Harfleur 1415 – Episode 1

novembre 15, 2009 par jyroc

Voici le premier épisode d’un récit intitulé Harfleur 1415 et traitant du siège qui a asphyxié la ville l’année en question. Du point de vue de la présentation, il s’agit d’un « traitement », terme de technique scénaristique dont je retranscris immédiatement une définition glanée sur internet : « texte qui résume chaque scène, une par une et dans l’ordre, qui décrit toutes les actions, qui suit le récit pas à pas ; c’est une sorte de scénario sans dialogue ; c’est la dernière étape avant la continuité dialoguée ».

Je publierai régulièrement de nouveaux épisodes. Ô lecteur de passage, toi qui as daigné poser tes yeux sur cet humble écrit, n’hésite pas à me faire des remarques constructives, qu’elles soient d’ordre historique ou scénaristique.

 

Episode 1 :

La proue d’un bateau traverse un banc de cygnes.

Les falaises

Le matin. Un jeune homme, Jacques, son jeune frère d’une dizaine d’années et leur petite sœur, âgée seulement de quelques années, encadrent un troupeau de moutons sur le chemin du pâturage. Ils plaisantent et rient.

Harfleur, place principale, au bord de la Lézarde

Une vive animation remplit la ville. Des commerçants interpellent les passants depuis leur étal. Des jongleurs et acrobates se donnent en spectacle. Il y a foule sur la place. Les gens discutent, se disputent et rient. Un son de trompette se fait entendre. Un héraut apostrophe la population. Les gens s’ordonnent les uns les autres de faire silence. Un jongleur ambulant, François, condamné à mort, est conduit à la potence par ses bourreaux, sous les yeux pleins de larmes d’une diseuse de bonne aventure, Fadéla, sa sœur. Suivent les notables de la ville. La femme réussit à s’approcher de lui et lui dit en pleurs à quel point elle l’aime. Elle est rudement écartée par des soldats.

Harfleur, auberge des Portugais

Un groupe de soldats se trouve à une table autour de verres de vin. Ils sont saouls. Ils sont tristes. Ils se chamaillent à propos de la force militaire des Anglais. Deux d’entre eux, Robert et Henri, en viennent aux mains. La cabaretière, Brigitte, une forte femme, les sépare. Elle les chasse de son auberge.

Le clos aux Galées, port d’Harfleur, navire de pirates

Un navire s’apprête à prendre la mer. L’équipage s’affaire. Un moine, Abélard, accompagné d’une femme et d’un bébé, interpelle le capitaine depuis le quai. Ils veulent qu’il les emmène. Ils s’entendent sur le prix de la traversée. Le capitaine du navire les conduit à un endroit où ils puissent se reposer. Le navire sort du port. Le moine quitte sa bure et revêt à la place des habits de bourgeois. Il la jette à la mer. Il prend contre lui le bébé et donne un baiser à la femme.

Les falaises

Les deux frères et leur sœur font la sieste après avoir déjeuné dans le pâturage. Le garçon d’une dizaine d’années se lève le premier. Il se rafraîchit avec l’eau de sa gourde. Il réveille son frère en l’aspergeant avec un peu d’eau. Son frère est un peu en colère et se met à le poursuivre sans relâche, dans la prairie au bord de la falaise. Ils piaillent et chahutent. Leur petite sœur est à son tour éveillée par le bruit qu’ils font. Le regard de cette dernière est attiré en direction de la mer. Elle les appelle et leur montre du doigt le large. L’horizon est barré d’une forêt de voiles blanches, 1600 navires.

Le Louvre

Charles VI est en proie à une crise de folie et de désespoir. Sa femme Isabeau et sa fille Catherine sont à son chevet. Les gentilshommes du royaume réunis en conseil discutent de l’ultimatum arrivé à échéance du roi Henri V et du danger imminent d’une invasion. Ils supputent l’endroit où les Anglais débarqueront et hésitent entre le Cotentin et Calais, place forte anglaise. Un conseiller tente de parler au roi, sans résultat.

La plage

Les soldats expulsés de l’auberge décident de passer l’après-midi et de finir leur bouteille sur la plage. Ils sont pris en chemin par un paysan sur sa charrette. Ils continuent leur dispute tout au long de la route, bouteille à la main. La charrette arrive aux abords de la plage. Le paysan s’arrête. Les deux compagnons s’en aperçoivent soudain et lui demandent ce qu’il se passe. Tous contemplent médusés le spectacle des 1600 navires qui barrent l’horizon.

Flotte anglaise, navire « La Trinité »

Henri V communie sur le pont de son bateau en compagnie de ses gentilshommes. Ses troupes sont elles aussi en prière. Il revêt son armure. Il observe les côtes françaises qui se rapprochent, en tenant un chapelet dans la main. Il observe la localité appelée Chef-de-Caux où il souhaite aborder. La bannière de conseil est hissée. On lui demande s’il faut commencer le débarquement. Il répond que non. Interdiction formelle est faite de descendre des bateaux avant le lendemain matin. Il demande à ce qu’un groupe de cavaliers soient simplement envoyés comme éclaireurs. John de Holland prend la tête de ce groupe de cavaliers. Le roi d’Angleterre réunit et harangue avec ferveur ses soldats qui se trouvent sur le bateau : cette expédition n’est que la première étape d’une croisade contre les Turcs.

Le navire de pirates

Sur le fleuve, le navire de pirates vogue en direction de la mer. Le moine défroqué va voir le capitaine. Celui-ci s’étonne de le voir dans sa nouvelle tenue. L’autre lui demande de l’accepter comme membre de son équipage. Le capitaine rit aux éclats. Abélard insiste. Le capitaine s’en éloigne en le bousculant avec mépris. Une croix reliquaire en or et pierreries s’échappe de la bourse d’Abélard. Celui-ci se précipite et tente de la dissimuler sous ses vêtements. Ils sont interrompus par la vigie qui les apostrophe en dirigeant son doigt vers l’horizon. Il leur montre les 1600 navires anglais qui leur bloquent toute sortie vers le large.

Harfleur, place principale

Fadéla, qui ne peut regarder plus longtemps le spectacle de son frère prisonnier sur le point d’être exécuté, s’échappe en courant de la foule des badauds. Elle se heurte à un individu. Elle le connaît. Elle l’appelle Raoul. Elle le supplie de sauver son frère. Il lui dit de le laisser tranquille. Elle s’enfuit désespérée. L’autre va retrouver des compagnons et leur demande s’ils ont prêts. Il s’approche d’un ours et lui parle à l’oreille en le caressant.

Les falaises

L’aîné dit qu’il faut se rendre le plus rapidement possible à la ville pour prévenir les habitants. Les enfants se mettent en chemin à marche forcée. Des cavaliers anglais surgissent de sous-bois et se dirigent vers eux. Jacques prend sa sœur dans un bras et son frère par l’autre main et se met à courir. Les enfants s’enfuient et s’engouffrent dans les sous-bois. Ils sont poursuivis, l’aîné est contraint de lâcher la main de son frère, ils se séparent. Jacques perd de vue son frère, sa sœur pleure. Ils dévalent une ravine où les cavaliers ne peuvent les suivre.

Harfleur, place principale

Le condamné est sur une estrade avec le bourreau. Celui-ci lève sa hache et est prêt à l’exécuter. Un ours fait irruption dans la foule en rugissant. Le bourreau et les soldats sont pris pour cibles avec des cailloux et assommés. Un fil est tendu entre deux maisons opposées de la place. Un funambule avec un couteau glisse sur elle jusqu’au condamné qui lève en l’air ses poignets entravés. Le funambule, Charles, parvient presque à détacher son ami. Mais d’autres soldats arrivent. L’ours s’enfuit, le funambule, dont le fil a été coupé, fait de même dans le sillage de l’animal. L’exécution reprend. L’homme est à nouveau sur le point d’être tué.

Une ferme

Jacques arrive chez sa mère, Elise. Il la prévient de l’arrivée des Anglais. Elle le questionne sur son frère, il raconte ce qui s’est passé, il répond qu’il ne sait pas ce que les soldats en ont fait. Il laisse sa petite sœur à sa mère. Il emprunte un cheval de trait à un voisin après l’avoir mis au courant. Il arrive en ville. D’autres arrivent aussi, venus des alentours dans le même but, celui d’avertir la population.

Harfleur, place principale

Le bourgmestre donne le signal de l’exécution. Le bourreau soulève sa hache. Des paysans arrivent et mettent la population au courant du rassemblement des 1600 navires. Celle-ci est prise de panique. L’exécution est interrompue. Le bourgmestre donne des instructions. Il faut accueillir la population des alentours et préparer la défense de la ville.

Même ferme

Un peu plus tard, Jacques rejoint sa mère dans leur ferme. Il l’interroge. Elle lui dit qu’elle ne sait rien.

 

A suivre…

Ré-inauguration des anciens abattoirs de Casablanca, 11 et 12 avril 2009

novembre 14, 2009 par jyroc

J’y étais. Le 12 avril. Je n’étais pas le seul. Cette inauguration a attiré une foule impressionnante.

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Aux abords des abattoirs

Heureuse idée (d’y être), car en premier chef cette journée m’a permis de découvrir le fascinant bâtiment que sont les anciens abattoirs de Casablanca. Monumental est le qualificatif qui me vient d’emblée. Et j’ai apprécié aussi la couleur ocrée de ses murs sous la douce lumière de fin d’après-midi. Les abattoirs se parent d’une décoration néo-mauresque caractéristique de leur période de construction.

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Soupirail du grand bâtiment d'équarrissage

J’ai fait une deuxième découverte sous les voûtes du bâtiment : l’œuvre contemporaine d’un photographe que je prise fort, qui met au centre de son travail une réflexion sur la perspective, et sur les phénomènes illusoires que sa mise en œuvre peut produire : Georges Rousse. Dans un coin de la bergerie, on aperçoit des rectangles de couleur vive éparpillés sur la paroi qui, si l’on rejoint un point précis du sol, s’épousent pour former un tableau abstrait du plus bel effet. L’œuvre est cinétique (ou optique) puisqu’elle surgit et existe suite à un mouvement de son spectateur. L’artiste a décliné ce procédé avec différentes représentations et en divers lieu, souvent des lieux abandonnés, vides, qu’il avait tout le loisir d’investir comme il l’entendait et qu’il requalifiait, pour une période du moins, par la même occasion. Il prend finalement une photo de l’œuvre cinétique à laquelle il a par ailleurs donné réalité, photo qui matérialise l’illusion d’optique et lui donne le statut d’objet commercial. Plusieurs photos d’œuvres complémentaires de Georges Rousse figuraient aux abords de l’exposition de jeunes artistes marocains montée dans la salle d’équarrissage.

L'oeuvre de Rousse, encore virtuelle

L'oeuvre de Rousse, encore virtuelle

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L'oeuvre de Rousse, reconstituée

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2 photos d'oeuvres de Rousse à l'entrée de l'exposition d'art contemporain

La maquette ci-dessous montre bien les différents pôles du site, même si elle ne respecte pas leur réelle disposition : derrière un haut mur s’organisent étables ou bergeries (à droite quand on entre par la porte principale), au nombre de deux et reliées entre elles par une cour - chaque étable est précédée d’un large escalier à deux volées de marche ; les services vétérinaires et le bureau de l’administration, sous la forme d’une grosse villa, à gauche en entrant ; la salle d’équarrissage qui prend l’apparence d’un énorme hangar, cathédrale de béton, à gauche, derrière la villa.

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Maquette du site

Une des deux étables

Une des deux bergeries

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En sortant de la bergerie

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Services vétérinaires et administration

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Une des entrées monumentales de la salle d'équarrissage

Heureuse idée que cette manifestation, qui s’est révélée très riche en événements, parmi lesquels plusieurs expositions, sur l’architecture moderne de plusieurs quartiers périphériques de Casablanca – Hay Mohammedi, Roches Noires, Aïn Sbaâ – dans la bergerie, de jeunes artistes marocains dans la salle d’équarrissage, des démonstrations de graph et de street art, des concerts et des projections de films… Une manifestation conviviale, accessible, plurielle.

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Graph aux abattoirs

L’exposition d’art contemporain était particulièrement remarquable, avec ses photographies, sculptures, installations… Certains artistes ont choisi de tirer parti du lieu en reconvertissant les crocs de boucher en balancelles qui ont eu beaucoup de succès auprès des plus jeunes visiteurs. Je suis arrivé un peu tard pour admirer la structure de glace qui s’est rapidement liquéfiée dans la douceur clémente du climat marocain, miroir du danger qui guette les murs des abattoirs, comme ceux d’autres bâtiments à Casa.

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Photo de photos

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Tous à la balançoire

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Skhoun

Cette manifestation plurielle était justement appelée « Transculturelles ». Surtout, elle se voulait une nouvelle inauguration du bâtiment et annonçait une prochaine reconversion du site, pour laquelle plusieurs projets étaient aussi présentés par l’agence urbaine lors de cette manifestation. Le bâtiment de la Compagnie frigorifique a subi de graves dommages suite à un incendie en 2005. La réhabilitation devient urgente. C’est tout le destin que l’on peut souhaiter à cette construction séduisante, qui offre effectivement d’amples potentialités, qui a montré sa capacité d’attraction, et qu’on aimerait vraiment retrouver en « Fabrique culturelle », permanente cette fois-ci.

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En arrivant de la gare centrale. Au fond le bâtiment de la compagnie frigorifique.

Promenade rbatie au fil des plaques d’architectes

novembre 8, 2009 par jyroc

Elles ne sont pas très nombreuses, ces précieuses plaques qui nous renseignent sur l’identité des architectes à l’origine des immeubles qui bordent les rues de la capitale marocaine. En s’y promenant, on en repère cependant quelques unes, et elles permettent de faire resurgir du passé une équipe de bâtisseurs en évoquant – suivant des contours flous – leur activité à Rabat.

Elles figurent sur des rectangles de pierres rivés au mur ou bien sont tracées en creux directement sur la paroi. Elles comportent le nom de l’architecte souvent accompagné de celui de l’entrepreneur, ou bien figurant seul, mais on en trouve parfois aussi certaines uniquement marquées du nom de l’entrepreneur qui a mené à bien l’élévation du bâtiment. En voici par exemple un exemple, quartier de l’Océan, à deux pas de l’ancienne église Saint Joseph, aujourd’hui reconvertie en salle Mehdi Ben Barka :

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Elles ont été préservées, ou ont disparu sous un revêtement de carreaux de céramique, sous une enseigne de magasin.

Faisons donc quelques pas dans ces rues, au creux des sentiers battus, parcourons-les d’une façon chronologique, le nez toujours en l’air – à nos risques et périls – et le regard aux aguets pour ne manquer aucune de ces rares inscriptions.

Notre tranquille périple débute avec un immeuble qui semble daté du tout début du Protectorat, des années 10 : il s’élève au coin des rues Benzerte et Benghazi, à quelques pas de la place Moulay Hassan (si mes souvenirs sont bons). L’immeuble est remarquable notamment par l’oriel à trois pans qui saille le long des trois étages de la construction, et par la pergola qui protège la terrasse au dernier niveau, côté rue Benghazi. L’architecte qui en est à l’origine se nomme N. Guercin. Difficile d’en savoir plus.

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Place Mohammed V (la place de la gare Rabat-Ville), en vis-à-vis de part et d’autre de l’avenue, en direction de la mosquée Es-Sounna, deux autres immeubles sont signés. Côté  gare, l’hôtel Terminus conserve sous sa colonnade à l’angle de l’immeuble, au niveau de l’enseigne, une imposante plaque inscrite « Castaing et Cie ». En face, côté cathédrale, un autre immeuble bien reconnaissable par sa façade tripartite, avec un avant-corps central imposant recouvert d’un discret décor gaufré tapissant et couronné d’une frise en céramique marron et d’un toit de tuiles vertes plat, nous interpelle avec deux plaques en zelliges, l’une portant un nom d’architecte : « L. Dumas », l’autre, plus grosse, celui sans doute d’une société : « Sanac ».

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Nous avons déjà évoqué sur ce site la fructueuse collaboration, notamment à Casablanca, des architectes Balois et Boyer (années 20, leur association ayant pris fin dans les dernières années de la décade). Il faut remonter la rue Moulay Youssef, en direction de Bab Rouah, et bifurquer à gauche dans la rue al Khalil, puis à droite dans la rue Karbala, vers le Méchouar, pour admirer quelques façades imaginées par le tandem. Elles sont résolument art déco, décorés de faisceaux, d’ocelles et de résilles, résolument symétriques et plastiques aussi, la première avec ses deux solides balcons supportés chacun par quatre sobres consoles, et sa cage d’escalier qui se projette dans le ciel d’un étage, et la deuxième encadrée de deux avant-corps, répartis de chaque côté de six baies traitées en galerie, et reliés au premier étage par un balcon en continu. On remarquera avec une pointe d’attendrissement que le motif de la balustrade de ce dernier reprend avec beaucoup d’élégance, mais aussi de discrétion, le décor de la partie supérieure de la façade, constitué de cercles et de lignes parallèles. C’est touché au cœur peut-être aussi que l’on admirera le décor de la porte d’entrée en fer forgé de l’immeuble de gauche : à l’intérieur de deux carrés situés en haut se déploie un signe qui semble être constitué de deux B superposés, comme Boyer et Balois, double signature d’un double architecte ! On connaît aussi l’entrepreneur, un certain R. Sbergia.

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Pour les années 40 (il commence à construire à Casablanca en 1943), un architecte semble assez bien représenté à Rabat, et l’on trouve un nombre assez conséquent de plaques à son nom : il s’agit d’Albert Planque. Les immeubles sont modernistes, comme celui de la rue Benzerte, cinquante mètres plus loin que l’immeuble sus-cité de Guercin. La façade à trois pans, en léger porte-à-faux sur la voie, est ornée d’un faisceau de rubans reliant les ouvertures aux premier et deuxième étages. Tout près, sur une petite place, un immeuble se déploie en arrondi à l’angle de deux rues, Abou al Faris al Marini et Hay Med Emfal, avec au milieu, fendant à partir du premier étage seulement la façade de la rue principale, et comme engagée dans le mur, une élégante tour d’escalier tubulaire. En continuant rue Benzerte, on tombe sur une villa : la façade s’avance sur pilotis et crée un espace protégé, façade séparée en trois parties, chacune en retrait par rapport à la précédente, ces décrochements créant un espace pour une petite terrasse à l’ombre d’un auvent. En face s’élève un étonnant immeuble dont le traitement de la façade, avec ses balcons prismatiques, évoque un nid d’abeille, ce qui n’est pas sans rappeler l’immeuble Ettedgui-Mellul de Casablanca par Balois. Enfin plus loin, derrière la gare de Rabat ville se concentrent trois œuvres de l’artiste, suivant la disposition suivante : deux le long des voies de chemin de fer rue Zahla, le troisième rue Attayet, parallèle. Même architecture, façades modernistes et plastiques, avec de massifs balcons qui en jaillissent. Pierre Marciano et J-M Vargues en sont les entrepreneurs.

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La promenade se poursuit avenue Allal Ben Abdellah et rue Al Jabli, où F. Robert, l’architecte du Parlement, a établi les plans d’une poignée d’immeubles aux lignes fluides sur l’avenue, plus raides rue Al Jabli.

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Pour conclure, le souvenir d’une plaque, qu’au début de mon séjour à Rabat j’ai essayé de déchiffrer, et qui par la suite a disparu sous l’enseigne de la banque qui occupe l’immeuble où elle se trouve : le nom disparaissait englouti par plusieurs badigeons de peinture. Il s’agissait peut-être de J. Couelle, sans certitude aucune.

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Sans doute le recensement de ces immeubles a-t-il déjà été effectué par le ministère de la culture marocain, mais cet article, avec le souci d’aiguiser le regard du promeneur, attirera j’espère son regard sur ces petites plaques.