Bibliographie commentée

novembre 3, 2010

Voici une bibliographie commentée intéressant l’architecture du Protectorat à Rabat que j’ai commencé à rédiger il y a deux ou trois ans, lorsque je me suis lancé – à l’occasion d’un master – dans le projet d’établir un état des lieux de la ville dans ce domaine, que j’ai poursuivie par la suite, et que je livre aujourd’hui, encore incomplète :

Bibliographie commentée

 

  1. 1.                      Ouvrages de la période du protectorat

 

  1. a.           Publications de la Résidence Générale
  • ·       Mission scientifique du Maroc, Rabat et sa région, Résidence Générale
  • ·       Renaissance du Maroc, Dix ans de Protectorat, Résidence Générale

 

  1. b.           Autobiographies
  • ·       LAPRADE Albert, Lyautey urbaniste : souvenirs d’un témoin

Centre Jacques Berque

Résumé : mémoires rédigées pour le Maroc catholique suite à la demande d’ « un camarade de l’Ecole des Beaux Arts, officier de la guerre très grièvement blessé, jadis détaché [au] « Service des plans de villes » et devenu franciscain », qui racontent « l’historique de [l’]organisation des villes nouvelles au Maroc, de 1915 à 1920, sous la haute direction [du] Maître Prost ». L’architecte y raconte des anecdotes concernant sa rencontre avec le général Lyautey et son expérience auprès de Prost.

Points touchant note sujet d’étude : Laprade évoque aux pages 8 et 9 des difficultés d’ordre juridique rencontrées dans certaines villes, surtout à Rabat et Casablanca (p.10), au moment de créer un plan d’urbanisme : « Un Anglais, un Espagnol, un Allemand ou un indigène protégé allemand ne relevait que de son consul, construisait au beau milieu d’une avenue projetée par un Français, si tel était son bon plaisir. Ainsi en avait décidé le traité d’Algésiras. Les quelques rues amorcées essayaient d’éviter un étranger, zigzaguaient et finalement venaient buter contre un mur ». Il évoque aussi aux pages 13 et 14 les mesures de protection visant l’architecture traditionnelle marocaine, et l’équipe chargée de l’étudier qui en fit des relevés qui eurent une influence déterminante sur l’architecture coloniale « arabisante » : « Tout fut sauvé pour le plus grand profit de l’art et du tourisme, source de richesse qu’on ne saurait dédaigner. Avec Tranchant de Lunel, de La Nézière, Galotti, Ricard et toute l’équipe des monuments historiques, il fit une œuvre admirable, ajoutant même à la beauté existante, comme à Rabat, avec la création de cet adorable jardin des Oudaïas. »

  • ·       LYAUTEY, Paroles d’action

 

  1. c.            Etudes sur Rabat et sa région
  • ·       BEAURIEUX Rémy, Rabat, guide sentimental, Rabat 1928, Edition Moncho

Bibliothèque de la Source

Résumé : Rémy Beaurieux, entreprend, dans un registre à la fois poétique et ironique, la description de la ville de Rabat, en la fondant sur ses impressions personnelles, comme il l’explique dans l’introduction de son guide : « L’empreinte de Rabat, que je ne me suis jamais donné la peine de regarder est-elle assez profonde en moi pour que je me risque à proposer quelques cadres aux rêveries de ceux qui  auront le goût et le temps d’y flâner, ou qui, par aventure, y vivront comme j’y ai vécu ? Assez fidèle pour s’imposer, même à ceux qui ne me ressemblent guère, avec l’autorité du vrai ? Assez légère pour qu’à défaut d’autre chose, n’importe qui convienne du moins de mon ardeur et de ma nostalgie ? » (p. 10) Des poésies de l’auteur lui-même accompagnent le texte en prose (« Chanson de la Porte-de-la-Mer » pp. 30-31 ; « Méditation dans le cimetière de Salé » pp. 71-73). L’ouvrage se structure en plusieurs chapitres ayant chacun pour objet successivement : « La mer » ; « Le fleuve » ; des « Histoires à propos de Salé » ; la « Ville musulmane » ; les « Cimetières » ; la « Ville française » ; des « Conseils pour en finir ». Dans cette conclusion, l’auteur prend de la distance avec son projet d’écriture en invitant le lecteur à ne pas prendre ses écrits trop au sérieux : « J’ai jadis essayé de montrer à l’aide de quels procédés on arrivait à fabriquer un livre faux et séduisant, sans m’indigner outre mesure, comme il sied à quelqu’un qui en a vu bien d’autres et qui s’il ne prend pas Rabat ou les Heures marocaines pour un livre d’heures, y trouve un plaisir amusé » (p. 94).

Points touchant notre sujet d’étude : Quelques bâtiments et quartiers emblématiques de la ville coloniale sont très brièvement évoquées au cours de l’ouvrage, mais pas dans une perspective scientifique : l’hôpital Marie-Feuillet, « Des bâtiments officiels, des commodités : la Région, l’Abattoir, l’Hôpital, le Phare », le boulevard El Alou (chapitre « La mer », pp. 17-18 et « Ville française », pp. 80-81) ; le Club Nautique (« Le fleuve », p.24) ; l’avenue Dar el Maghzen (« Ville française », pp. 81-83). La partie la plus instructive pour le sujet qui nous intéresse est la « Ville française », qui contient plusieurs remarques sur l’architecture résidentielle de Rabat, sa solidité, sa décoration, le niveau sociale de ses habitants. L’auteur est d’ailleurs en général plutôt condescendant à l’égard de ces bâtiments : « Elle [La ville française] s’étend sur des espaces si vastes qu’il est bien difficiles d’en parler congrument autre part que dans un poème épique en vingt mille vers, pareil aux épopées hindoues. C’est d’ailleurs un poète qui l’a rêvée et qui l’a fait dessiner à sa guise. Partout où il a pu, il a su lui imposer son élégance. Mais il n’était pas en son pouvoir qu’on peuplât les terrains vagues de ces déshonorantes lapinières, suprême espoir du français moyen, décorées du titre de villa et, au choix, d’un nom de fleur ou du prénom de la patronne » (pp. 77-78), comme à l’égard de leur décoration : « Pour assortir ces masures à la couleur ou au décor, on a inventé une sorte de style bâtard, prétendu néo-mauresque, qui comporte un grand abus de l’ogive, des meurtrières en guise de fenêtres, des revêtements en carrelage de cabinet de toilette, et quelques timides essais de pergole (p. 78). La construction des bâtiments considérés ne semblent pas toujours d’une construction d’une grande qualité : « Parfois un jardin accroche les regards avec ses glycines et ses volubilis bleus. Mais quelle désolation si les fleurs répandent leur magique prestige sur ces demeures bâclées à la diable, titubant faute d’assiette, fendues en deux par les averses d’hiver comme par l’épée de Roland ! » (p. 78). Ce mépris ne concerne pas bien heureusement la totalité des constructions : « On peut admirer, du côté des Touargas surtout, quelques belles demeures à un étage, spacieuses et commodes, aux larges portes, aux larges baies, et sans ornements saugrenues, mais de pareilles constructions sont rares, élevées par le gouvernement du Protectorat pour ses hauts fonctionnaires, par les banques à leurs directeurs. Les particuliers, eux, ont souffert de la cherté des terrains, des matériaux, et de leur facile résignation au médiocre » (pp. 78-79).

  • ·       BORELY Jules, Notes sur Rabat
  • ·       CAILLÉ Jacques, La petite histoire de Rabat

Bibliothèque de la Source

Résumé : Jacques Caillé raconte l’histoire de Rabat depuis l’antiquité jusqu’au Protectorat, à travers un certain nombre de « petites histoires » ou anecdotes pittoresques qui l’ont jalonnée.

Points touchant notre sujet d’étude : Des pages 218 à 221, intitulées « Rabat capitale du Maroc », l’auteur évoque les circonstances et précise les considérations qui ont présidé au choix de la ville de Rabat comme capitale du nouveau Protectorat préférée à la vile de Fès : « Ainsi l’éloignement de Fès [recherché à cause d’un manque de sécurité], la situation de l’ancien port des corsaires, sur la côte atlantique d’où l’on pouvait facilement communiquer avec l’Europe et toutes les régions du Maroc, et aussi le souvenir de la grandeur almohade, ont dicté le choix du Maréchal Lyautey, qui allait orienter la ville de Rabat vers de nouvelles destinées. »

  • ·       CAILLÉ Jacques, La Ville de Rabat jusqu’au protectorat français
  • ·       LASVIGNE Maurice, Rabat-Salé. Promenades et simples esquisses
  • ·       MAUCLAIR Camille, Rabat et Salé
  • ·       NORMAND R., Rabat, les débuts d’une municipalité au Maroc
  • ·       PETIT Léon, Hinterland et Port de Rabat-Salé
  • ·       RABBE P. F., Sur les rives du Bou Regreg, Rabat, Salé, Chella
  • ·       ROUSSEL Lucien, Rabat en 1916
  • ·       TERRASSE Henri, À travers Rabat
  • ·       THARAUD Jérôme et Jean, Rabat ou les heures marocaines

 

  1. d.           Etudes sur le Maroc
  • ·       CHAMPION, Le Maroc et ses villes d’art : Tanger, Fès, Meknès, Rabat et Marrakech
  • ·       GALOTTI Jean, Le jardin et la maison arabes au Maroc
  • ·       GUERNIER Eugène, Maroc
  • ·       LEROUX E., Villes et tribus du Maroc
  • ·       PERIGNY, Comte Maurice de, Au Maroc – Casablanca, Rabat, Meknès
  • ·       VAILLAT Léandre, Le Visage français du Maroc

 

  1. e.            Ouvrages d’architecture et d’urbanisme
  • ·       LAFORGUE Adrien, Travaux d’architecture
  • ·       MARRAST Joseph (dir.), L’Œuvre de H. Prost, architecture et urbanisme, Paris, Académie d’architecture, 1960
  • ·       ROYER Jean, L’Urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux

 

  1. f.             Chapitre d’ouvrage collectif
  • ·       PROST Henri, Le développement de l’urbanisme dans le Protectorat au Maroc, in « L’Urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux »

 

  1. 2.                      Périodiques de la période du protectorat 1912-1956

 

  1. a.           Publications officielles
  • ·       “Bulletin officiel”, Rabat
  • ·       “Bulletin officiel de la société de géographie du Maroc”, Rabat
  • ·       “Annuaire économique et financier du gouvernement chérifien”, Rabat
  • ·       “Bulletin de la Chambre de Commerce et Industrie”, Casablanca 
  • ·       “Revue juridique et politique de l’union française”, Rabat
  • ·       “Comptes-rendus du Conseil du Gouvernement”, Rabat

 

  1. b.           La presse quotidienne
  • ·       “La Presse Marocaine”, Casablanca
  • ·       “La Vigie Marocaine”, Casablanca
  • ·       “Le Petit Marocain”, Casablanca
  • ·       “L’Écho du Maroc”, Rabat

 

  1. c.            La presse hebdomadaire
  • ·       “La Gazette Financière Marocaine”
  • ·       “Le Petit Casablanca”          
  • ·       “Le Maroc Socialiste”
  • ·       “Le Cri Marocain”
  • ·       “L’Étincelle”
  • ·       “Le Réveil de Mogador”

 

  1. d.           La presse mensuelle
  • ·       “France-Maroc”, Casablanca
  • ·       “L’Afrique Française”, Paris    

 

  1. e.            Revues d’architecture
  • ·       L’Afrique du Nord illustrée
  • ·       L’Architecture d’aujourd’hui
  • ·       L’Architecture française
  • ·       L’Architecture marocaine
  • ·       Bâtir, Revue marocaine d’architecture :

Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc

Principales caractéristiques : Il s’agit du supplément illustré de « L’entreprise du Maroc ». Six numéros sont parus. Chaque numéro comporte plusieurs rubriques : « Chantiers » (rubrique qui concerne principalement Casablanca, sauf quand une autre localisation est mentionnée), « L’architecture française à… », « Nos architectes », « Nos artistes »… Mais en premier lieu, ce sont les édifices nouvellement édifiés au Maroc par les architectes français qui sont étudiés, avec de nombreux photos et plans, sans qu’il soit fait allusion malheureusement aux emplacements précis de ces bâtiments.

Points touchant notre sujet d’étude : On peut faire une liste des différents édifices rbatis qui y bénéficient d’une notice : la Maison du Docteur Liouville, Villas…, la villa de M. Tanguy, chantier d’un immeuble par Laforgue (Bâtir n°2) ; immeuble de Mrs Djazouli (Bâtir n°3) ; un « Jardin de soleil » (école) (Bâtir n°4) ; le « Palais de Justice d’une Capitale », la villa de M. R. (Bâtir n°5) ; la Direction de la Santé et de l’Hygiène Publiques, l’annexe de la Direction des Travaux Publics, la Banque d’Etat (Bâtir n°6).

  • ·       Chantiers nords-africains
  • ·       La Construction au Maroc
  • ·       Construire
  • ·       Réalisations

 

  1. f.             Articles et numéraux spéciaux
  • ·       Le Maroc en 1932 – 20 années de protectorat français, in « L’Afrique du Nord illustrée », mai 1932
  • ·       Maroc, in « L’Architecture d’Aujourd’hui », n°35, 1951
  • ·       ARCOS D’, Le Maroc à la recherche d’une formule d’architecture, in « Les Arts et les Artistes, Revue d’Art de France et de l’Etranger », n°105, mars 1931
  • ·       BORY P., Rabat, in « Notre Maroc », mai-juillet 1953

Bibliothèque La Source

Résumé : Cet ouvrage est un numéro spécial de la revue « Notre Maroc » paru aux Editions Paul Bory : il est consacré à Rabat et décrit la capitale marocaine à l’époque de sa parution, l’année 1953, au fil d’une série d’articles dus à différents auteurs : « Rabat », par Louis Delau, « L’histoire de Rabat », par Jacques Caillé, « Naissance et organisation d’une ville capitale », par Charles Penz, « Rabat capitale », « Rabat 1953 », par Emile Laoust, « La Chambre française de commerce et d’industrie de Rabat », par A. de Peretti, « Rabat, ville industrielle », par Gaston Baruk, « La foire de Rabat », par Paul Jost, « Rabat, hier et aujourd’hui », « Un acte de foi en l’agriculture marocaine », « L’agriculture marocaine », « Les industries artisanales à Rabat », « Rabat touristique », par Jacques Caillé, « Organisation de la Santé Publique », « le problème de l’Installation de la Région Civile et des Services Municipaux », « L’enseignement technique à Rabat », « La vie intellectuelle à Rabat », « Rabat, capitale administrative des Assurances Marocaines », « 1913-1953, Quarante ans de progrès dans la meunerie ».

Points touchant notre sujet d’étude : Ce numéro est illustré de plusieurs clichés intéressant notre étude : la Résidence générale par Belin, les bâtiments de l’Office Chérifien des PTT, des photos aériennes par Agricolavia… On y trouve une publicité pour la Société Nord-Africaine des Constructions SNAC, 37 Avenue de Témara, avec une vue des bâtiments dessinés par Laforgue. Le contenu des articles nous renseigne surtout sur les différentes étapes de l’urbanisation de Rabat jusqu’en 1953 (« Rabat Capitale » p. 14 ; « Rabat 1953 » pp. 15 et 17 ; « Rabat, hier et aujourd’hui » p. 32).

  • ·       LUNEL, Tranchant de, Rabat, ville d’art, in « France-Maroc », sept 1917

 

 

  1. 3.                      Ouvrages récents

 

  1. a.           Ouvrages sur Rabat et sa région
  • ·       BURLOT Joseph, Découverte de Rabat, Editions « La Porte », Rabat, 1972

Résumé : Guide touristique de facture classique présentant l’histoire de Rabat, plusieurs itinéraires pour découvrir la capitale, Salé et leurs environs, fournissant des renseignements pratiques et des adresses utiles… L’auteur est né en 1941, agrégé de l’Université, ancien professeur au lycée Hassan II de Rabat et chargé au moment de la parution de l’ouvrage de cours d’Histoire musulmane à la Faculté de Lettres de Rabat.

Points touchant notre sujet d’étude : le guide aborde « la ville moderne de Rabat et Bab Rouah » p. 71-74 et en retrace de manière synthétique la genèse : « La capitale devait présenter un aspect élégant et coquet. Son objectif fut de tirer le meilleur parti de la topographie et de l’environnement historique. Comme l’altitude augmente progressivement de la médina au rempart almohade au Sud, la première idée fut de ménager des points de vue sur la ville ancienne, l’estuaire et l’océan, en créant trois grands parcs. Ensuite pour diverses raisons, on appliqua le principe de la séparation de la ville ancienne et de la ville nouvelle en sauvegardant les remparts que beaucoup étaient prêts à voir disparaître. Il fallait aussi mettre en valeur les monuments historiques : Tour Hassan, Chella et remparts en préservant de larges zones « non aedificandi » aux alentours.

L’idée géniale fut de faire traverser la ville par un chemin de fer presque entièrement souterrain : la gare pouvait devenir alors le centre de la nouvelle ville sans nullement gêner la circulation. On affecta ensuite une fonction bien précise à certains quartiers : entre la gare et le marché central, point de contact entre ville nouvelle et médina, devaient s’établir tous les services publics municipaux, les banques et les maisons de commerce. Plus haut au sud, entre l’enceinte du méchouar et la résidence, les grands services administratifs. Les quartiers militaires occuperaient le bord de mer à l’Ouest et un quartier universitaire était prévu dans la zone boisée au S-O des remparts.

Il fallait ensuite tracer les grands axes de communication ; on garda bien sûr le traditionnel axe Marrakech-Casablanca-Tanger, mais on le dédoubla : une voie suit les remparts andalous de la médina, une autre bifurque vers Bab Rouah, c’est l’avenue de la Victoire tracée en 1922. L’autre axe, Nord-Sud, suit les anciennes pistes conduisant des portes de la muraille de la médina aux portes de la muraille almohade : Bab Rouah et porte des Zaërs. Ainsi a-t-on évité la monotonie des plans à damiers.

D’autres prescriptions concernaient l’aspect et la hauteur des bâtiments. »

  • ·       CHASTEL Robert, Rabat-Salé : vingt siècles de l’oued Bou-Regreg
  • ·       GERLIER H. /GUERARD G., Rabat Salé et la région
  • ·       LAKHDAR/DUCROT, Rabat, le temps d’une ville
  • ·       MALKA Jean-Pierre, Rabat, Hier et aujourd’hui, 2002, édition Marsam

Résumé : après une introduction sur « L’évolution architecturale et urbanistique de Rabat », cet ouvrage bilingue arabe-français s’appuie sur une très riche collection de photos et de cartes postales datant du Protectorat pour mettre en exergue les modifications du paysage rbati depuis cette époque jusqu’à une époque récente. On y trouve également l’évocation de personnalités de première envergure de l’époque (sultans) comme celles d’inconnus (colons ou Juifs du mellah). Le livre traite successivement de « La muraille des Almohades » (pp. 8 à 52), « La muraille andalouse » (pp. 53 à 68), « Le mellah » (pp. 69 à 73), « Le port de Rabat » (pp. 74 à 79), « La traversée du Bouregreg » (pp. 80 à 92), de la médina (pp. 93 à 97), de « La kasba des oudaya » (pp. 98-109), des « boulevards et [des] nouveaux quartiers » (pp. 132 à 157), des « nouvelles bâtisses » (pp. 158 à 173).

Points touchant notre sujet d’étude : les nombreux documents iconographiques permettent de faire un parallèle entre l’état de la ville sous le Protectorat et l’état actuel, et donc à la fois de rappeler l’existence de lieux ou bâtiments disparus, de souligner les transformations dont certains ont pu faire l’objet ou parfois de contextualiser géographiquement ou chronologiquement d’autres qui subsistent encore.

  • ·       MOULINE Saïd, Repères de la mémoire : Rabat, Ministère de l’Habitat

Bibliothèque La Source

Résumé : à travers deux numéros distincts et plusieurs articles, l’auteur recense les principaux éléments du patrimoine historique rbati, et s’appuie sur une très riche documentation iconographique. On trouve à la fin du deuxième numéro une longue bibliographie détaillant les ouvrages marocains et français intéressant le patrimoine historique de la ville de Rabat.

Points touchant notre sujet d’étude : dans l’article intitulé « La ville nouvelle », l’auteur développe la genèse de la ville nouvelle – bâtie au début du Protectorat – de Rabat. Il parle de l’origine – le Musée Social – de ses acteurs, dont le principal est Henri Prost, Chargé de la Direction des Services d’Architecture d’Urbanisme du Protectorat, puis des règles qui l’ont guidée, comme la séparation entre les agglomérations européenne et indigène et d’autres principes d’urbanisme parmi les plus modernes. Après avoir défini l’ossature générale de la nouvelle agglomération, il s’attarde sur la construction de la Résidence générale de 1917 à 1922.

 

  1. b.           Ouvrages sur le Maroc
  • ·       BORGE Jacques/VIASNOFF Nicolas, Archives du Maroc
  • ·       KARMAZYN Jean-Claude, Le Maroc en cartes postales, 1900-1920
  • ·       RACHIK Abderrahmane, Ville et pouvoirs au Maroc

 

  1. c.            Ouvrages sur l’architecture et l’urbanisme de Rabat
  • ·       ABU-LUGHOD Janet, Rabat : Urban Apartheid in Morocco

 

  1. d.           Ouvrages sur l’architecture et l’urbanisme au Maroc
  • ·       BEGUIN François, Arabisances : décor architectural et tracé urbain en Afrique du Nord (1830-1950)

Centre Jacques Berque

Résumé : Cet ouvrage d’histoire de l’art décrit l’évolution de 1900 à 1930 d’une tendance de l’architecture coloniale consistant en « l’arabisation [de] formes architecturales importées d’Europe (p. 1). » Comme le dit l’auteur page 2 : « Cette tendance avait survécu à tous les bouleversements politiques et stylistiques advenus dans cette partie du monde [l’Afrique du Nord] au cours du XXème siècle. Elle se présentait sous des formes très variées, allant du simple détail à la conception globale d’un bâtiment. Dans nombre de ces développements, elle s’exprimait comme un style d’Etat, et même comme un style d’Empire : la quasi-totalité des bâtiments publics construits par la France entre 1900 et 1930 en conservent la trace. »

Points touchant notre sujet d’étude : Dans le premier chapitre, intitulé « Les deux visages de la France : le style du vainqueur et le style du protecteur », l’auteur retrace l’évolution de ce qu’il appelle les « arabisances » en Afrique du Nord. Il signale d’abord que la visite de Napoléon III en Algérie en 1865 est le point de départ d’une politique de conservation des grands centres urbains de l’Afrique du Nord (p. 14). Au Maroc, cette sauvegarde est initiée dès l’arrivée de Lyautey. Des inventaires sont établis, comme celui de La Nézière, Les Monuments mauresques du Maroc (note 10 p.14). Auparavant seuls les vestiges romains retenaient l’attention, alors que les villes arabes faisaient l’objet de jugements négatifs et sommaires. Cette première manifestation de cette tendance est suivie par l’épanouissement d’un courant qualifié dans l’ouvrage de « néo-mauresque officiel », correspondant en Algérie au « style Jonnart » d’après le nom du gouverneur général (p. 20). L’ « arabisance » s’incarne ensuite dans « l’habitat indigène », et est nourrie par de grandes enquêtes, comme celle  de Laprade à Rabat et Salé, qui prépare la construction d’une « pseudo-médina »[1] à Casablanca (p.25). Dans le deuxième chapitre : «  L’arabisance, de Jonnart à Lyautey, s’intéresse aux différentes expressions, chronologiquement et géographiquement, de cette tendance. Lyautey s’est particulièrement impliqué dans les questions d’architecture et d’urbanisme au Maroc. Il qualifie le résultat de ses efforts d’ « Urbs condita ». L’expérience marocaine est restée jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale « une référence et un modèle pour tout ce qui pouvait être tenté en matière d’urbanisme colonial (p. 34) ». « Les bâtiments marocains construits avant 1930 « témoignent tous d’une remarquable retenue dans l’usage des pièces décoratives (p.61) ». Les architectes du Maroc effectuent inventaires, relevés et de nombreuses publications voient le jour, comme de luxueuses collections de photos, dans le cadre d’une « effervescence artistique et politique, et plus précisément, [d’] une circulation permanente d’idées et de catégories entre l’administrateur, l’architecte, le romancier (p. 67) ». à ceux qui souhaitaient faire construire « à la manière arabe » ». L’auteur poursuit en évoquant « le domaine de l’architecture domestique, où des jeux de formes, des rapports entre la végétation et la construction, entre le dedans et le dehors, ont fait l’objet d’analyses souvent très fines », comme dans l’ouvrage de Gallotti et Laprade cité plus haut « destiné (p.68). L’auteur conclut en faisant remarquer que « les formes les plus ancestrales de l’art populaire marocain étaient devenues […] proches des recherches les plus avancées du Mouvement moderne (p. 72).

  • ·       BOUMAZA Nadir (Dir.), Villes réelles, villes projetées : fabrication de la ville au Maghreb
  • ·       COHEN Jean-Louis/ELEB Monique, Casablanca, Mythes et Figures d’une aventure urbaine

Résumé : Comme il est résumé dans l’introduction (p. 15), le projet de l’ouvrage revêt deux aspects principaux, correspondant aux formations respectives de leurs auteurs – Jean-Louis Cohen étant architecte et historien et Monique Eleb étant psychologue et sociologue : « Plutôt que de tenter une impossible histoire totale, notre ambition sera d’ajouter à ces enquêtes majeures [sur Casablanca, citées à la même page] l’histoire d’une ville déchirée mais attachante, saisie autant dans sa spatialité que dans son épaisseur sociale. »

Points touchant notre sujet d’étude : L’introduction expose la méthode d’investigation des auteurs (p. 12) qui est par la suite détaillée dans les annexes. Elle propose par ailleurs un découpage chronologique intéressant de la période prise en compte par l’ouvrage (pp. 13 et 14), avec comme « borne initiale du propos […] la renaissance commerciale de Casablanca à la fin du XIXème » et comme borne ultime « non la coupure politique de 1956, mais […] la transition plus complexe qui intervient au début des années 1960 ». A l’intérieur de ces bornes se dessinent des « conjonctures remarquables » : « Entre 1907 et la fin des années 1920, la première conjoncture correspond à la conquête française et voit les équipes de Lyautey réguler de lotissements déjà engagés » ; « Dans les années 1930, la deuxième conjoncture est caractérisée par une croissance urbaine régulée et une occupation méthodique du sol » ; « Entre le débarquement allié de 1942 et l’indépendance, la troisième conjoncture n’est qu’une longue crise. ». Dans leur conclusion, les auteurs signalent les menaces qui pèsent sur ce patrimoine[2] « en crise » en livrant au lecteur leurs sentiments : « Au cours de la préparation de ce livre, nous avons eu parfois l’impression d’arriver après la bataille, la mémoire disparaissant avec les hommes, les constructions et les archives perdues » (p. 445).

Les annexes sont une mine de renseignements, notamment méthodologiques, pour qui s’intéresse à l’architecture coloniale marocaine. Les auteurs présentent d’abord la « méthode utilisée dans la recherche » (p. 446 à 448) et précisent que l’ouvrage « est fondé sur l’utilisation convergente de plusieurs types de méthodes d’observation et d’interprétation, qui ont permis de croiser les informations recueillies sur le terrain urbain – et humain – de Casablanca et l’analyse des sources publiées. » L’enquête sur le terrain « s’est déroulée en plusieurs phases » : « une première exploration visant à repérer les immeubles remarquables du centre ville a permis de spécifier les catégories utilisées par la suite pour le recueil des données d’archives », puis « l’arpentage des rues à l’aide de plans de ville successifs, les notations photographiques, le repérage de bâtiments remarqués dans les revues ou les archives ont été suivis de visites d’appartements et de maisons, des villas de luxe aux cités ouvrières. » Les entretiens ont concerné « plusieurs types d’informateurs et de protagonistes de l’histoire de la ville : les architectes, leurs collaborateurs et les membres de leurs familles, les propriétaires, les promoteurs, commanditaires, gérants et gestionnaires, et les occupants actuels. » La recherche dans les archives a nourri l’enquête sur le terrain, puisant les informations « dans les fonds parisiens et dans les publications », chez des architectes et leurs familles, dans « des institutions marocaines, comme la photothèque du Ministère de l’habitat » pour les photographies d’époque, « des fonds utiles pour mesurer l’impact international des expériences au Maroc» comme « les archives des CIAM ou celles de Sigfried Giedion », « les archives du Protectorat conservées à Rabat[, qui] ont permis des découvertes irremplaçables », les archives de « la Wilaya du Grand Casablanca » et de « l’Agence urbaine de Casablanca » pour la « recherche des dossiers de permis de construire ». Il est regretté que « beaucoup des corpus analysés [soient] restés longtemps partiels et discontinus. » L’enquête bibliographique a mis au jour la « richesse insoupçonnée » du « registre des publications marocaines »[3]. La recherche s’est poursuivie suivant d’autres biais : l’étude des plans des bâtiments (« fournis par la recherche bibliographique »), l’analyse des plans et des documents d’urbanisme (« en l’absence de publication signalétique ou de cartothèque historique exploitable » : un corpus de plans d’ensemble ou de détail a ainsi été rassemblé, associant plusieurs ordres de représentations de la ville aux différents moments de sa brève histoire »), l’analyse de contenu des discours, l’analyse lexicale. Enfin, les auteurs insistent sur leur exploitation de la pluralité des sources : « Les hypothèses ainsi mises à l’épreuve ont été tenues pour vérifiées quand chaque trait constituant des conceptions de l’espace à un moment donné se retrouvait de façon convergente sur des plans ou dans des documents textuels. »

La bibliographie s’organise donc en plusieurs points : en premier lieu les sources manuscrites (archives privées et publiques, consultées au Maroc, en France, aux Etats Unis et en suisse), puis les sources orales, sous la forme de « principaux entretiens avec protagonistes et témoins » (p. 449), suivies des sources imprimées que constituent les bibliographies (p. 450), les ouvrages (p. 450-453), les chapitres d’ouvrages collectifs (p. 453), les numéros monographiques de périodiques (p. 453-454), les articles de périodiques (p. 454-458).

Les auteurs recensent ensuite les architectes actifs à Casablanca dont ils fournissent une courte notice  biographique et présentent les principaux bâtiments connus. Dans un préambule à ces biographies, ils évoquent leur origine sociale, leur formation et leur parcours. Ils précisent leurs sources – Archives nationales, Société des architectes diplômés par le gouvernement, tableaux de l’Ordre d’une part, registres de permis de construire de la Wilaya et périodiques d’autre part – qui ont été complétées par l’enquête sur le terrain et les entretiens. Ils insistent enfin sur le caractère lacunaire de cette liste et de ses biographies (p. 460). Parmi les architectes énumérés, certains ont fait carrière ou ont été actifs pendant une période à Rabat : Jean Balois (Im. Pour la duchesse de Guise et le comte d’Harcourt, Im. Noguéras), Roger Belliot (Maison de la Radio), Jean Chemineau (Caisse centrale de crédit et de prévoyance, place Piétri), Pierre Coldefy (Lycée René Descartes), Henri Couette (installé à Rabat, il dirige la revue « Réalisations »), Edouard Delaporte (grands projets hospitaliers avec J. Chemineau et J. Forcioli pour la Direction de la Santé Publique), René (Robert ?) Deneux (associé à Albert Planque), Michel Ecochard (plan d’extension pour Rabat), J. C. N. Forestier, Georges Godefroy (dirige jusqu’en 1966 l’inspection interrégionale d’Urbanisme à Rabat), Adrien Laforgue (actif à Rabat de 1912 jusqu’à sa mort, nombreux bâtiments administratifs), Albert Laprade (attaché à la Résidence Générale de 1915 à 1919, Résidence Générale de 1917 à 1923 avec J. C. N. Forestier, J. – H. Laure (chef du Bureau des bâtiments administratifs de 1954 à 1960), Antoine Marchisio (rejoint en 1915 l’équipe de Prost, auquel il succède en 1918 pour la Direction des édifices publics, chef des services d’architecture du Protectorat jusqu’en 1947, Direction de la Santé Publique, Collège des Orangers), Joseph Marrast (travaille avec Henri Prost de 1919 à 1922), Paul Michaud (actif à Rabat de 1915 à 1962), Paul Perrotte (associé à Jean Balois jusqu’en 1937), Albert Planque (souvent associé avec Robert Deneux), Henri Prost (dirige de 1914 à 1922 le Service des plans de villes du Protectorat à Rabat, construit très peu de bâtimenst au Maroc, plan d’aménagement de Rabat), René Schmitt (associé à Balois), Henri Tastemain (au Service de l’urbanisme à Rabat en 1948 et 1949, collabore avec Chemineau en 1949 et 1950, Institut de journalisme en 1980, Centre hospitalier universitaire de 1972 à 1980, Cité universitaire, Institut national agronomique).

  • ·       GILLOT Gaëlle, Les jardins publics dans les grandes villes du monde arabe : ces lieux où l’on s’arrête : à Rabat, Casablanca et au Caire
  • ·       VACHER Hélène, Projection coloniale et ville rationalisée : le rôle de l’espace colonial dans la constitution de l’urbanisme en France 1900-1931

 

  1. e.            Chapitres d’ouvrages collectifs
  • ·       JELIDI Charlotte : La fabrication des « villes nouvelles » sous le Protectorat français au Maroc : de l’idéologie aux réalités, ou la place des archives dans le renouvellement de l’historiographie, in « Villes coloniales aux XIXe-XXe siècles »

 

  1. f.             Ouvrages sur l’histoire de la période du protectorat
  • ·       DESMAZIERES Bertrand, Pierre de Sorbier de Pougnadoresse, le Colbert de Lyautey

 

  1. 4.                      Revues d’architecture
  • ·       JOLE, M./KHATIBI A./MARTENSSON M., Urbanisme, idéologie et ségrégation : exemple de Rabat, in « Annales marocaines de sociologie », 1970
  • ·       MOULINE Saïd/SANTELLI Serge, Rabat, IFA, Supplément au Bulletin d’informations architecturales
  • ·       MOULINE Saïd, Architecture métissée et patrimoine, in « Cultures anciennes dans les mondes nouveaux »
  • ·       Cent ans d’urbanisme et urbanisation au Maroc, in « Espace géographique et société marocaine » (Casablanca), 2002, n° 7


[1] Une pseudo-médina, du même type que celle des Habous à Casablanca, existe d’ailleurs à Rabat, désignée sous le nom de « Diour Jamaa ».

[2]Ce patrimoine en crise est « partagé » car « L’architecture de Casablanca est le produit d’une façon de penser, de vivre, qui a, en large partie, échappé au projet colonial, et les différentes couches de la population peuvent se reconnaître aujourd’hui dans les types architecturaux d’une ville offrant une ample gamme d’habitations et de modes de vie. » (p. 445)

 

[3] Cf la présente bibliographie, « Revues d’architecture », « Période du Protectorat »

De Rabat à Rissani, par Midelt

octobre 3, 2010

C’est à peu de choses près la première étape que j’ai parcourue quand je faisais route vers la vallée du Dadès. Un premier tronçon qui m’a laissé un souvenir cuisant. 

Le trajet avait pourtant bien commencé. Dans le bus parti de Fès, je discutais avec un étudiant en médecine qui rentrait dans sa famille ce weekend-là, prolongé je crois. Une conversation intéressante s’était engagée, qui progressivement et sans heurts s’éteignit d’elle-même alors que le soleil disparaissait et que la fatigue s’écroulait sur nous. Pourtant, peu après,  un sentiment d’angoisse m’étreignit : avec ma gorge, c’était mon estomac qui se nouait. Je fus pris de plusieurs crampes successives au bassin jusqu’à ce qu’une douleur lancinante y pose ses affaires et s’y installe. Il devenait clair que seul un déménagement en bonne et due forme pourrait me permettre de retrouver ma sérénité. Après encore un moment, faiblard et éperdu, j’en parlai avec toute la retenue et toute la discrétion possibles à mon voisin l’étudiant en médecine, qui compatit, mais qui malgré sa science, à l’intérieur de l’espace limité d’un véhicule bondé en mouvement, n’y pouvait pas grand chose.

Nous arrivions à proximité d’Azrou, dans le Moyen Atlas. Je me dis que j’allais m’arrêter là et que je prendrais un autre bus pour finir mon voyage le lendemain, un peu plus léger. L’étudiant eut la gentillesse de transmettre au chauffeur et je me levai pour me préparer à descendre. Alors qu’on voyait lointaines encore les lumières scintillantes de la ville, le bus s’arrêta et les portes s’ouvrirent sur la nuit noire. Perplexité. Je me tourne d’un côté et de l’autre : on m’annonce qu’il fallait finir le trajet à pied, le bus ne poursuivant pas jusqu’aux limites de la ville, car cela lui faisait faire un détour ! J’estimai peu prudent de m’engouffrer dans l’inconnu et l’obscurité sans lampe de poche et sans certitude d’arriver au point recherché. Je regagnai ma place. Un autre moment passa.

Cependant l’étudiant me voyait me tordre d’envie sur mon siège et ses regards me renvoyaient une juste inquiétude. « Voulez-vous que j’en touche un mot au chauffeur ? », me dit-il enfin, en substance. Je l’engageai fermement à mettre sa proposition à exécution et à traduire auprès du conducteur les embarras qui m’obligeaient à faire stopper le bus et tous ses occupants en pleine forme dans les plus brefs délais.

Je jaillis tel un tigre hors de sa cage et courus en direction du gros arbre le plus proche. Quel soulagement, mais quelle honte aussi, quand je remontai dans le bus. Surtout que le soulagement ne fut que de courte durée et que je dus renouveler ma demande, un moment après : rebelote, nouvel avis d’expulsion, et nouvel apaisement. L’histoire s’arrête là, j’arrivai à Midelt, trouvai mon hôtel et m’affalai sur le lit.

Certes il peut paraître sans intérêt et déplacé de raconter ce type d’histoire, mais pour celui qui a vécu l’événement à travers toutes les fibres de son corps, il revêt, et surtout au moment de son déroulement, une importance et un relief exceptionnels, qui peuvent l’amener à en parler à tort et à travers. Ce que je viens de faire, j’en suis désolé !

La nuit fut une régénération, le petit matin une renaissance. Je sortis ragaillardi de l’hôtel, sur une petite place où s’affichait la devanture d’un célèbre magasin de roches de collection, à la recherche desquelles on prend, dit-on, des risques insensés.

Midelt a un visage très champêtre, c’est la ville à la campagne, avec pour fond de scène, les majestueuses montagnes du Moyen Atlas, saupoudrées d’une neige étincelante dans le bleu limpide de l’air et du ciel. Les maisons aux tuiles rousses s’accordaient avec le cuivre des feuilles jaunissantes pour former un tableau très automnal. Un portail de bois par ci, une clôture blanchie à la chaux par là, un cycliste pas pressé qui déambule, une petite église et sa cloche qui pendouille à un petit lanternon… ma promenade matinale s’est déroulée dans un environnement très calme, très frais, très agréable. Aux franges de la ville, le paysage se dégage et les montagnes apparaissent dans leur entier, avec leurs couleurs surréelles. Au centre de la ville, aux abords du souk, on trouve plus d’animation bien sûr. Plus tard je prends un bus pour Errachidia.

Découverte de Midelt

Une clôture blanchie à la chaux

Un cycliste pas pressé

Cloche qui pendouille au lanternon d'une église

Montagnes du Moyen Atlas enneigées et enchantées

Au souk de Midelt

A sa descente, je suis alpagué par deux « opérateurs de tourisme » entre les mains desquels je me remets et qui me transportent en taxi jusqu’à Rissani où j’ai réservé un hôtel. Malgré la déception que me procure ce premier trajet, ponctué d’un arrêt pour admirer les gorges du Ziz depuis un point de vue, et d’une courte halte – le soleil se couchait – au ksar de Maadid, aux proportions majestueuses, je conviens avec mes guides, qui sont parvenus à aiguiser ma curiosité, de plusieurs excursions aux alentours de la ville, notamment pour voir d’autres ksour du Tafilalet.

Les gorges du Ziz depuis la route Errachidia-Rissani

L'entrée majestueuse du ksar de Maadid

Sous la porte d'entrée du ksar de Maadid

Place à l'intérieur du ksar de Maadid

Mais le lendemain je visite en premier lieu ce pour quoi j’ai fait le voyage : le très antique site de Sijilmassa. Cette ville disparue est l’une des plus anciennes fondées au Maroc. Elle l’a été au 7ème siècle et a atteint son apogée au 10ème, tirant sa richesse des caravanes dont elle était un lieu de passage sur la route commerciale de l’or, de l’ivoire et des esclaves. Le site est vaste, enclos, mais peu spectaculaire à vrai dire. On peut néanmoins saisir une idée de la grandeur passée de la cité à partir des murs extrêmement épais dont les restes s’éparpillent sur toute la surface du site. Avant de partir à la découverte des ksour.

L'arrivée à Rissani

Vue des ruines de Sijilmassa 1

Vue des ruines de Sijilmassa 2

Harfleur 1415 – Episode 5 – Malentendus.

juin 29, 2010

Dans l’épisode suivant, le cinquième de ma « série-qui-déchire-sur-le-siège-d’Harfleur-en-1415 », intitulé « Malentendus », deux lieux sont importants : en premier figure la « Tour perdue » qui se dressait au milieu du Clos aux Galées, le port d’Harfleur, dont on peut avoir une idée de la silhouette par le biais d’un graffiti visible dans l’église de la ville, ou bien grâce à une miniature représentant les Anglais pénétrant dans Harfleur :

Miniature : le Clos aux Galées et la Tour perdue devant Harfleur

Le deuxième est une ferme que j’imagine assez proche des « clos-masures » que l’on trouve dans le pays de Caux, ceints d’un talus rectangulaire planté d’un rideau d’arbres élevés et à l’intérieur duquel on trouve des arbres fruitiers :

Clos-masure du pays de Caux

Deux images qui vous permettront peut-être de mieux vous représenter les lignes qui suivent…

 

Episode 5 : Malentendus

Le Clos aux galées, une pièce dans la Tour Perdue qui sert de vigie au milieu du bassin, à midi

Le maure, qui se prénomme Abdou, a fait connaissance avec Fadéla. Il vient d’Espagne. Il est commerçant. Il a été forcé de se convertir au christianisme par les catholiques qui ont reconquis la ville où il vivait. Il loge dans la Tour Perdue par faveur spéciale grâce à des amis du port. Fadéla est fascinée par le maure. Il lui raconte ses aventures qui l’ont conduit jusqu’à Harfleur et la Tour Perdue. Avec sa permission, il l’emmène au sommet de la tour où il ne se trouve personne pour le moment. En effet tout le monde est occupé par les préparatifs de la défense de la ville et Abdou en fait la revue avec sa protégée depuis leur position élevée : fabrication des armes, transport sur les remparts des munitions : flèches, carreaux, projectiles inflammables…, rassemblement de vivres, renforcement des fortifications en l’espèce de boulevards circulaires protecteurs avec un talus de terre garni de gros arbres qui s’élève presque aussi haut que les murailles et un fossé, et surtout obstruction de l’entrée du port avec des pieux… « Le moment est grave », fait Abdou. Fadéla se confie à son tour : sa vie, ses amis, le besoin impérieux de quitter la ville pour sauver la vie de son frère… En se livrant, elle tremble. Le maure l’entoure de son bras ferme et amical. Ils se rapprochent et s’embrassent langoureusement.

Campagne d’Harfleur

Les deux messagers harfleurais enlevés par des brigands et en route pour Rouen avant Paris, déposent Jacques à un carrefour. Celui-ci s’engage dans un sentier.

Harfleur, maison de Jacques

La mère de Jacques est endormie sur la table au centre de la principale pièce de sa petite maison. Une chandelle consommée forme un petit monticule sur un bougeoir en étain. Quelqu’un frappe violemment à la porte. Elle se réveille en sursaut. Elle demande qui est là. Une amie à elle a des informations importantes à lui transmettre. Elle ouvre la porte avec précipitation. Une paysanne entre et lui affirme qu’une de leurs connaissances a vu son fils cadet dans une ferme, sur le plateau de Caucriauville. La mère pleine d’espoir demande à la paysanne de garder sa petite fille avec elle pendant son absence. Cette dernière acquiesce. L’autre jette une capeline sur ses épaules et sort en direction de la porte de Leure.

Plateau de Caucriauville, une ferme

John s’est éclipsé du camp avec de la nourriture qu’il va porter à son protégé. Quand il entre dans la masure, il trouve l’enfant endormi. Ce dernier se réveille et est effrayé un instant avant de reconnaître son bienfaiteur. John et l’enfant, un peu reposé, mangent ensemble, la plupart du temps en silence. Ils essaient de communiquer mais n’y parviennent pas. Ensuite, John dit au garçon qu’il doit partir et le laisse.

Un sentier en sous-bois, entre la ferme et le camp anglais

Jacques marche déprimé sur un sentier quand tout à coup il se trouve nez à nez avec John qui retourne au camp. Ils s’immobilisent tous deux et commencent à s’observer. Jacques est comme paralysé. John commence à grogner et fait mine d’avancer pour effrayer le jeune homme. Jacques retrouve un peu ses esprits et détale, s’engouffrant dans le sous-bois. John poursuit son chemin en riant et sifflotant. Jacques court aussi vite qu’il le peut mais trébuche et dévale au fond d’un petit vallon. Il entend un peu au-dessus de sa tête passer un cavalier. Il se redresse pour mieux l’apercevoir : c’est l’Anglais qu’il a délivré. Il emporte avec lui une sacoche débordant d’objets volés précieux.

Un sentier en sous-bois, qui grimpe vers le plateau de Caucriauville

La mère de Jacques court, hors d’haleine, sur un sentier qui doit la conduire à la ferme où on lui a dit qu’elle trouverait son fils cadet. Elle débouche sur un chemin plus large. Elle s’arrête un instant pour souffler en se tenant les côtes. Elle entend du bruit : elle se retourne et voit un cavalier qui se dirige droit vers elle sans se préoccuper du mal qu’il pourrait lui faire. Elle n’a que le temps de se jeter à terre. Elle échappe de justesse à une collision. Près de son visage roule une coupe en or finement ciselée qui est tombée de la sacoche du cavalier. Elle se relève, s’époussette et reprend son chemin à la même allure sans lui prêter attention.

 Château de Gaucourt, les écuries

Une vieille femme prend soin du messager, qui a cessé de délirer. Une extrême fatigue se lit sur le visage de celui-ci. La femme l’essuie avec un linge humide et le lave un peu. Un vieux palefrenier s’approche d’elle et lui demande des nouvelles de son « patient ». Elle dit qu’il semble aller mieux et qu’il doit continuer à se reposer. Ils sont dérangés par un autre palefrenier qui se présente à la porte des écuries accompagné d’une sorte de mendiant, à la mine hagarde et aux habits déchirés. Il s’agit d’un des deux poursuivants anglais du messager qui s’est déguisé. Le palefrenier dit qu’il ne sait pas qui il est, qu’il ne parle pas, et qu’il semble être simple d’esprit. Il demande à la vieille si elle n’a pas un peu de soupe pour lui. Celle-ci bougonne et sort des écuries pour se diriger vers les cuisines. Le palefrenier assoit son protégé sur un peu de paille à deux pas du messager et se retire. Il ne reste que le premier palefrenier qui reprend son travail.

Plateau de Caucriauville, un champ

La mère de Jacques continue sa course. Elle parvient enfin sur le plateau et traverse champs et cultures à vive allure. Elle s’arrête un instant et met sa main en visière contre son front pour se protéger du soleil. Un espoir fou l’envahit : elle vient d’apercevoir la ferme environnée de hêtres dont son amie lui a dit qu’elle était sans doute le refuge de son fils. Elle se remet à courir de plus belle.

Plateau de Caucriauville, une ferme

Le petit frère de Jacques, après son déjeuner, s’est endormi sur la table et sa tête repose lourdement juste à côté de son écuelle. Même endormi, il tient encore dans sa main droite sa cuiller. Tout à coup, un bruit le réveille en le faisant sursauter. L’esprit encore brouillé, il tente de prêter l’oreille et veut savoir s’il a bien entendu quelque chose. D’autres bruits se font entendre. Son regard se voile d’une terrible expression de frayeur. Il tourne la tête à gauche, à droite, puis sans lâcher sa cuiller il va se réfugier dans un recoin de la pièce, entre le lit et le coffre. Tout tremblant, il attend.

Plateau de Caucriauville, une ferme

Il ne reste que quelques mètres à la mère de Jacques pour arriver à la porte de la masure où elle pourra retrouver son fils. Elle se précipite sur la porte, elle lui résiste un instant puis l’ouvre brusquement et complètement. Elle jaillit au milieu de la pièce principale. Elle stoppe net sa course. Devant elle, à une table, se trouve un enfant qu’elle ne connaît pas. « Qui es-tu ? », hurle-t-elle à cet enfant qui ne lui a rien fait. « Je m’appelle Michel », lui répond-il. La femme fond en larmes.

Plateau de Caucriauville, une ferme

Le frère de Jacques, de sa cachette, voit la porte d’entrée de la masure s’ouvrir violemment. Le soldat anglais que Jacques a délivré entre bruyamment, avec sa sacoche débordant des fruits des larcins des brigands qu’il pose sur la table. Il renifle l’odeur de nourriture. Il va voir dans l’antre de la cheminée où est suspendu un chaudron. Il en sort la louche et la porte à sa bouche. Soudain il aperçoit le petit garçon au visage déformé par la peur dans une encoignure. Il lâche la louche et se jette sur lui. L’enfant paralysé se laisse appréhender avec effroi par le soudard.

Château de Gaucourt, les écuries

Le palefrenier délaisse un instant son travail et s’approche du faux mendiant. Il se penche devant lui et, en articulant et en élevant sa voix, lui demande : « Com-ment-t’ap-pel-les-tu ? » L’autre conserve toujours la même expression neurasthénique. Le palefrenier repose une fois encore la question. L’autre reste imperturbable. Le premier soupire, se redresse et va rejoindre sa fourche et son tas de paille sans plus se préoccuper du nouvel inconnu. Le soldat déguisé en mendiant, précautionneusement, se lève, attrape un fer à cheval suspendu au mur derrière lui, s’avance sans faire de bruit vers le palefrenier et lui assène un violent coup qui le laisse inconscient. Il s’empare de la fourche, se dirige cette fois-ci vers le convalescent. Il susurre à l’oreille de ce dernier un funeste « adieu » puis brandit bien haut au-dessus de sa victime la fourche dans l’intention d’en planter chacune de ses dents dans sa gorge. Cependant il est interrompu par un cri qui s’élève dans son dos. Il se retourne. Il ne peut voir la personne qui lui jette un liquide brûlant à la figure. Il hurle de douleur pendant que son agresseur – la vieille femme qui est allée chercher un bol de soupe – appelle au secours. Le soldat anglais aveuglé cherche en tâtonnant le manche de la fourche qui lui a échappé des mains. Il le retrouve enfin. De nouveau il est sur le point de transpercer le corps du malade, mais avant qu’il puisse y parvenir, un garde arrive et le passe au fil de son épée.

Plateau de Caucriauville, une ferme

La mère de Jacques se remet avec peine de sa déception. Elle discute avec l’enfant qu’elle a trouvé tout en lui préparant quelque chose à manger avec quelques légumes qu’elle a dénichés dans la pièce. Le petit garçon, encore plus jeune que son enfant disparu, lui dit ne pas savoir où sont ses parents. Il est seul à la ferme depuis deux jours. Elle le regarde manger. Le soleil décline, la femme met l’enfant dans le lit et le borde. Elle lui dit qu’il ne peut rester seul à la ferme. Le garçon, sur le point de s’endormir, émet un petit grognement. Le lendemain matin, elle l’emmènera avec elle. L’enfant dort déjà. La femme va se rasseoir à la table, cache son visage dans ses mains et se met à sangloter. Dehors il fait nuit.

Prieuré de Graville, campement anglais, au soleil couchant

Le soldat anglais délivré par Jacques déboule à cheval dans le camp anglais et dans un tonitruant éclat de rire jette le frère de Jacques par terre, au milieu de ses confrères soldats qui préparent un feu. Nulle trace sur lui des objets de valeurs qu’il a subtilisés aux brigands. Les soldats se réjouissent : « Où l’as-tu retrouvé ? », lui demandent-ils. Ils s’en saisissent et l’emmènent, à demi-vivant, dans un enclos où les prisonniers sont enfermés. Les trompettes résonnent. Le roi Henri V, entouré de tous ses nobles compagnons, monte sur une estrade dressée pour l’occasion et s’adresse à ses troupes. Le lendemain, l’armée pourra se mettre en route. Organisée en trois colonnes, elle se dirigera vers Harfleur, l’encerclera et établira trois bases à partir desquelles le siège sera mis en œuvre. Une fois ces trois points rejoints, il faudra mettre sur pied les ouvrages de siège, armer les bombardes et se préparer à une lutte de longue haleine. Le roi demande ensuite au duc de Norwich qui est à ses côtés de bénir les soldats, ce qu’il fait avec une grande solennité. John reconnaît en lui avec horreur l’ordonnateur de la cérémonie de magie noire dont le frère de Jacques avait failli être la victime. Puis le roi et sa suite rejoignent les bâtiments du prieuré.

Château de Gaucourt, les écuries

Le sire de Gaucourt a été averti de la tentative de meurtre qui visait le messager. Alors qu’il interroge lui-même la vieille servante et le palefrenier qui a repris connaissance, le convalescent se réveille peu à peu. Alerté, le sire de Gaucourt le presse de questions. Le rescapé parle d’un message urgent, il semble chercher quelque chose sur lui, en fait la boîte qui contient le message, puis se remémore petit à petit les épreuves qu’il a traversées. Il se met à tout raconter au sire de Gaucourt, et surtout le prévient que la ville d’Harfleur court un grand danger et que le seigneur doit lui apporter son aide.

Le Clos aux Galées, au sommet de la Tour Perdue qui sert de vigie au milieu du bassin, à la nuit tombée

Quelques fenêtres de la ville sont éclairées. Des hommes marchent une torche à la main dans les ruelles. Abdou dit à Fadéla qu’il peut l’aider, elle et ses amis. Il dit qu’il va voler un petit foncet, bateau fluvial à fond plat, et qu’il le mènera la nuit suivante jusqu’aux moulins. A cause des pieux, on ne peut plus sortir par l’entrée principale du port. Le lendemain matin, à l’aube, lorsque la herse des moulins sera relevée, Fadéla et ses amis le rejoindront et discrètement ils navigueront vers Rouen. Ils devront simplement traîner le bateau sur la terre ferme quelques mètres pour contourner l’obstacle des pieux devant le port. Fadéla ne sait pas quoi dire. Elle le remercie par un tendre baiser.

A suivre…


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