comme on peut le lire dans l’ouvrage de Charlotte Jelidi , Fès, la fabrication d’une ville nouvelle, (1912-1956), Lyon, ENS Editions, 2012 :

« Le tour de Fès » est l’une des attractions phares de la ville vantée par les guides et brochures touristiques. « Promenade admirable », elle devient l’excursion obligée des voyageurs désireux de découvrir la ville ancienne. » (VII. Médina : patrimoine et urbanisme, un mariage de raison, p. 195-227).

La terrasse du café est d’ailleurs agrémentée d’une table d’orientation, ce que montrent les deux photos suivantes :

Café maure table orientation

Café Maure Table orientation 2

La vue sur la médina et les tombeaux des Mérinides (cf la carte ci-dessus) y est sans égale :

Café maure vue

Café maure vue 1

Café maure vue 2

Café maure vue 4

Le décor et le mobilier y sont caractéristiques, de la tonnelle aux petites tables et petits tabourets de bois, en passant par les treillis dressés pour dispenser une ombre légère.

Café maure tonnelle

Café maure ameublement 1

Ils rappellent tout à fait le café maure de la kasbah des Oudaïas à Rabat (les jardins des Oudaïas datent de 1920).

Café maure Oudaïas

L’appellation de « café maure » est d’ailleurs intéressante. Elle correspond bien à l’époque du Protectorat pendant laquelle ce bâtiment a vu le jour. Le café n’est « maure » que pour les colons en quête d’exotisme. Il devient un lieu orientaliste, sur lequel les colons projettent leur idée de « l’étranger ».

Aujourd’hui, c’est l’hôtel des Mérinides qui s’élève à sa place, et ce depuis les années 70 :

Hôtel Les Mérinides

Aujourd’hui certains architectes imaginent même comment on pourrait l’agrandir (Proposition des architectes Mustapha Alaoui, Majd Berrada et Yachar Bouhaya pour la construction d’une nouvelle extension de l’hôtel les Mérinides à Fes) :

Extension hôtel mérinides

Une longue histoire donc.

 

 

Une vie de Mésaritès

octobre 15, 2014

Nicolas Mésaritès, écrivain byzantin méconnu…

Si vous voulez en savoir (un petit peu) plus sur sa destinée, voici sa biographie.

Nicolas Mésaritès naît autour de1163

aspron trachy théodore laskaris

Monnaie de Théodore Laskaris

L’architecture sous le protectorat à Fès

décembre 13, 2013

Lorsque je suis arrivé à Fès, je me suis promené dans les rues de la ville nouvelle en gardant le menton levé vers le ciel afin de repérer d’éventuelles plaques d’architectes. Mais je n’en ai découvert qu’une seule, bien précieuse, boulevard Hassan II.

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En la scrutant avec attention, à travers les coulures de peinture, je suis parvenu à distinguer plusieurs noms de famille : les Frères Suraqui, architectes S. P. A. F. (Société Professionnelle des Architectes Français) et Aynié, architecte.

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En faisant une recherche à propos de ces architectes, je suis tombé sur une mine de renseignements concernant l’architecture du protectorat à Fès : il s’agit de la thèse en doctorat d’histoire de Charlotte Jelidi, intitulée : LA FABRICATION D’UNE VILLE NOUVELLE SOUS LE PROTECTORAT FRANÇAIS AU MAROC (1912-1956) : Fès-nouvelle.

Vous pouvez la télécharger ici :

Thèse de doctorat d’histoire de Charlotte Jelidi Partie 1

Thèse de doctorat de Charlotte Jelidi Partie 2

Voici le titre de la première partie : 1ÈRE PARTIE : PLANIFICATION ET APPLICATION DES PLANS D’AMÉNAGEMENT OU LES DOCTRINES URBANISTIQUES CONFRONTÉES AU TERRAIN FASSI.

Dans la deuxième partie, on trouve les notices biographiques de nombreux architectes, un certain nombre de fiches présentant des bâtiments significatifs fassis datant de la période du protectorat, ainsi que de très nombreux photos, plans et cartes postales.

Le bâtiment des Frères Suraqui et de Pierre Aynié fait l’ojet d’une fiche : la n° 10 :

« Fiche 10 : IMMEUBLE BRAUNSCHVIG

Avenue de France, lot n°170 du secteur d’HC.

Architectes : Pierre Aynié et les frères Suraqui.

1928-1930

Georges Braunschvig, riche promoteur, acquière un terrain de 880 m2 sur l’avenue de France en 1927 dans le but d’y bâtir un important immeuble de rapport. A son décès, à Paris, en janvier 1928, quatre de ses héritiers reprennent son projet et demandent à leurs architectes de dresser les plans. En mai 1928, les frères Suraqui avec qui collabore l’architecte Pierre Aynié, proposent un dessin de façade aux références variées. L’ordonnance est d’inspiration néo-classsique. Les différents niveaux sont hiérarchisés, les colonnes abondent etc. Quant à l’ornementation, elle est particulièrement chargée : les piles des colonnes sont couvertes de marbre, les chapiteaux sont sculptés et imitent la pierre de Sefrou. Le premier étage est couvert d’une frise en imitation de pierre de Salé, sur les côtés des médaillons de zelliges polychromes, des ferronneries ouvragées, etc.

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Source : Immeuble Braunschvig, avenue de France, Plan dressé le 30 mai 1928, Suraqui, AMF, SAB,

Dossier du lot n°170 HC.

En dépit de leur renommée, les architectes sont contraints en octobre 1928, par le service des Beaux-Arts et Monuments historiques d’atténuer l’ornementation. Les autorités proposent de revoir la hiérarchisation des espaces, en gardant le nombre de travées mais en introduisant un jeu de saillie et de retrait, en traitant certaines travées en encorbellement.

A l’intérieur de l’immeuble, les architectes utilisent abondamment les zelliges, le marbre, le fer forgé, que le service des Beaux-Arts a refusé en façade.

Les fondations, la terrasse, les planchers et chaînages sont en ciment armé et béton, tandis que la maçonnerie en faite de moellons et de chaux hydraulique. Au rez-de-chaussée sont aménagés plusieurs magasins, le 1er et le 2nd étages sont occupés chacun, par deux appartements de cinq pièces et au 3ème étage sont aménagés deux appartements de quatre pièces. »

On voit sur les différentes photos que j’ai prises quelles concessions les architectes ont dû faire concernant l’ornementation en façade qu’ils avaient planifiée au départ. On s’aperçoit au contraire que le hall d’entrée et la cage d’escalier concentrent une décoration très soignée, avec un escalier plaqué de marbre ondulant délicatement, et une tout aussi légère rampe de fer forgé. Le plafond du hall présente des moulures raffinées.

ImageFaçade de l’immeuble

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La cage d’escalier de l’immeuble

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Plafonds moulurés

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Magasins sous les portiques

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Sous les portiques

On pourra trouver un article consacré aux frères Suraqui tiré du Maroc en 1932 à l’adresse suivante :

http://www.cemaroc.com/t25p20-le-maroc-en-1932

Le voici reproduit :

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